Mandchous

Les Qing, collectionneurs et mécènes

Par Bérénice Geoffroy-Schneiter · Le Journal des Arts

Le 25 novembre 2014 - 427 mots

La Fondation Baur, à Genève, met en avant le rôle de protecteur des arts des derniers empereurs de Chine.

GENEVE (SUISSE) - Sans doute le public cinéphile garde-t-il en mémoire les images flamboyantes du film que Bernardo Bertolucci consacra au dernier empereur (Le dernier empereur, 1987) et à la chute sépulcrale de la dynastie des Qing en 1911. C’est un tout autre discours que tient Monique Crick, la directrice de la Fondation Baur, à Genève. Réalisée avec la participation du Musée des arts asiatiques-Guimet et du Musée des arts décoratifs de Paris, son exposition s’attache tout au contraire à souligner le rôle de protecteurs des arts, de collectionneurs et de mécènes de ces souverains originaires des steppes d’Asie orientale et qui se posèrent en dignes héritiers des empereurs Ming.

Certes, l’une des premières obsessions de cette dynastie mandchoue sera d’imposer sa suzeraineté à l’ensemble des populations situées sur ses marges. À la fin du XVIIIe siècle, le royaume des Qing couvre ainsi quelque treize millions de kilomètres carrés et dépasse les 300 millions d’habitants ! Considérés comme des despotes éclairés, les trois grands empereurs Kangxi (1662-1722), Yongzheng (1723-1735) et Qianlong (1736-1795) n’en tenteront pas moins d’établir un équilibre harmonieux entre les composantes chinoises de leur immense empire et celles des tribus étrangères récemment soumises. Sur fond de richesse agricole et de développement d’un artisanat de luxe dans les domaines de la porcelaine et de la soie, leur règne devient vite synonyme de prospérité et de stabilité. Les trois empereurs tissent même des liens avec le monde occidental par l’entremise des missionnaires jésuites, admis à la cour depuis les Ming. Alors que Versailles se met à l’heure chinoise (mode chinoise mise à l’honneur au château de Versailles lors d’une exposition qui a pris fin le 26 octobre dernier), les souverains Qing se piquent, à leur tour, d’architectures et de jardins dessinés « à l’européenne ».

Aussi modernes et ouverts sur le monde qu’ils soient, les derniers empereurs n’en oublient pas pour autant qu’ils ont reçu leur « mandat  céleste» [idée selon laquelle les empereurs tenaient directement du Ciel le droit de gouverner, ndlr] et qu’ils inscrivent leurs pas dans ceux de leurs illustres prédécesseurs. Rompus à la culture classique, ces fins lettrés s’adonnent ainsi à la calligraphie, composent de longs poèmes et collectionnent avec passion les bronzes archaïques, témoins d’un lointain passé. L’art de leur époque n’en est pas pour autant négligé, comme l’illustrent ces longs rouleaux décrivant avec une profusion de détails les campagnes d’inspection des empereurs, ou ces émaux cloisonnés d’une polychromie frisant parfois le clinquant…

Chine impériale, splendeurs de la dynastie Qing (1644-1911)

Jusqu’au 4 janvier 2015, Fondation Baur, 8 rue Munier-Romilly, Genève (Suisse), tel 00 41 22 704 32 82, mardi-dimanche 14h-18h, catalogue sous la direction de Monique Crick, Fondation Baur, Musée des arts d’Extrême-Orient/5 Continents, 216 pages, 49 €.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°424 du 28 novembre 2014, avec le titre suivant : Les Qing, collectionneurs et mécènes

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