Lundi 17 décembre 2018

Monographie

À la BNF, Avedon perd l’équilibre

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 9 novembre 2016 - 651 mots

L’exposition pèche par sa scénographie et un propos qui ne met pas assez en valeur les liens tissés par le photographe avec Lartigue et la revue « Égoïste ».

PARIS - En 2008, le Jeu de paume présentait la première rétrospective de Richard Avedon (1923-2004) en France, celle-ci étant organisée par le Louisiana Museum of Modern Art (Danemark) en collaboration avec la Richard Avedon Foundation. L’institution réparait une négligence aux allures de faute puisque jusqu’à cette date-là le célèbre portraitiste américain, dont les créations étaient rangées dans la catégorie des productions pour la mode, n’avait jamais fait l’objet d’aucune monographie dans l’Hexagone.

Huit ans plus tard, la Bibliothèque nationale de France se penche sur l’œuvre sous l’angle précis et inédit des liens tissés par Richard Avedon avec la France, ceci sur une proposition de Robert Rubin, historien américain de l’architecture (lire l’entretien dans le JdA no 464, 30 septembre 2016). Découpée en quatre parties, l’exploration de ces liens commence par la présentation de la comédie musicale Funny Face de Stanley Donen réalisée en 1956, principalement en France, et inspirée de la vie du photographe. Avedon y a contribué en tant que consultant visuel, créateur du générique et auteur des photographies de mode en couleurs d’Audrey Hepburn dans divers lieux emblématiques de la capitale. Ces images sont ici imprimées en grand format et disposées autour d’une immense rotonde au milieu de laquelle ont été placés différents objets liés au film ou au photographe lui-même, parmi lesquels un photomaton Mutoscope de la fin des années 1950, modèle qu’il utilisait. Suivent deux petites salles ovales dont l’une est réservée à la série de mode « Paris Pursuit : a Love Farce », l’autre au livre Made in France portant sur les photographies de mode réalisées dans les années 1950 pour le magazine américain Harper’s Bazaar, à l’exemple de l’iconique Dovima with Elephants, Cirque d’Hiver, Paris, août 1955.

Nombreux déséquilibres
Une grande salle est consacrée ensuite aux portraits célèbres de personnalités de la vie culturelle intellectuelle et artistique française, avant la présentation de la collaboration d’Avedon avec le magazine français Égoïste fondé par Nicole Wisniak, puis de sa relation entretenue à partir des années 1966 avec Jacques-Henri Lartigue. Toutefois, dès l’entrée dans l’exposition, un déséquilibre se perçoit entre la place très importante accordée à Funny Face par rapport à celle donnée à Égoïste malgré l’importance de la revue dans l’itinéraire et la création d’Avedon.
La série des méga images du bal Volpi aux puissantes références proustiennes réalisées par Avedon pour Égoïste en 1991 à Venise, ou le photo-roman de Kate’s Story, histoire d’une rencontre amoureuse de deux femmes plantureuses, auraient ainsi gagné à être montrées dans leur intégralité. Les albums de Lartigue revus par le photographe pour les besoins de la réalisation de Diary of a Century auraient pu bénéficier de davantage d’explications, qui figurent dans le travail mené par Marianne Le Galliard sur la construction de l’album dans le cadre de sa thèse « Jacques Henri Lartigue sous le regard Richard Avedon ». L’histoire passionnante de la collaboration entre Lartigue et Avedon y aurait elle-même gagné en respiration.

De fait les déséquilibres sont nombreux dans la scénographie de l’architecte anglais David Adjaye, que Robert Rubin avait déjà sollicité pour son commissariat de l’exposition « Richard Prince » en ce lieu. Déséquilibre dans les volumes, leur florilège de formes et de couleurs. Le choix de couleurs acidulées pour la rotonde tranche avec les espaces aux murs recouverts de gris perle, mais surtout conduit à découper le propos en deux parties, ce qui n’est pas l’intention des commissaires. On le regrette d’autant plus que chaque portrait ou série réalisés pour Égoïste (de Gérard Depardieu nu à Sœur Emmanuelle ou Marguerite Duras) renvoie au génie d’Avedon et que les documents exceptionnels et/ou inédits foisonnent de part et d’autre.

AVEDON

Nombre d’œuvres : 120
Commissariat : Robert M. Rubin, historien de l’architecture ; Marianne Le Galliard, historienne de l’art

La France d’Avedon. Vieux monde, New Look

Jusqu’au 26 février 2017, Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, Galerie 2, quai François-Mauriac, 75013 Paris, www.bnf.fr, du mardi au samedi 10h-19h, dimanche 13h-19h, entrée 9 €. Catalogue, éd. BNF, 800 p., 59 €.

Légende Photo :
Jacques-Henri Lartigue, Richard Avedon, New York, novembre 1966 © Ministère de la Culture/AAJHL

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°467 du 11 novembre 2016, avec le titre suivant : À la BNF, Avedon perd l’équilibre

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