Biennale

Le transfert de la biennale Desert X en Arabie Saoudite provoque des dissensions internes

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 10 octobre 2019 - 563 mots

RIYAD / ARABIE SAOUDITE

Dénonçant une initiative « immorale », 3 membres du conseil d’administration de la manifestation américaine ont démissionné. 

Vue de l’installation Curves and Zig Zags par Claudia Comte, lors de l’édition 2017 de Desert X, en Californie. © Desert X.
Vue de l’installation Curves and Zig Zags par Claudia Comte, lors de l’édition 2017 de Desert X, en Californie.
© Photo Desert X

L’Arabie Saoudite veut s’ouvrir au tourisme en misant sur Al-Ula comme vitrine culturelle. C’est précisément dans cette région désertique que sera inaugurée en janvier 2020 une nouvelle édition de Desert X, une biennale d’art contemporain née dans le désert californien en 2017. Annoncée le 7 octobre, cette édition a déjà provoqué le départ de trois membres du conseil d’administration de la manifestation. 

L’édition saoudienne de l’évènement est organisée en collaboration avec la Commission royale pour Al-Ula, présidée par le prince Mohammed ben Salman. Également vice-premier ministre de l’Arabie Saoudite, l’héritier royal est très critiqué en occident pour avoir lancé une intervention militaire au Yémen en 2015. Il est également accusé d’avoir commandité l’assassinat du journaliste saoudien dissident Jamal Khashoggi en octobre 2018, à Istanbul. Ces soupçons avaient conduit plusieurs institutions culturelles à refuser des mécénats saoudiens, dont le Met.

Susan Davis, fondatrice et présidente de Desert X, a déclaré au LA Times que la collaboration avec la famille royale avait été longuement discutée, puis votée à une « large majorité » au sein du conseil d’administration. « Notre mission est de créer des plateformes d’échanges sur l’art, et d’accueillir une multiplicité de voix », a-t-elle indiqué.
 
En signe de protestation, 3 des 14 membres du conseil d’administration de la biennale ont démissionné : l’artiste Ed Ruscha, la styliste Tristan Milanovich et l’historienne de l’art Yael Lipschutz. « Il ne s’agit pas de dialogue entre artistes. Il s’agit de conclure un accord avec un gouvernement qui a commis un terrible génocide au Yémen, qui est résolument antidémocratique et qui détient un record alarmant concernant la discrimination de la communauté LGBTQ », a déclaré Yael Lipschutz au LA Times.  

Moins polémique était la première édition de Desert X, qui s’est déroulée en avril 2017 dans la vallée aride de Coachella, au sud de la Californie. Un parcours gratuit d’œuvres in situ avait été déployé sur plusieurs kilomètres de distance. Une quinzaine d’artistes renommés (Richard Prince, Doug Aitken…) ou moins connus y avaient participé. 

Réitérant l’investissement de grands espaces pour proposer aux visiteurs -motorisés- un nouvel « écosystème de l’art », la version saoudienne de la biennale occupera les étendues d’Al-Ula, dans le nord-ouest de la péninsule, du 31 janvier au 7 mars prochain. Le nom des 15 exposants retenus n’a pas encore été révélé, mais la biennale a confirmé la présence d’artistes saoudiens et internationaux.

L’évènement s’inscrit dans le plan de diversification économique du prince Mohammed ben Salman nommé « Vision 2030 », et dont Al-Ula est l’une des pièces maîtresses sur le plan culturel. La région abrite les précieux vestiges nabatéens de Mada’in Saleh, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et un musée d’archéologie fondé en 1987. Sur place, l’hériter royal prévoit la création d’un immense parc culturel, de plusieurs musées ainsi que d’un complexe hôtelier « troglodyte » réalisé par Jean Nouvel. 

Grand partenaire du royaume wahhabite concernant la valorisation de son patrimoine archéologique, la France souligne actuellement les richesses d’Al-Ula à l’Institut du monde arabe. Du 9 octobre au 19 janvier, l’exposition « AIUla, merveille d’arabie » promet en effet de dévoiler « 20 ans de recherches, pour la première fois révélée au grand public » sur cette oasis dont la royauté saoudienne espère qu’elle deviendra bientôt une plaque tournante du tourisme international. 
 

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