30 ans

Les Frac en « Pléiades »

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 15 octobre 2013 - 714 mots

Les Abattoirs proposent à Toulouse un concentré bienvenu des manifestations
ayant célébré le trentième anniversaire des Fonds régionaux d’art contemporain.

Toulouse - C’est à la gare de Toulouse que commence le tour de France des Frac (Fonds régionaux d’art contemporain) célébrant leur trentième anniversaire, mais on n’y monte pas dans le train ! Des Reflets (2004) de Franck Scurti, ces enseignes en néon de pharmacie, d’opticien ou de bureau de tabac déformées comme si elles étaient vues dans une flaque d’eau, ont poussé en façade et dans la gare. À la faveur d’un partenariat avec Gares & Connexions, des œuvres des collections publiques sont installées dans une trentaine de gares en France, manière de donner une nouvelle audience à l’une des missions essentielles des Frac : la diffusion de leurs collections auprès des publics les plus larges.
Le morceau de choix de cet anniversaire se situe, lui, aux Abattoirs, où est accueillie une manifestation qui, pour la première fois, réunit l’ensemble des vingt-trois Fonds.  « Les Pléiades » se donne à voir comme autant de concentrés de collections et d’expositions, puisqu’elle a donné lieu plus tôt dans l’année à une opération dans tous les Frac, dont le principe consistait, pour chacun, à inviter un artiste à s’emparer de la collection pour en proposer une lecture.

Jeu de cimaises
Chaque structure dispose à Toulouse d’un espace dans lequel elle propose un résumé de l’exposition qui s’est tenue en ses locaux… sauf lorsque certains s’affranchissent du principe, à l’instar de Laurent Montaron. Invité par le Frac Rhône-Alpes, il y avait présenté une sélection de dix artistes de sa génération, mais a ici confié à Guillaume Leblon la conception d’une structure modulable plongée dans le noir et destinée à accueillir des œuvres ou des performances, tout en commandant une pièce sonore à Julien Discrit et Thomas Dupouy.
Dans la nef, Marc Camille Chaimowicz a déployé un joli jeu de cimaises suspendues et flottantes qui accueillent des pièces appartenant au Frac Pays de la Loire, de Jim Hodges, Présence Panchounette ou Bernard Frize notamment. Notable est aussi la belle proposition de Francis Baudevin, qui pour le Frac Franche-Comté a travaillé sur l’idée de partition musicale et chorégraphique, avec des œuvres de Silvia Bächli, James Welling ou Matthew McCaslin. Un véritable concentré également est la proposition des graphistes Gavillet & Rust pour le Frac Champagne-Ardenne ; le duo a composé une série d’affiches couvrant les murs du sol au plafond, sur lesquels se fondent en se superposant vingt œuvres emblématiques.

Cette célébration d’une collection colossale ne doit cependant pas occulter le fait que les Frac demeurent des structures fragiles. Plusieurs d’entre eux – Bretagne, Centre, Franche-Comté, Provence-Alpes-Côte d’Azur – ont récemment inauguré de nouveaux bâtiments, amples et adaptés à leurs usages et missions, mais qui vont engendrer des coûts de fonctionnement plus importants qu’antérieurement, dont les interrogations sur le financement ne sont pas encore levés. En déplacement à Toulouse, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, évoquait une hausse des crédits dévolus aux arts visuels, sans mentionner quelle part de l’enveloppe irait aux Frac. « Ils auront les moyens de fonctionner. L’État augmente son budget de 5 à 6 % pour les arts visuels. Les Régions doivent désormais prendre leurs responsabilités », a-t-elle simplement indiqué. La ministre en a profité pour annoncer la signature, le jour même, en compagnie du ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, d’une convention « Un établissement, une œuvre », qui acte le principe de la mise en dépôt d’œuvres issues des collections publiques des Frac dans les écoles et collèges de leur région.
Cette volonté d’accroître la diffusion semble devenir l’un des axes de la politique du ministère, qui a annoncé le lancement d’une concertation, menée par les directions régionales des Affaires culturelles, avec les comités d’entreprises. L’idée est d’engager un mouvement de circulation des œuvres sur les lieux de travail mêmes.

LES PLÉIADES

Commissariat : Xavier Franceschi, Laurence Gateau, Claire Jacquet, Olivier Michelon ; respectivement directeurs des Frac Île-de-France, Pays de la Loire, Aquitaine, et des Abattoirs
Nombre d’artistes : env. 220

LES PLÉIADES. 30 ANS DES FONDS RÉGIONAUX D’ART CONTEMPORAIN,

jusqu’au 5 janvier, Les Abattoirs, 76, allées Charles-de-Fitte, 31300 Toulouse, tél. 05 62 48 58 00, www.lesabattoirs.org, tlj sauf lundi-mardi 11h-19h. Catalogue, coéd. Flammarion/Platform, 256 p., 45 €. Site Web permettant l’accès aux collections des Frac : www.lescollectionsdesfrac.fr

Légende photo

La nef des Abattoirs avec les œuvres de Maria Loboda, David Maljkovic et Fabrice Hyber figurant dans la collection du Frac des Pays de la Loire. © Photo Cédrick Eymenier

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°399 du 18 octobre 2013, avec le titre suivant : Les Frac en « Pléiades »

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