Lundi 17 décembre 2018

Roberto Matta du surréalisme à l’Histoire

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 22 mars 2013 - 381 mots

Après d’importants travaux de rénovation, le Musée Cantini offre à ses visiteurs une exposition fort réussie de Roberto Matta, la première en France depuis celle de Beaubourg, c’était en 1985.

Matta est une figure majeure de l’art surréaliste, mouvement étroitement lié à l’histoire de Marseille et à ses collections. C’est du reste dans l’atelier de Le Corbusier, à Marseille, qu’il travaille après ses études d’architecture, avant de se mettre à la peinture.

En Espagne, en 1936, il fait la connaissance de Federico García Lorca, qui le présente à Dalí. De retour à Paris, il rencontre Breton, lequel, voyant ses toiles, le proclame surréaliste. Il se lie ensuite d’amitié avec Tanguy et Duchamp, qui aura une influence sur son œuvre. Très tôt actif dans le sérail surréaliste, tout en restant en marge, Matta va traverser presque tout le siècle.

De son œuvre foisonnante, paradoxale, monumentale – ses toiles peuvent atteindre 10 mètres –, Cantini fait le choix didactique de montrer comment l’artiste passe du surréalisme de l’inconscient à une représentation métaphorique de l’Histoire durant la seconde moitié du XXe siècle. Durant sa première période, ses « morphologies psychologiques » explorent le fonctionnement de la pensée humaine, les affrontements de l’inconscient : désir, fantasme, peur. Elles dessinent un univers mental à travers des paysages visionnaires, sans perspective, sans profondeur, traversés par des réseaux de lignes d’énergie. Avec Xpace and the Ego (1945), vaste peinture gestuelle, Matta annonce son engagement dans la réalité sociale et historique de son temps. Il se place en poète, en artiste et, plus encore, en révolutionnaire.

À partir de 1950, Les roses sont belles, La Question 1958, Les Puissances du désordre, L’Étang de No, La Guerilla interior, Être Hommonde sont autant de manifestes politiques dans lesquels Matta stigmatise les désastres moraux de l’histoire, les tyrans, les pouvoirs totalitaires.
La figure humaine apparaît dans certaines toiles sous forme d’hommes totems, hommes robots, êtres cyclopes casqués, menacés par des serres d’acier, se débattant dans un univers chaotique. Dans d’autres, la violence s’exprime de manière symbolique par le mouvement convulsif de formes rotatives qui lacèrent l’espace. Le cabinet graphique présenté au dernier étage montre une œuvre plus intimiste, plus optimiste, mais à la créativité tout aussi libre.

Voir

« Matta. Du surréalisme à l’Histoire », Musée Cantini, 19, rue Grignan, Marseille (13), www.marseille.fr 

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : Roberto Matta du surréalisme à l’Histoire

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