Mercredi 6 juillet 2022

Art contemporain

L’art dans son domaine à Chaumont-sur-Loire

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 4 juillet 2019 - 692 mots

Les œuvres des douze artistes invités à l’occasion de la Saison d’art s’intègrent parfaitement à leur environnement.

Chaumont-sur-Loire (Loir-et-Cher). Agnès Varda avait un chat, Nini, qui est toujours vivant. Avant de mourir, sa maîtresse et artiste l’avait fait mouler en bronze. Elle était venue le percher au sommet d’un tronc en résine, lui-même emboîté sur un vrai tronc en bois, une semaine avant l’inauguration, ce 29 mars, de la 12e édition de la Saison d’art du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Elle devait assister au vernissage, mais elle est morte la nuit précédente. Depuis, dans l’une des trois galeries de la cour des jardiniers, qu’elle a investie – et qui fait penser à celle de sa maison de la rue Daguerre (Paris-14e) –, le chat veille, tel un défi au temps.

Les figures tutélaires

Dans la salle d’à côté, Agnès Varda a réinstallé l’œuvre exposée il y a juste un an à la Galerie Nathalie Obadia : une cabane en forme de serre dont les parois sont constituées de la pellicule d’une copie de son film Le Bonheur (1964). À l’intérieur, les tournesols en pot n’ont, depuis la disparition de l’artiste, ni baissé ni tourné la tête : et pour cause, ils sont en plastique. Dans la troisième galerie est présentée une série de photos récentes qui montrent en médaillon les mains joliment jointes de couples qui se sont prêtés au jeu et dont on peut lire les prénoms ; ils sont pour certains connus, Annette (Messager) et Christian (Boltanski), pour d’autres non. Avec, en fond, la toile cirée qui était celle de la cuisine de l’artiste et une guirlande de patates en forme de cœur entourant les mains. Comme une chambre à la campagne.

Agnès Varda fait partie des douze artistes invités cette année par Chantal Colleu-Dumond, directrice du Domaine et commissaire des expositions, qu’elle a classés en trois catégories : les figures tutélaires, les artistes de la matière et les quarantenaires. Dans la première et aux côtés d’Agnès Varda, on trouve Gao Xingjian, dont la subtile mini-rétrospective est composée d’une quarantaine d’encres accrochées dans douze salles du château ; et El Anatsui, un habitué du lieu puisque déjà présent en 2015 et en 2016. Cette année il a dressé trois gabarres à la verticale face à la Loire, une manière de glorifier ces anciennes embarcations qui naviguaient sur le fleuve [voir ill.].

Le thème de la barque et du passeur revient généralement à Marc Couturier. Lui aussi régulièrement invité à Chaumont, il est présenté cette fois dans le vestibule du château, avec l’une de ses œuvres emblématiques, Vous êtes ici, exposée à Paris au Musée de la chasse et de la nature à l’été 2012 et propriété de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. Pas de bateau mais une évocation de l’eau, au travers de cinq bacs remplis de plaques de porcelaine teintées du fameux bleu de Vincennes, le premier bleu fabriqué par la Manufacture de Sèvres. Dans les bacs : cinq troncs en bronze ; à leur sommet : cinq orangers aux feuilles de bronze et aux fruits en barbotine orange, comme des étoiles. Une façon de mettre un peu de poésie dans les lois du monde, en les inversant et en faisant supporter ici le lourd par le fragile. Couturier est, à l’évidence, considéré ici comme un « artiste de la matière », de même que la Brésilienne Janaina Mello Landini qui expose dans l’asinerie ses arbres tout blancs faits de cordes torsadées et fils tressés.

Les « quarantenaires » sont, eux, notamment représentés par Vincent Mauger avec des pierres précisément installées dans le pédiluve à l’entrée ainsi qu’une sphère, magnifique géométrie en bois ajouré, dans le parc. Stéphane Thidet propose quant à lui deux belles interventions dans la galerie basse du fenil et dans la grange aux abeilles. Une fois encore, le parcours de la Saison d’art permet de mêler des artistes très connus à d’autres moins, voire pas du tout. Et, selon le souhait de Chantal Colleu-Dumond, la promenade dans le château et le domaine illustre le concept, qui lui est cher, de « la juste place »: les œuvres s’intègrent tellement bien à leur cadre qu’elles donnent l’impression d’en avoir toujours fait partie.

Saison d’art 2019,
jusqu’au 3 novembre, Domaine de Chaumont-sur-Loire, Centre d’arts et de nature, 41150 Chaumont-sur-Loire, www.domaine-chaumont.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°527 du 5 juillet 2019, avec le titre suivant : L’art dans son domaine à Chaumont-sur-LoirE

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