Dessin

Catherine et ses Clouet

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2011 - 644 mots

Une centaine de portraits ayant appartenu à Catherine de Médicis sont exposés de manière exceptionnelle au Musée Condé.

CHANTILLY - C’est un imagier de famille comme tant d’autres, réunissant des portraits familiers soigneusement rangés dans des boîtes, dont les feuilles présentent quelques coins écornés ou jaunis d’avoir été trop feuilletés. Sauf que cet ensemble ayant été réuni par Catherine de Médicis, épouse d’un roi de France et mère de trois futurs rois, il ne peut être tout à fait ordinaire. Dès son arrivée en France en 1533, l’Italienne s’est attachée à réunir, classer et annoter – parfois de sa main – les portraits dessinés commandés par son beau-père. François Ier avait alors un portraitiste de prédilection : le Flamand Jean Clouet (vers 1485-1541), animateur d’un important atelier qui sera repris par son fils François (vers 1515-1572). Présent dans les comptes royaux dès 1515, Clouet jouissait cependant d’une position inférieure aux peintres italiens du roi.

Prise de passion pour le sujet, Catherine poursuit la tâche en commandant à son tour de nombreuses feuilles. Au total, l’ensemble comptera plus de 550 portraits dessinés. Légué à sa petite-fille, Christine de Lorraine, il sera plus tard dispersé après avoir été oublié en Toscane. Un lot de 311 feuilles, alors attribuées pour des raisons commerciales à Holbein, est acquis par un aristocrate anglais, lord Carlisle. C’est cette collection que le duc d’Aumale, fondateur du Musée Condé (Domaine de Chantilly, Oise), rachètera, au prix fort, en 1889 et complétera par la suite. « Sa donation à l’Institut avait déjà été signée, mais ce passionné de portrait historique ne pouvait supporter l’idée que ces images de figures de l’histoire de France demeurent à l’étranger », explique Nicole Garnier, responsable des collections du Musée Condé. Parmi ces portraits figurent autant les compagnons de combat du jeune François Ier que les Coligny, la maîtresse d’Henri II, Diane de Poitiers, mais aussi les dix enfants de Catherine. De l’ensemble initial, Alexandra Zvereva, auteure d’une thèse monumentale sur le sujet, a aujourd’hui identifié près de 450 dessins, dont la collection Aumale est le noyau central. 

Extrême fragilité
À l’occasion de la publication de cet important ouvrage sur l’art des Clouet, le Musée Condé, à Chantilly (Oise), a décidé de présenter temporairement une sélection de ces précieux portraits dessinés du XVIe siècle. Tout le fonds, d’une extrême fragilité, a fait l’objet, depuis 2001, d’une grande campagne de restauration. L’ensemble est nettement dominé par la figure de Jean Clouet. À la suite de Jean Fouquet et Jean Perréal, ses prédécesseurs qui avaient surtout travaillé à la pointe de métal sur papier préparé, Clouet sait exploiter les possibilités offertes par l’usage nouveau des crayons de couleur, pierre noire et surtout sanguine, qui lui permet de retranscrire les subtilités des carnations des modèles. Dès ses premières feuilles, l’artiste excelle ainsi dans sa manière de retranscrire le physique des personnages, laissant de côté les détails du costume qui font parfois l’objet de simples annotations. Une manière qui laisse à penser que ces feuilles n’étaient alors conçues que comme des croquis préparatoires.

La présence de taches d’huile, utilisée pour la préparation des couleurs, suppose aussi que les artistes manipulaient ces feuilles dans l’atelier sans trop de précaution. Succès aidant, ces portraits vont toutefois devenir prisés. François, le fils de Jean, l’aura bien compris. Si aucun des deux artistes n’a jamais signé sa production, l’attribution des portraits repose sur une évolution manifeste du statut des feuilles. Alors que Jean semble saisir des instantanés sur le vif, François monumentalise le traitement des costumes pour en faire des œuvres plus soignées et donc autonomes. Ce changement de statut fait également de cet ensemble unique un jalon majeur de l’histoire du dessin. 

LES CLOUET DE CATHERINE DE MÉDICIS

Commissariat : Nicole Garnier, conservatrice générale du patrimoine, chargée des collections du Musée Condé ; Alexandra Zvereva, historienne de l’art

Nombre d’œuvres : 144

Scénographie : AUM

LES CLOUET DE CATHERINE DE MÉDICIS. PORTRAITS DESSINÉS DE LA COUR DES VALOIS

Jusqu’au 27 juin, Musée Condé, Domaine de Chantilly, tél. 03 44 27 31 80, www.chateaudechantilly.com, tlj sauf mardi 10h-18h. Publications : Alexandra Zvereva, Les Clouet de Catherine de Médicis. Portraits dessinés de la Cour de Valois, éd. Arthéna, 2011, 464 p., 115 euros, ISBN 978-2-9032-3945-9 ; Alexandra Zvereva, Le Cabinet des Clouet au château de Chantilly. Renaissance et portrait de cour en France, éd. Nicolas Chaudun, 2011, 172 p., 38 euros, ISBN 978-2-3503-9105-2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°346 du 29 avril 2011, avec le titre suivant : Catherine et ses Clouet

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