Collection Lambert, palais des Papes et musée du Petit Palais, Avignon (84) Jusqu’au 7 novembre 2010

Barceló - Terra-Mare

Par Lina Mistretta · L'ŒIL

Le 30 septembre 2010 - 388 mots

Avignon est un lieu chargé d’histoire et pour cette raison Miquel Barceló aime Avignon. Son travail en rapport avec la mémoire prend toute sa résonance dans les trois lieux prestigieux qu’il a investis durant plusieurs mois pour une exposition inédite intitulée « Terra-Mare ».

L’œuvre de Barceló abonde en références préhistoriques. À la collection Lambert, où la partie de l’exposition « Mare » se déploie, la visite commence par une immense toile représentant une grotte, lumineuse et rugueuse. Barceló, né à Majorque, est un peintre de la lumière et de la matière. Il utilise une pâte épaisse – des grumeaux de peinture – de laquelle surgissent des ciels et des mers, des fonds sous-marins peuplés de coquillages, poissons, pieuvres, crânes. Il peint aussi des fruits, des légumes qui sont autant de bouches ouvertes, de têtes, métaphores de vie et de mort. Ces toiles boursouflées, bosselées suggèrent à l’artiste des formes qui aboutissent à des sculptures, en bronze et en plâtre, et à des céramiques. Celles qu’il a réalisées dans son atelier en pays Dogon ont des accidents de cuisson : il aime jouer avec les éléments aléatoires. Ainsi, les papiers dévorés par les termites font de superbes dessins et l’oxydation provoquée par le chlore donne vie à une série de saisissants portraits d’albinos africains sur papier noir.

Dans la grande chapelle du palais des Papes, où a lieu l’exposition « Terra », il présente des plaques de céramique et des têtes en brique placées comme des gargouilles médiévales. Elles sont suspendues aux clous que Picasso, le Maître des Demoiselles d’Avignon, avait utilisés pour accrocher ici même les tableaux de son exposition de 1970. Barceló est aussi un maître de l’humour : en ce lieu sacré, les visages des gisants recouverts de masques transmutent, un éléphant monumental en plâtre s’amuse, en équilibre sur sa trompe, tandis que son pendant en bronze trône sur l’esplanade du palais des Papes.  Le musée du Petit Palais accueille les trésors gothiques de la cathédrale de Palma sortis pour la première fois d’Espagne et ceux des couvents de Majorque. L’exposition s’intitule « Terra-Mare » pour nous rappeler que Majorque était un royaume maritime. L’art de Barceló est là, érudit, poétique, singulier, drôle.

« Terra-Mare. Miquel Barceló »

- Collection Lambert en Avignon (www.collectionlambert.com)

- Palais des Papes (www.palaisdespapes.com)

- Musée du Petit Palais (www.petitpalais.org)

Légendes photos

Miquel Barceló - Au premier plan, L'allumette (2006) - Bronze - 254 x 63 x 85 cm - Palais des Papes - Avignon (août 2010) - © Photo Ludosane

Miquel Barceló - Elefandret (2007) - Bronze - 400 x 170 x 160 cm - Place du Palais - Avignon (août 2010) - © Photo Ludosane

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°628 du 1 octobre 2010, avec le titre suivant : Barceló - Terra-Mare

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