IMA

Le tapis, miroir d’une civilisation

Le Journal des Arts

Le 4 février 2005 - 522 mots

L’emblème de la terre d’Islam est à l’honneur avec « Le ciel dans un tapis ».
Voyage dans une caverne d’Ali Baba sur le thème du tissage.

 PARIS - Si l’art du tapis est considéré comme le phare de la civilisation arabo-musulmane, « il est paradoxalement peu souvent le sujet d’expositions, explique Roland Gilles, chargé de collections et d’expositions à l’Institut du monde arabe (IMA). La dernière en date a été organisée par l’IMA en 1989. » Pour « Le ciel dans un tapis », les commissaires de l’exposition ont favorisé « l’univers des formes de l’âge classique, du XVe au XVIIe siècle, de cet art si ancien qu’il ne reste que très peu de pièces et de fragments ». L’événement est donc de taille, réunissant une thématique rare et des pièces d’exception. « Ô Maryam regarde bien car je suis une forme difficile à percevoir » : cette citation du poète Jalâlodin Rûmi, inscrite à l’entrée de l’exposition, rappelle que le tapis est tout aussi somptueux dans son écriture que complexe dans sa lecture. Face à cette inscription, un détail du Triptyque de saint Jean l’Évangéliste (1490) de Hans Memling illustre les appellations conventionnelles données aux tapis au XIXe siècle : « Holbein », « Bellini », « Lotto » ou « Ghirlandaio » font référence à ces artistes de la Renaissance qui reproduisaient ces pièces dans leurs toiles. 

Synonyme de pouvoir
Des murs couleur lapis-lazuli, un éclairage tamisé, un fond sonore arabisant, nous voici dans l’antre de l’exposition, face à 56 tapis de grande taille, dont certains n’avaient encore jamais été livrés au public. Sans être volants pour autant, ils proviennent de onze musées des quatre coins du monde : du Museum für islamische Kunst de Berlin au Metropolitan Museum of Art de New York en passant par le Victoria & Albert Museum de Londres, le Musée historique des tissus de Lyon ou encore le Musée du Batha à Fès.
Les pièces sont représentées verticalement, à quelques exceptions près, comme ce tapis de table ottoman à décor floral tissé à la fin du XVIe siècle en Égypte et placé à l’horizontale sous une vitrine en verre. Carton, tissage et teinture se transmettent de génération en génération dans les ateliers d’Égypte mamelouke, de Turquie ottomane et de Perse safavide. La religion, la politique, le néo-platonicisme et le goût font évoluer le motif qui, chargé de significations, ne peut être déchiffré que par une élite. Ces influences s’imposent à la tradition des ouvrages archaïques du Moyen Âge qui, en moins d’un siècle, adoptent un décor dit « à médaillon central » puis « floral ». Objet du quotidien, meuble, lieu de dévotion, le tapis, qu’il soit dans la tente d’un nomade ou le palais d’un souverain, reste incontestablement synonyme de pouvoir, une image que l’exposition retranscrit parfaitement.

Le ciel dans un tapis

Jusqu’au 31 mars 2005, Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, place Mohammed-V, 75005 Paris, tél. 01 40 51 38 38, www.imarabe.org, tlj sauf lundi, 9h30-18h30 (jeudi 21h30), week-ends et jours fériés, 10h-19h. Hors-série L’Œil, déc. 2004, 5 euros. La Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne (Portugal) accueillera l’exposition en mai 2005.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°208 du 4 février 2005, avec le titre suivant : Le tapis, miroir d’une civilisation

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