Art ancien

RENAISSANCE

Clouet retourne à Azay-le-Rideau

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 17 juin 2021 - 603 mots

AZAY-LE-RIDEAU

La collection de portraits de la famille Biencourt quitte temporairement Chantilly pour regagner son château d’origine, dans une exposition entre histoire de l’art et histoire des collections.

Atelier de François Clouet ou de Jean Decourt, Portrait de Marguerite de Valois, Reine de Navarre puis Reine de France, c. 1570, huile sur bois, 29 x 22 cm, château de Chantille. © Michel Urtado/RMN-GP. François Clouet, Portrait de Charles X, roi de France, c. 1572, huile sur bois, 31 x 23 cm, château de Chantilly. © René-Gabriel Ojéda/RMN-GP
Atelier de François Clouet ou de Jean Decourt, Portrait de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, c. 1570, huile sur bois, 29 x 22 cm - François Clouet, Portrait de Charles X, roi de France, c. 1572, huile sur bois, 31 x 23 cm.
© Château de Chantilly. © René-Gabriel Ojéda / Michel Urtado / RMN-GP

Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire). Petit format, représentation en buste, fond lisse oscillant entre le brun profond et le grisâtre, et physionomie restituée précisément par un trait tranchant : la typologie très codifiée des portraits français de la Renaissance a été fixée par les Clouet père (Jean, vers 1485/1490-1541) et fils (François, 1505/1510-1572). Au XIXe siècle, le meilleur endroit pour découvrir cet art très politique était la salle de billard du château d’Azay-le-Rideau, où la famille de Biencourt réunissait une impressionnante collection de quelque 300 portraits. La plupart d’entre eux ont été légués au Musée Condé, à Chantilly, juste avant la Seconde Guerre mondiale. Une trentaine de ces portraits font le voyage retour en Touraine, à l’occasion d’une exposition organisée conjointement par le Centre de monuments nationaux (CMN) et le château de Chantilly.

On y découvre cette « formule » Clouet qu’ont affectionnée les rois de France successifs au XVIe siècle pour les besoins de leur communication politique. Se faire portraiturer par Jean Clouet était alors un privilège royal, accordé aux membres de la Cour par le souverain en personne. Originaire de l’Artois, Jean Clouet puise certainement dans la tradition des Pays-Bas pour la sobriété des compositions et leur naturalisme. Dans la méthode, il s’inspire de Jean Perréal (?-1530), qui réalise une esquisse crayonnée des traits du modèle avant de les rapporter sur toile. Clouet exécute systématiquement ce premier crayonnage, qui permet de ne pas faire poser trop longuement leurs majestés et de restituer le plus fidèlement possible leurs figures.

Vivants et solennels

Le parcours s’ouvre sur une séquence qui évoque ce lignage artistique, avec un portrait de Charles VIII d’après Perréal. Cette première cimaise met aussi en lumière l’originalité du portrait français vis-à-vis de la tradition italienne du profil, fortement ancrée dans le modèle antique et la numismatique. Plus vivants tout en étant plus solennels, les portraits français offrent une restitution exacte de la physionomie, parfois enjolivée selon le désir du souverain. Ainsi, le très jeune Charles IX exigera d’être représenté vieilli pour asseoir son autorité. Lisse et précise chez les Clouet, la touche est plus libre chez Corneille de Lyon (1500/1510-1574), autre ambassadeur du portrait français, très représentatif des pratiques d’atelier et de reproductibilité qui font de ce genre une petite industrie.

S’ils ont marqué l’histoire de l’art du XVIe siècle, ces portraits racontent aussi à Azay-le-Rideau l’histoire d’une famille légitimiste du XIXe siècle. Installée dans le château depuis 1791, la famille Biencourt se lance dans la constitution d’une collection impressionnante de portraits de la Renaissance. Le but est aussi politique qu’esthétique : cette galerie de portraits formait un véritable conservatoire de l’histoire royale française. Les identifications des modèles représentés trois siècles plus tôt y sont donc faussées, travestissant parfois de simples courtisans en têtes couronnées. L’exposition revient sur ces errements dans les identifications propres à l’histoire de la collection : c’est souvent l’étude attentive des garde-robes qui fait office de juge de paix, et permet par exemple d’invalider l’identification d’une prétendue « Claude de France » , engoncée dans une robe devenue à la mode bien après sa mort.

La reprise, dans les vitrines de l’exposition, de la tenture pourpre de la salle de billard évoque l’accrochage des Biencourt. Le vice n’est pas poussé jusqu’à restituer l’accrochage « pétersbourgeois » qui superposait les Clouet les uns au-dessus des autres sur des pans de mur entiers. Les longues vitrines permettent toutefois d’éprouver, à hauteur d’œil, la notion de sérialité et le sentiment de profusion qui présidait alors à la présentation de la collection familiale.

De Chantilly à Azay-le-Rideau. Le retour des portraits de la Renaissance,
jusqu’au 19 septembre, château, rue de Pineau, 37190 Azay-le-Rideau.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°569 du 11 juin 2021, avec le titre suivant : Clouet retourne à Azay-le-Rideau

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