Italie - Musée

Un Musée international du Tapis ancien ouvre à Brescia

Par Olivier Tosseri, correspondant en Italie · Le Journal des Arts

Le 23 novembre 2023 - 822 mots

BRESCIA / ITALIE

Le collectionneur Romain Zaleski a rassemblé plus de 1 300 tapis anciens du XVe siècle à nos jours. Ces pièces sont désormais offertes à l’intérêt des chercheurs et du grand public dans la ville lombarde.

Tapis exposés dans une galerie du MITA. © Leo Torri Studio / Nicola Colia
Tapis exposés dans une galerie du Mita.
© Leo Torri Studio / Nicola Colia

Brescia (Italie). L’année 2023 s’achève, celle que les villes de Bergame et Brescia ont vécu à l’unisson en tant que « Capitales italiennes de la culture ». Un choix inédit pour promouvoir l’art et la culture sous le signe de la « création, de l’innovation et de la tradition ». C’est cette dernière qui est mise à l’honneur à Brescia. Elle n’est pas seulement italienne mais elle est essentiellement orientale, avec l’inauguration le 13 octobre dernier d’un tout nouveau musée et espace culturel : le « Mita », Museo Internazionale del Tappeto Antico (« Musée international du tapis ancien »). Son ouverture est le point d’orgue d’une année riche en événements avec d’exceptionnelles expositions consacrées aux peintres Giacomo Ceruti et Cecco del Caravaggio.

Le Mita a ouvert ses portes dans une ancienne fonderie de 800 m2, réhabilitée par l’agence OBR Open Building Research avec la collaboration de Lombardini22, lesquels ont adjoint à l’espace d’exposition des ateliers, une salle multimédia et une bibliothèque spécialisée. Un lieu qui conservera à température et humidité constantes, mais surtout valorisera la somptueuse collection de tapis d’Orient rassemblée par le très discret Franco-Polonais Romain Zaleski. « C’est mon cadeau à la ville avec laquelle j’ai un lien très fort, avait-il déclaré il y a quelques années en annonçant ce projet. Un cadeau dont on ne peut estimer la valeur. Le prix du tapis le plus rare, un “Holbein” [nom donné en raison de sa présence dans des tableaux de la Renaissance, en particulier ceux du peintre allemand], est estimé entre 11 et 13 millions d’euros. Mais c’est la valeur culturelle d’une telle collection qui importe. »

Le MITA à Brescia en Italie. © Leo Torri Studio / Nicola Colia
Le Mita à Brescia en Italie.
© Leo Torri Studio / Nicola Colia
Perse, Turquie, Égypte, Inde

Romain Zaleski, qui a fêté ses 90 ans cette année, naît à Paris dans une famille de l’aristocratie polonaise qui s’illustrera dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Lui le premier, en devenant comme de nombreux enfants de son âge agent de liaison pour la transmission de documents. À sa sortie de Polytechnique, il entre dans la haute fonction publique avant de la quitter pour se consacrer au monde de la finance et devenir notamment trésorier du parti politique UDF (Union pour la démocratie française). Il entre en contact au cours des années 1970 avec le sidérurgiste italien Carlo Tassara. Grâce à son sens des affaires, il se hisse au début des années 2000 au rang de la 4e plus grosse fortune française (plus de 11 milliards d’euros). Au tournant des années 2010, il voit la valeur de son empire de participations s’effondrer. La chute des valeurs boursières fait fondre son patrimoine mais sa véritable passion, celle des tapis, demeure intacte.

C’est au Maroc dans les années 1950 qu’il réalise son premier achat. Les tapis seront de plus en plus nombreux, mais surtout d’une qualité incomparable, sur le plan de l’esthétique aussi bien que du point de vue de leur état de conservation. À l’époque, bien peu de collectionneurs – et presque aucun musée, mis à part le Musée islamique du Caire–, ne s’intéressent à ces objets d’artisanat qui rivalisent pourtant, pour les plus beaux, avec de véritables œuvres d’art. Romain Zaleski collecte ainsi aisément les meilleures pièces des XVe et XVIe siècles en provenance de Perse, de Turquie, d’Égypte ou d’Inde musulmane. Une collection de 1 325 tapis et créations textiles qui couvre les cinq derniers siècles. Elle réunit les exemplaires les plus rares d’Anatolie, d’Asie centrale, du Caucase ou du Moyen-Orient, mais aussi d’Europe. Tous les formats sont également représentés, des plus petits pour se livrer à des oraisons privées aux plus imposants et somptueux pour ceux destinés à orner les palais princiers ou les mosquées.

En 2008 est créée à Brescia la Fondation Tassara à laquelle Romain Zaleski confie en 2014 son précieux trésor pour qu’il soit accessible aux chercheurs et, à terme, exposé dans un musée. La collection est, en attendant, minutieusement inventoriée et en libre accès sur le site Internet de la fondation. Le grand public a pu en admirer une partie en 2017 grâce à l’exposition « Sérénissime trame » présentée à la Ca’d’Oro de Venise. Son succès confirme la validité de faire naître un grand musée du tapis d’Orient en Italie. L’idée n’a rien d’incongru. La cité des Doges n’était-elle pas à son apogée l’une des premières clientes de tapis d’Orient, tandis qu’à Florence les Médicis passaient des commandes aux ateliers du Caire ? Sans compter les liens étroits tissés au fil des siècles avec des artisans par les marchands italiens au cours de périples les conduisant dans les contrées les plus reculées pour se procurer ces précieuses étoffes. « Tapis anciens d’Eurasie », la toute première exposition du Mita, présente une sélection d’œuvres qui comprend, entre autres, un rare tapis de la dynastie Ming du milieu du XVIe siècle et un tapis Tabriz du nord-ouest de la Perse.

Museo Internazionale del Tappeto Antico,
via Privata de Vitalis 2/a, Brescia, Italie.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°621 du 17 novembre 2023, avec le titre suivant : Un Musée international du Tapis ancien ouvre à Brescia

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