Dynastie

Les Tudors : au-delà du sang et de l’or

Le Journal des Arts

Le 21 avril 2015 - 723 mots

À travers une galerie de portraits et d’objets précieux, le Musée du Luxembourg dépeint sous un angle pertinent la dynastie anglaise, entre images de propagande et vision intimiste.

PARIS - Aborder les Tudors en France, l’année où le pays célèbre le règne de François Ier ? Le Musée du Luxembourg a le sens de l’humour. Henri VIII d’Angleterre et François Ier furent tour à tour concurrents, ennemis, alliés contre leurs grés ou plutôt au gré d’une diplomatie fluctuante et aussi volatile que l’humeur du roi d’Angleterre. Les deux hommes ne s’aimèrent jamais : lorsqu’en 1520, ils se rencontrent au Camp du Drap d’or, le tournoi chevaleresque se transforme en rivalité d’ego.
Au Musée du Luxembourg, l’armure qu’Henri VIII se fit confectionner pour l’occasion témoigne de ce petit bout d’histoire qui façonna l’histoire européenne. L’exposition « Les Tudors », en collaboration avec la National Portrait Gallery de Londres (NPG), où elle fut présentée cet hiver, s’attache aux cinq monarques de cette dynastie anglaise si connue : Henry VII, roi de la réconciliation et de la fin de la guerre civile, Henry VIII, prototype de Barbe Bleue, et ses enfants, le jeune Édouard VI, Mary la Catholique et enfin Elizabeth Ire. Portraits politiques et objets intimes se juxtaposent, grâce à des prêts anglais très bien choisis.

Trois générations de souverains
Henri VII, en montant sur le trône en 1487, apporte à l’Angleterre la stabilité après plus de trente ans de guerre civile : les deux roses qu’il associe dans son emblème, de couleur rose et rouge, signifient l’unité retrouvée de la nation autour des Maisons d’York et de Lancastre. Il tient cette rose composite dans un très beau portait daté de 1505 (artiste des Pays-Bas, NPG). Le roi est vieillissant mais à son avantage : commandée par Philippe le Beau, duc de Bourgogne, cette effigie devait convaincre la sœur du duc d’épouser le roi. Cette coutume des portraits « matrimoniaux » est un des leitmotivs du parcours. Le sang royal des cours européennes se courtise par tableaux interposés. Un difficile exercice auquel se livrent Jean et François Clouet, Hans Holbein ou Joos van Cleve : saisir la réalité, l’adoucir ou la tordre finement, sans utiliser trop d’artifice au risque de décevoir le jour du mariage. La juvénile Anne de Clèves, peinte par Hans Holbein en 1537 (Londres Victoria and Albert Museum), est attendue avec impatience par Henri VIII pour son quatrième mariage. Mais, la jeune fille déçoit, et le mariage se soldera par un divorce six mois plus tard. Pour Elizabeth Ire, c’est un moyen de faire durer le jeu dans sa valse de prétendants : dessins et esquisses sont envoyés, puis portraits peints en miniature, puis en taille normale, elle hésite, atermoie, fait venir à sa cour princes et ducs… Le jeu dure des années et non sans humour les commissaires ont placé ces portraits masculins dans sa section.

D’autres effigies répondent à une démarche plus politique : asseoir la figure du monarque, sa légitimité et sa force. Henri VIII peut s’appuyer sur Holbein, qui le présente campé avec virilité et majesté dans une fresque perdue, mais maintes fois recopiée de son vivant dans des portraits monumentaux : celui présenté dans le parcours, aujourd’hui conservé à Petworth House, impressionne par le luxe et la finesse de sa facture. Ce roi si imposant se fait pourtant sentimental en annotant (en français) le livre d’heures de sa deuxième épouse Anne Boleyn : « votre suis Henry a jamays ». La suite le fera mentir. Les portraits d’Elizabeth font écho à sa devise « Semper aedem » (« toujours la même »). Jeune femme puis femme d’âge mûr, enfin vieillissante jusqu’à sa mort en 1603, son image ne change guère au fil des années. Teint d’une délicate blancheur, cheveux blond tirant vers le roux, parures et bijoux incroyables, la Reine Vierge paraît immortelle, notamment dans Le Portrait au phénix (associé à Nicholas Hilliard, vers 1575, NPG).

En fin de parcours, la section dévolue à la fortune artistique des Tudors au XIXe dans le théâtre, l’opéra et les romans paraît du coup bien faible au regard de la force de ces portraits.

Les Tudors

Commissaires : Charlotte Bolland, conservateur à la National Portrait Gallery, Tarnya Cooper, chef de la conservation à la NPG, et Cécile Maisonneuve, conseiller scientifique à la Rmn-GP.
Nombre d’œuvres : 113
Scénographie : Hubert Le Gall

Les tudors

Jusqu’au 19 juillet, Musée du Luxembourg, 19 rue Vaugirard, 75006 Paris
tél. 01 40 13 62 00
www.museeduluxembourg.fr
tlj 10h-19h, lundi 10h-22h, entrée 12 €, catalogue, éditions Rmn-GP, 208 p., 35 €.

Légende photo
D’après Hans Holbein le Jeune, Henri VIII, 1540-1550, 238,3 x 122,1 cm, huile sur bois, West Sussex, Petworth House, National Trust. © West Sussex, Petworth House, National Trust.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°434 du 24 avril 2015, avec le titre suivant : Les Tudors : au-delà du sang et de l’or

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