Art moderne

XIXE SIÈCLE

Paris redécouvre Mary Cassatt

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 30 mars 2018 - 894 mots

L’impressionniste américaine, qui a vécu en France pendant 60 ans, bénéficie enfin de sa première rétrospective à Paris. Une œuvre qui se distingue par son regard sans complaisance.

Mary Cassatt, <em>Petite fille dans un fauteuil bleu</em>, vers 1877-1878, huile sur toile, 89,5 x 129,8 cm, National Gallery of Art, Washington
Mary Cassatt, Petite fille dans un fauteuil bleu, vers 1877-1878, huile sur toile, 89,5 x 129,8 cm, National Gallery of Art, Washington
©NGA, Washington

Paris. Avoir vécu et travaillé une soixantaine d’années en France n’a pas suffi pour que l’Américaine Mary Cassatt (1844-1926) ait eu droit, depuis sa mort, à une rétrospective. Seules ses estampes ont été montrées dans une exposition monographique au Musée d’art américain de Giverny. La présentation d’une cinquantaine d’œuvres constitue donc un événement, d’autant plus qu’il a fallu en faire venir de l’étranger la presque totalité, étant donné la pauvreté des collections nationales.

Les Français vont donc pouvoir se familiariser de nouveau avec le travail d’une artiste célèbre de son vivant, de ce côté-ci de l’Atlantique comme dans son pays natal. Là-bas, soutenue notamment par son marchand et ami Paul Durand-Ruel et précédée d’une réputation d’honnête femme due à la notoriété de sa famille, elle personnifiait le « bon impressionnisme » qui ne faisait pas scandale, même si on lui reprochait parfois la laideur de ses modèles. En France, elle est devenue célèbre grâce à ses portraits d’enfants (avec ou sans leur mère), présentés à partir de l’exposition impressionniste de 1881. Cette partie de son œuvre continue de séduire le public qui se presse à Jacquemart-André et l’on comprend que les commissaires, Nancy Mowll Mathews et Pierre Curie, aient mis l’accent sur ce thème dans leur exposition. L’amusant est que l’on entend encore, dans la foule des admirateurs, des réflexions sur la laideur des petites frimousses qu’elle a peintes…

C’est pourtant ce qui fait de Mary Cassatt une grande artiste : son honnêteté pour peindre ses modèles tels qu’ils étaient, alors même que son penchant pour les tons doux et lumineux aurait pu la faire glisser sur la pente de la complaisance envers un public avide de joliesse. L’une des explications de cette démarche est offerte, dans la première salle, à ceux qui veulent bien la voir : on y trouve le Portrait de Mary Cassatt (vers 1877-1878) par Edgar Degas. Or ce peintre, qu’elle avait admiré et dont elle avait acheté les œuvres avant de le rencontrer en 1874, l’a montrée telle qu’elle était, avec son visage ingrat et son attitude énergique, peu féminine pour les critères du temps. Elle n’aimait pas cet admirable portrait réalisé sans doute en même temps que son Autoportrait présenté à côté (elle s’y trouvait « répugnante », précise le catalogue de l’exposition). Pourtant, elle en comprit le message, qu’elle était déjà largement prête à recevoir : une belle peinture n’est pas forcément celle d’un beau sujet. Plus tard, elle devait rendre la monnaie de sa pièce à Degas en attirant son compliment pour sa laide Jeune Fille arrangeant ses cheveux (1886), malheureusement absente de l’exposition, mais reproduite dans le catalogue. L’amitié avec Degas est encore évoquée dans cette première salle par un tableau tout aussi célèbre, Petite Fille dans un fauteuil bleu (vers 1877-1878). Le peintre des danseuses en a retouché le fond.

 

 

Portraits dans l’intimité de la famille

La salle suivante évoque la famille de Cassatt, installée à Paris et souvent peinte par elle ; les œuvres présentées datant de 1884 à 1914. Il s’agit déjà d’une introduction aux tableaux de femmes et d’enfants qui occupent trois salles ensuite, non attenantes pour une raison de conformation des espaces d’exposition. Le sujet est donc morcelé sans logique apparente. La salle « Mère à l’enfant. La modernisation d’un thème » présente des œuvres de 1888 à 1900. Pastels, huiles et estampes y sont mêlés et l’accent des textes de salle est mis sur l’évolution vers la sensibilité dans l’art de l’époque. Le thème des maternités, ou plutôt de la « Madone moderne », sera de nouveau abordé dans les deux dernières salles.

Avant cela, le visiteur passe à « Expérimentations. Le processus créatif de Mary Cassatt » : une pièce consacrée au travail à la pointe sèche de l’Américaine et à la gravure en couleurs à laquelle elle s’adonne après 1890 et sa visite de l’exposition d’estampes japonaises de l’École des beaux-arts. Des exemples de ses belles créations dans ce domaine sont exposés, comme La Toilette (1890-1891) ou Jeune femme essayant une robe (1890-1891). La salle suivante, présentant « La Femme moderne » qu’était Cassatt, tourne autour de la décoration (aujourd’hui perdue) qu’elle a peinte sous ce titre pour le pavillon des femmes à l’Exposition universelle de Chicago en 1894. Le beau tableau Été (vers 1894-1895) est accroché ici.

L’exposition se clôt par deux salles rassemblant les portraits de mères et d’enfants qui eurent tant de succès à partir des années 1890. La première (« Peindre l’enfance ») est consacrée à des pastels datant de 1880 à 1911. La seconde (« Les madones modernes ») présente des huiles de 1883 à 1914. À propos de Femme à l’enfant (Le miroir ovale) (1899), le cartel met l’accent sur le miroir évoquant une auréole. En réalité, tout dans ces peintures renvoie à l’art ancien, qu’il s’agisse des gestes des enfants ou du sérieux des mères. Cassatt avait été subjuguée par Corrège et Rubens au cours de ses voyages en Europe. Une visite aux madones de Botticelli, Mantegna, Bellini ou Le Pérugin présentées dans les autres salles du Musée Jacquemart-André montrera aux visiteurs à quel point l’Américaine était l’héritière des maîtres du passé.

 

 

 

 

Mary Cassatt, une impressionniste américaine à Paris,

 

 

jusqu’au 23 juillet, Musée Jacquemart André, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris.

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°498 du 30 mars 2018, avec le titre suivant : Paris redécouvre Mary Cassatt

Tous les articles dans Expositions

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque