Comment le négatif a vaincu le daguerréotype

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 23 mars 2010 - 553 mots

Cent quarante négatifs et tirages d’époque parcourent les vingt premières années d’existence de la photo sur papier dont on doit la survie, face au daguerréotype, à son flou jugé « artistique ».

La victoire du négatif sur le daguerréotype (première photographie positive sur métal), c’est, du moins au départ, un peu la victoire de l’art sur l’industrie. « Éloge du négatif », l’exposition du Petit Palais, nous rappelle en effet que c’est pour son grain et son « flou » qu’une flopée d’amateurs, pour la plupart peintres et graveurs, l’ont adopté dès son invention au xixe siècle, laissant la « froideur » et la précision scientifique de la plaque mise au point par Daguerre (1787-1851) au grand public et aux studios professionnels. Pourtant, le succès du négatif semblait bien mal engagé.

Inventé par un Anglais, William Henry Fox Talbot (1800-1877), le calotype (du grec kalos qui signifie « beau »), premier procédé de négatif sur papier sensible, est présenté devant la Royal Society de Londres le 31 janvier 1839, avec malheureusement vingt-quatre jours de retard. En effet, son concurrent le daguerréotype lui a brûlé la politesse en passant devant l’Académie des sciences de Paris le… 7 janvier. Pour les livres d’histoire, qui sont parfois cruels, Daguerre, le positif et la France coiffent au poteau Talbot, le négatif et la perfide Albion.

Et il faudra attendre le siècle suivant pour que le négatif finisse par obtenir « grain » de cause et par s’imposer, cette fois, par un renversement de l’histoire, pour sa qualité non plus artistique mais industrielle : la reproductibilité.

L’exposition du Petit Palais n’entend pas retracer cette épopée, mais rendre grâce aux premières décennies du procédé, celles de l’amateurisme artistique donc, qui va de la naissance du calotype à la diffusion du collodion dans les années 1850.

Ce dernier, autre procédé de négatif, celui-ci sur plaque de verre, inventé par Frederick Scott Archer (1813-1857), a, en mariant la reproductibilité du calotype à la précision du daguerréotype, fait glisser le négatif dans la sphère commerciale. Parce qu’à cette époque, chacun y va de sa petite amélioration technique, de sa « cuisine », dit le cartel qui introduit l’exposition, comme le Français Blanquart-Evrard qui a perfectionné l’invention de Talbot.
 
Au Petit Palais, d’« éloge » du négatif il est bien question : sa beauté, sa rondeur, ses noirs fantomatiques et le jeu d’allers-retours qu’il occasionne avec son corollaire le positif séduisent immanquablement.

Mais le propos des commissaires n’est pas toujours clair ; ainsi peine-t-on à saisir le bouillonnement inventif du moment et, plus encore, la compétition qui a opposé les tenants du calotype à ceux du daguerréotype, dont un seul exemple ouvre l’exposition. Surtout, l’histoire du négatif finit par s’incliner devant le thème de l’Italie dont, on s’en souvient, Orsay vient tout juste de faire l’éloge.

Autour de l’exposition

Infos pratiques.« Éloge du négatif, les débuts de la photographie sur papier en Italie (1846-1862) », jusqu’au 2 mai. Petit Palais, Paris. Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarifs : 3 à 6 €. www.petitpalais.paris.fr
Les négatifs de Vera Lutter. L’artiste contemporaine réalise des négatifs à partir de camera obscura de très grands formats, comme un container, et des temps de pose allant jusqu’à plusieurs jours. L’une de ses photos monumentales est visible jusqu’en 2011 à Beaubourg (« elles@centrepompidou» ).

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°623 du 1 avril 2010, avec le titre suivant : Comment le négatif a vaincu le daguerréotype

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