Lundi 21 septembre 2020

Nice

L’Ukraine, zone trouble

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 6 juillet 2016 - 468 mots

À la Villa Arson, le collectif Zhúzhalka originaire de Donetsk s’empare de la galerie carrée pour une fine évocation du conflit ukrainien.

Repeinte avec un gris souris qui donne à ses murs une connotation un peu sombre, la galerie carrée de la Villa Arson, à Nice, ne reçoit plus d’éclairage que par les oculus percés dans son plafond, ce qui conduit immanquablement le visiteur à lever les yeux vers le ciel. C’est donc en prenant de la hauteur que le regard va rencontrer les composantes de l’exposition, dans les sections carrées qui divisent la couverture de la salle, par ailleurs totalement vierge d’objets sur le sol et au mur.

Lever le regard, et voir ici et là quelques échelles tronquées qui ne rejoignent pas le sol mais semblent à l’inverse vouloir s’élever vers un lointain indéfini. Des photographies et des projections vidéo scandent également les cellules du plafond, dans cette mise en scène à la fois simple et audacieuse imaginée par le collectif ukrainien Zhúzhalka, fondé en 2012 et composé de trois artistes : Victor Corwic, Vyacheslav Sokolov et Roman Yukhimchyuk.

Invitée par la Villa Arson, la Fondation Izolyatsia a soutenu le projet « Blue Sky Catastrophe » (Catastrophe par beau temps). Créée en 2010 par une énergique femme d’affaires, Luba Michailova, elle est désormais installée à Kiev après avoir dû, sur ordre d’une milice pro-russe, abandonner ses vastes locaux industriels situés à Donetsk, lors de l’annexion de la région du Donbass par la Russie en 2014. Originaires également de Donetsk, les artistes aussi ont quitté la ville : « Nous-mêmes et tous nos amis sommes partis car il n’y avait plus de travail à Donetsk, les entreprises ont été fermées. Nous ne sommes pas artistes à plein-temps, nous devons travailler », raconte l’un d’eux.

Dans la curieuse atmosphère de cette exposition, qui fait naître l’étrange sentiment d’une situation suspendue, les œuvres très subtilement évoquent la catastrophe sociale, le chaos passé ou à venir, la tragédie, les arrangements avec la réalité ou la falsification de l’Histoire, la manière de vivre le présent ou les problèmes territoriaux. Mais cela, et c’est ce qui fait la force de ce travail, sans jamais utiliser la virulence de la dénonciation crue et sans nuances, à laquelle les artistes ont préféré un langage visuel empreint d’une forme de nostalgie, qui désigne clairement les choses sans toutefois dénier manier l’ellipse voire une certaine poésie. En témoigne ce film où sont projetées sur le corps d’un homme les cartes de la région montrant le tracé et le déplacement des frontières du conflit.

Politique ce travail ? « Nous essayons de nous concentrer sur les questions de société mais il y a une politique agressive qu’on ne peut pas ignorer », affirme l’un d’eux tout en précisant « ne pas vouloir pointer qui est l’ennemi car la situation est compliquée ». Politique en effet, mais aussi prudent.

Zhuzhalka. Blue sky catastrophe

jusqu’au 29 août, Villa Arson, 20, avenue Stephen-Liégeard, 06105 Nice, tél. 04 92 07 73 73, www.villa-arson.org, tlj sauf mardi 14h-19h, entrée libre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°461 du 8 juillet 2016, avec le titre suivant : L’Ukraine, zone trouble

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