Photographie

L’illustration de mode en « Chronorama »

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 20 avril 2023 - 660 mots

Récemment acquise par la Collection Pinault, une partie du fonds d’archives de Condé Nast, soit plus de 400 images de photographes publiées dans les magazines de 1910 à 1979, est présentée à Venise.

Jack Robinson, Melba Moore, 1971, Vogue. © Condé Nast
Jack Robinson, Melba Moore, 1971, Vogue.
© Condé Nast

Venise. Ce sont les photographies d’Irving Penn (1917-2009) conservées dans la Collection Pinault qui ont conduit Matthieu Humery à s’intéresser à celles que le groupe de presse Condé Nast détenait dans ses archives à New York. Puis le conseiller pour la photographie auprès de la Collection a élargi ses recherches à d’autres photographes et artistes de renom ayant travaillé pour le propriétaire de Vogue, Vanity Fair, GQ, Glamour et House & Garden. Cette exploration a abouti en 2021 à l’acquisition d’une partie de leurs archives photographiques couvrant la période 1910-2000, soit quelques milliers de tirages originaux auxquels s’ajoutent des illustrations du début du XXe siècle pour un montant non divulgué. « La sélection a été menée en lien avec la collection photo et les artistes détenus dans la Collection Pinault, mais aussi avec les activités du groupe [Kering, NDLR] dans la mode », explique Matthieu Humery.

Deux ans plus tard, 407 photographies réalisées entre 1911 et 1979 et quelques illustrations, toutes encadrées de manière identique et accrochées sur la même ligne, sont présentées sur les deux niveaux du Palazzo Grassi dans une présentation chronologique rigoureuse, décennie par décennie, année après année. Ligne de temps et de vies qui s’étirent entre la photo réalisée en 1911 par Paul Thompson (et non publiée), de la médecin britannique féministe Mary Walker vêtue d’un costume d’homme, et celle de Karl Lagerfeld prise par Helmut Newton en 1979.

Un regard moderne

Dans la sélection, le portrait domine et les célébrités de la scène médiatique, artistique et culturelle défilent. La mode, l’esprit de l’époque et les courants artistiques qui prévalent distillent leurs différences dans ces portraits, entrecoupés régulièrement par des natures mortes et des vues d’architecture ou d’intérieurs. Le télescopage des genres ne gêne en aucune manière la lecture, aidée par la prédominance du noir et blanc, y compris pour les décennies d’après guerre. Cette traversée du siècle par quelques-unes des figures qui marquèrent leur époque tant devant que derrière l’objectif a du souffle. En raison d’abord de la grande qualité plastique de la plupart de ces photographies, au-delà de celles d’Edward Steichen, Maurice Goldberg, George Hoyningen-Huene, ou encore de David Bailey, Irving Penn, Richard Avedon. Leur modernité subjugue, à l’exemple du portrait de la sculptrice allemande Renée Sintenis réalisé en 1929 par sa compatriote Steffi Brandl.

Qualité des tirages et approches avant-gardistes

La grande qualité des tirages originaux participe également de la séduction des images. Bien que destinées à être reproduites, et de ce fait censées être retouchées, recadrées, ces photographies en noir et blanc retiennent l’attention par le soin que leur apportèrent leurs auteurs. Les années 1910 à 1930 sont en ce sens particulièrement éloquentes et foisonnantes tant en approches avant-gardistes ou surréalistes qu’en recherches de textures, de noirs et de gris au tirage. Les années 1970 éblouissent beaucoup moins, peut-être parce qu’elles sont mieux connues. Peut-être aussi par le parti pris de ne retenir pour l’exposition, à quelques exceptions près, que des photographies noir et blanc, alors que la photographie couleur de cette décennie-là imprime sa différence. Mais moins gênant est le choix de décontextualiser toutes ces images de leurs publications, tant de choses étant à lire déjà. Matthieu Humery l’explique par son « désir de retracer une histoire du XXe siècle à travers l’objectif de plus de 185 photographes et artistes des plus illustres à ceux méconnus du grand public ». L’histoire d’une scène médiatique, artistique et culturelle en constante évolution où l’on retrouve Fernand Léger, Marlène Dietrich ou Coco Chanel à différentes périodes de leur vie, mais aussi André Kertész dans un rôle de photographe d’intérieur qu’on ne lui connaît guère et Cecil Beaton excellant dans tous les genres. Une histoire où la ségrégation raciale aux États-Unis et les conflits du XXe siècle transparaissent à travers quelques images que détaillent les cartels.

Chronorama. Trésors photographiques du XXe siècle,
jusqu’au 7 janvier 2024, Palazzo Grassi, Campo San Samuele 3231, Venise.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°609 du 14 avril 2023, avec le titre suivant : L’illustration de mode en « Chronorama »

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