Vendredi 15 novembre 2019

Photographie

Les gares « arty » du Grand Paris

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 12 janvier 2019 - 684 mots

PARIS

Les futures gares du Grand Paris Express ne seront pas seulement des gestes architecturaux, elles constitueront aussi les étapes d’un véritable musée d’art contemporain, fruit d’un mécénat privé.

Grand Paris Saint-Maur-Créteil
Détail du projet de Susanna Fritscher pour l'escalier de la gare de Saint-Maur-Créteil.
© Artefactorylab / Société du Grand Paris

Île-de-France. Laurent Grasso a imaginé un trompe-l’œil de nuages évoquant les peintures de la Renaissance pour la gare de Châtillon-Montrouge, conçue par l’architecte David Trottin. L’intégralité des séquences ADN du génome humain défilant à toute vitesse sur un écran LED de 50 mètres de long, en alternance, la nuit, avec une carte du ciel : c’est l’expérience immersive que propose l’artiste Ryoji Ikeda dans la future gare de Pont de Sèvres réalisée par l’agence de Jean-Marie Duthilleul. Briques et façade végétalisée, la gare de La Courneuve, se fondra, quant à elle, dans le voisinage du parc Georges-Valbon, vaste espace vert d’Île-de-France : l’artiste Duy Anh Nhan Duc a en effet mis l’accent sur la richesse de la flore locale en prévoyant d’intervenir sur le projet du bâtiment des architectes Pascale Dalix & Frédéric Chartier…

Les premières œuvres pérennes des futures gares du Grand Paris Express viennent donc d’être dévoilées. Il s’agit, pour l’heure, d’esquisses, exposées jusqu’au 25 janvier à la Fabrique du métro à Saint-Ouen. Une douzaine de projets correspondant au volet artistique du programme culturel initié par la Société du Grand Paris. Placées sous le signe du « tandem » constitué dans chaque gare entre un artiste et un architecte, ces commandes artistiques sont pilotées par José-Manuel Gonçalvès, le directeur du Centquatre, accompagné de diverses personnalités invitées (Laurent le Bon, Paula Aisemberg…). Elles constitueront à terme, le long des 200 kilomètres de métro balisés par 68 gares, « un musée à ciel ouvert, une sorte de Louvre contemporain », annonce le directeur artistique. Témoignant, en tout cas, d’une « attention » portée à ces territoires jusqu’ici périphériques, cette « collection » est financée par le Fonds de dotation du Grand Paris Express, un collectif de mécènes qui a abondé le budget prévisionnel, estimé à 30 millions d’euros.

Grand Paris Saint-Maur-Créteil
Projet de Susanna Fritscher pour l'escalier de la gare de Saint-Maur-Créteil.
© Artefactorylab / Société du Grand Paris

Des binômes créatifs
Pour constituer les duos, José-Manuel Gonçalvès a suggéré « un choix de deux artistes » à chacun des architectes préalablement retenus. Le casting final mélange des têtes d’affiche (Michelangelo Pistoletto, Laurent Grasso, Tatiana Trouvé, Ryoji Ikeda…) à des noms moins connus (Hicham Berrada, Duy Anh Nhan, Noémie Goudal). « Les deux tiers n’ont jamais travaillé avec moi », tient à préciser Gonçalvès. Quant à l’adhésion des maîtres d’ouvrage aux projets artistiques, elle est essentielle : ce sont eux en effet qui discutent leur faisabilité technique avec les ingénieurs et veillent à les intégrer au calendrier du génie civil.

S’il est un peu tôt pour juger des différents projets, certains affichent dès à présent leur dimension spectaculaire : la gare de Saint-Maur-Créteil dessinée par Cyril Trétout, avec son puits de 42 mètres de profondeur et son escalier monumental a ainsi inspiré à l’artiste Susanna Fritscher une installation de câbles formant une sorte de tunnel vertical lumineux, potentiellement renversant [voir illustration]. Perte de repères assurée aussi avec le ciel artificiel d’Ivan Navarro. Son vertigineux manège de 312 caissons éclairés forment deux cadrans solaires qui constitueront les plafonds circulaires de la gare souterraine de Villejuif- Institut Gustave Roussy, signée Dominique Perrault.

Sensations garanties, donc. Au risque de flirter avec l’attraction foraine ? Tant que ce n’est pas au détriment d’une lecture plus conceptuelle, Gonçalvès dit assumer « le fait que l’on ressente une émotion devant une œuvre, et qu’il ne soit pas forcément nécessaire de lire d’abord le cartel pour cela ». La maquette en bronze conçue par Hicham Berrada et plongée dans un aquarium sous électrolyse, afin de suggérer l’érosion du bâtiment de Denis Valode (gare des Ardoines) pourra cependant dérouter. Mais « ce sera un véritable tableau organique, vivant », assure le directeur artistique.

Quid de l’entretien de ces futures œuvres ? « Nous sommes en train d’en chiffrer le coût », explique José-Manuel Gonçalvès. Le comité de pilotage artistique se laisse deux ans pour trouver « la bonne formule de financement » et le dispositif le plus adapté à une collection réunissant des œuvres numériques, des compositions végétales, des sculptures… La réponse devra alors être formulée au plus tard en 2021. Une échéance qui tient compte des premières inaugurations prévues à l’horizon 2024 et 2026.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°514 du 4 janvier 2019, avec le titre suivant : Les gares « arty » du Grand Paris

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