Vendredi 28 février 2020

Val-de-Loire

Le salon de Biencourt reprend vie

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 1 mars 2016 - 733 mots

La reconstitution du salon des marquis de Biencourt marque une nouvelle étape du vaste chantier de remeublement d’Azay-le-Rideau commencé en 2013 et qui en a bien besoin.

AZAY-LE-RIDEAU - « L’intérieur du château peut constituer une déception pour les visiteurs confrontés à des pièces plus ou moins remplies ou décorées », déplore lui-même Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux (CMN). Il est vrai qu’Azay-le-Rideau, réputé pour être un des plus beaux joyaux d’architecture du Val-de-Loire, brille moins par son parcours de visite que par la beauté de ses façades et leurs reflets dans l’eau. Acheté par l’État en 1905, vide de tout mobilier, il a été meublé au compte-gouttes avec des objets datant du XVe au XIXe siècle. Aussi le château a-t-il entamé ces dernières années une politique de remeublement et de refonte muséographique qui a commencé au premier étage du château avec la création d’une chambre Renaissance en 2013 (1).
Ce remeublement a gagné le rez-de-chaussée qui se pare aujourd’hui des couleurs du XIXe siècle. Est-ce un parti pris désordonné que de mêler ainsi les époques dans le parcours ? « Il s’agit plutôt d’une manière de respecter les strates d’histoire successives d’un monument », répond plutôt Philippe Bélaval. Début février, le « grand salon Est » a été inauguré, aménagé dans l’esprit de ce qu’il pouvait être à l’époque des marquis de Biencourt qui ont occupé les murs d’Azay entre 1791 et 1899. C’est plus précisément l’état créé par Armand-François-Marie de Biencourt (1773-1854), puis son fils Armand-Marie-Antoine de Biencourt (1802-1862) que le CMN a choisi de retrouver. Il faut dire que la pièce a conservé sa cheminée et son lambris d’époque. 

Un remeublement « royal » fidèle au XIXe
L’aménagement des Biencourt, marqué par l’historicisme et un goût certain pour la Renaissance, est également bien documenté par des photographies de 1898 et de 1904. Viennent s’y ajouter des sources écrites tels l’inventaire établi en 1854 au décès d’Armand-François-Marie de Biencourt ou l’état descriptif du mobilier réalisé en 1898 avant la vente du domaine. Dispersés au fil de l’histoire par les héritiers Biencourt, les éléments mobiliers originaux n’ont pas pu être acquis par le CMN, à l’exception de divers éléments de services de table. C’est donc vers le Mobilier national que l’établissement public s’est tourné pour obtenir des meubles ou objets « équivalents » (de même époque et de même style) qui ont permis de réaliser « un mélange de reconstitution et d’évocation de ce que pouvait être la vie d’une famille aristocratique au XIXe siècle », selon Philippe Bélaval. « Mais les pièces sélectionnées [et restaurées pour l’occasion] sont d’une qualité plus remarquable que celles qui étaient détenues par les Biencourt, étant parfois de destination royale », observe toutefois le directeur du Mobilier national Hervé Barbaret, désignant notamment une commode qui trouvait sa place dans le palais des Tuileries de Louis-Philippe.

Autour de la cheminée, prennent place une table à jeu en marqueterie Boulle, des chaises néogothiques, une vitrine à étagère en palissandre, une pendule en bronze doré… Sur les murs, pendent à touche-touche une série de portraits de rois, reines et maîtresses royales qui rappellent l’impressionnante collection constituée par Armand-François de Marie. Les originaux – qui ont été donnés par une descendante des Biencourt dans les années 1930 au château de Chantilly – ont été remplacés par des œuvres de même nature, datant de la Renaissance au XIXe siècle, tel ce portrait de Catherine de Médicis (1839) déposé par le château de Versailles. Les éléments textiles ont quant à eux été restitués au plus proche des photos d’époque.

L’ensemble séduit l’œil, mais par constraste confère au reste du parcours de visite du château une forte impression d’inachèvement. Le remeublement de la salle à manger, également dans l’esprit Biencourt, ne sera terminée que fin 2016. Celui de l’ensemble du rez-de-chaussée doit continuer jusqu’en 2018. Au premier étage, dédié à la Renaissance, la chambre du roi ne sera pas réaménagée avant 2019-2020. Quant à la médiation écrite ou numérique, elle est encore disparate « et doit être refaite avec la refonte totale du parcours de visite », explique Chrystelle Laurent-Rogowski, administratrice du château. Azay-le-Rideau, également en pleine restauration de ses murs jusqu’en 2017 a encore du chemin à faire pour offrir à ses visiteurs un parcours digne du lieu.

Note

(1) Un chambre qui reconstitue le passé au plus proche des techniques de l’époque en mêlant œuvres d’époque et créations contemporaines.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°452 du 4 mars 2016, avec le titre suivant : Le salon de Biencourt reprend vie

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque