Vendredi 19 juillet 2019

Hommage

Clergue, itinéraire d’un créateur généreux

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2014 - 678 mots

Pour ses 80 ans, le Musée Réattu et les Rencontres d’Arles reviennent sur l’œuvre
et le parcours du photographe, de ses débuts à son ancrage dans la cité arlésienne.

ARLES - Qui ne connaît pas Lucien Clergue (né en 1934), « le photographe, l’enfant d’Arles, l’ami des artistes, le fondateur des Rencontres d’Arles, l’impresario de Manitas de Plata, l’académicien », pour reprendre les termes de François Hébel ? Le directeur des Rencontres d’Arles lui dédie ici pour sa dernière édition au Parc des Ateliers une exposition particulièrement soignée, concise dans son choix d’œuvres. Ce même festival, lancé en 1970 par Lucien Clergue avec Jean-Maurice Rouquette, conservateur des musées de la Ville, est né lui-même dans le prolongement de la création, huit ans plus tôt, au Musée Reattu, par ces deux protagonistes du premier département photo dans un musée français. Département pour lequel le photographe engrangea dons et achats auprès des plus grands noms de la photographie sans cesser de l’enrichir, de ses propres clichés comme de ceux que les Rencontres d’Arles réunirent jusqu’en 2002. Le Musée Réattu réserve ainsi la dernière partie du parcours « Les Clergue d’Arles » à quelques pièces maîtresse de cette collection riche de plus de 600 œuvres.

Précurseur, visionnaire, généreux dans sa volonté  dès les années 1960 de promouvoir la photographie au rang d’art, Lucien Clergue le fut tout en développant sa propre création, à l’instar de son homologue Jean Dieuzaide (1921-2003) à Toulouse. De l’hommage qui lui est rendu pour ses 80 ans, on pouvait à cet égard craindre une vision attendue de l’homme et de l’œuvre souvent intarissable sur ses innombrables nus. Or il n’en est rien, bien que la partie consacrée à ces derniers aurait pu être plus resserrée au musée.

Chaque exposition à sa manière dresse un portrait sensible de l’homme, de son amitié avec Picasso, Cocteau, Manitas de Plata, José Reyes, Saint-John Perse…, mais offre aussi un regard élargi sur son parcours de photographe. Surtout en ce qui concerne ses premières années, exposées par les deux lieux à travers différents travaux menés entre 1953 et 1961. Le musée met ici cette période en résonance avec Edward Steichen, Ansel Adams, Man Ray ou Brassaï, pièces majeures issues de la propre collection de Lucien Clergue ou des fonds de l’institution comme le célèbre Nude (1936) d’Edward Weston qu’il fit rentrer.

L’ellipse et l’allégorie
Ces premières années ont été en effet déterminantes dans son itinéraire. Les séries de cette période montrent un jeune homme, marqué par Brassaï et Weston, faire ses gammes, établir progressivement sa grammaire en pratiquant tous les genres (du documentaire à l’abstraction) avant de se concentrer exclusivement sur les nus et les « langages du sable », imprégné qu’il est des photographies d’Edward Weston. Des années prolixes où émerge la série lumineuse sur les gitans d’Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer (1955-1958). Pleine de vie, elle est située aux antipodes de la mélancolie et des recherches menées dans les « Saltimbanques » de la série « La Grande Récréation » (1955), qui mettent en scène des enfants en costume d’Arlequin dans les ruines d’Arles après les bombardements de 1944.

Ses photographies sur la corrida, sur le tournage du film Le Testament d’Orphée (1959) de Jean Cocteau, sur Picasso, Manitas de Plata, les premiers nus ou les vignes et le maïs après la tempête de la série « Les Marais d’Arles » racontent beaucoup du jeune Clergue, de sa matrice – Arles et la Camargue –, de ses admirations, de ses failles. Les instructifs commentaires d’images du catalogue de l’exposition du Musée Réattu et la vidéo projetée à Arles (1) les détaillent. Dans le cheminement de Lucien Clergue, l’ellipse, et l’allégorie sont indissociables au même titre que la vie et la mort. Elles s’affirment, prédominent progressivement, jusqu’au paroxysme dans ses derniers travaux en couleur pour ce grand fidèle au noir et blanc.

Note

(1) visible sur rencontres-arles-photo.tv

Les Clergue d’Ales
Commissaire : Pascale Picard, directrice du Musée Réattu
Nombre d’œuvres : 175 photographies, héliogravures et portfolios

Les hommes et les femmes…
Commissaire : François Hébel, directeur des Rencontres d’Arles
Nombre d’œuvres : 142 photographies

Les Clergue d’Arles, Musée Réattu
Jusqu’au 4 janvier 2015, 10, rue du Grand-Prieuré, 13200 Arles, tlj sauf lundi 10-18h, fermeture à 17h de novembre à février, www.museereattu.arles.fr. Catalogue, éd. Gallimard, 35 €.

Les Hommes et les Femmes de Lucien Clergue, Les Rencontres d’Arles
Jusqu’au 21 septembre, Atelier de chaudronnerie, Parc des Ateliers, av. Victor-Hugo, 13200 Arles, www.rencontres-arles.com

Légende Photo :
Lucien Clergue, Hommage de la danseuse, mariage gitan, Arles, 1958, épreuve argentique, musée Réattu, Arles. © Clergue 2014.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°419 du 19 septembre 2014, avec le titre suivant : Clergue, itinéraire d’un créateur généreux

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