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Les écoles d’art trustent la formation des artistes

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2015 - 841 mots

PARIS

Notre étude montre pour la première fois le rôle majeur des 45 écoles supérieures d’art dans la formation des artistes d’aujourd’hui en France.

Un coup d’œil rapide dans le haut de la liste de l’Artindex France 2015 pourrait laisser croire que les artistes contemporains reconnus sont en majorité autodidactes : François Morellet, Christian Boltanski, Sophie Calle, Ben, Bernar Venet n’ont pas beaucoup fréquenté les écoles d’art. Mais ce trompe-l’œil générationnel masque la réalité : au moins la moitié des 2 500 plus importants artistes de la scène française sont diplômés ou ont passé plusieurs années dans une école supérieure d’art en France. « Au moins » la moitié, car si l’étude du Journal des Arts pointe que 5  % des artistes n’ont aucune formation initiale, il n’a pas été possible d’identifier avec certitude le parcours d’environ 500 artistes vivants (parmi les 2 500), laissant supposer que certains sont peut-être passés par une école d’art.

La formation initiale du quart restant montre par ailleurs que les artistes d’aujourd’hui ne viennent pas de nulle part. 7  % des artistes du top 2 500 ont été formés dans une école d’art à l’étranger, à l’instar du Suisse vivant en France Thomas Hirschhorn (58 ans, Prix Marcel Duchamp en 2010) diplômé de l’École des arts décoratifs de Zurich.

Les quarante-cinq écoles supérieures d’art ne sont pas les seules écoles dispensant un enseignement artistique, plusieurs établissements d’art appliqué dépendant du ministère de l’Enseignement supérieur, tels que les écoles communément appelées Duperré, Olivier de Serres ou Estienne, ainsi que d’autres écoles privées, ont formé de futurs artistes. Ainsi Daniel Buren a fréquenté les ateliers de l’École des métiers d’art, devenue l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art (Ensaama), située rue Olivier de Serres, depuis sa fusion avec l’École des arts appliqués à l’industrie.

Sans surprise, l’université, que ce soit les départements histoire de l’art ou ceux d’arts plastiques, joue un rôle marginal (5,5  %). À noter que ce pourcentage ne tient pas compte des artistes formés en écoles qui sont aussi passés sur les bancs de l’université. La pauvreté des moyens des facultés d’art plastiques ne leur permet absolument pas de rivaliser avec les écoles. Ironiquement, il y a presque autant d’artistes du top 2 500 venant d’horizons totalement différents, à l’instar de l’apprenti médecin Georges Rousse ou du juriste diplômé en sciences politiques Jean-Michel Sanejouand.

L’héritage de Mai 68
Pour autant, la prédominance des écoles supérieures d’art est un phénomène récent malgré l’ancienneté de ces écoles (Marseille a été créée en 1752, Lyon en 1765, l’Ensad en 1768). Ainsi que l’illustre le diagramme ci-dessous, leur montée en puissance date des réformes des années 1970, consécutives à Mai 68, qui visaient à rompre avec l’académisme qui prévalait jusqu’alors, en accueillant des enseignants plus modernes et à mieux organiser la scolarité. Un plateau semble être atteint dans les années 1990 (c’est-à-dire les étudiants diplômés dans les années 1990), avec une moyenne annuelle de cinquante artistes (au sens d’un artiste figurant dans le top 2 500) diplômés d’une école supérieure d’art. Ou pour le dire de manière peu élégante, mais plus simple, les quarante-cinq écoles d’art « produisent » environ cinquante artistes reconnus par an. En comparant ce chiffre avec le nombre annuel de diplômés des écoles d’art (environ 1 100), on obtient un taux de 5  %, qui est un pourcentage communément reconnu dans le milieu. La chute à partir de l’année de naissance de 1982 (soit un étudiant diplômé en 2005), s’explique par la jeunesse des artistes qui commencent tout juste à exposer en galerie ou centre d’art.

Le rôle majeur des écoles d’art dans la formation des artistes d’aujourd’hui illustre la professionnalisation croissante du métier d’artiste qui, par certains côtés, est devenu une profession comme les autres. Enfin, pas tout à fait. Excepté les jeunes diplômés en quête de crédibilité qui indiquent volontiers le nom de leur école dans leur CV, dès lors que vient le succès, de nombreux artistes n’y font plus référence, comme si pour être « vraiment » artiste il faut montrer que l’on s’est fait tout seul.

La concentration des écoles supérieures d’art

Le nombre d’écoles d’art n’a cessé de diminuer depuis la création des grandes écoles à la fin du XVIIIe siècle et l’éclosion des écoles municipales de dessin au XIXe (entre 200 et 300). D’abord en raison de l’évolution de la société, puis sous l’effet des diverses réformes, les écoles supérieures d’art sous tutelle pédagogique du ministère de la Culture, qui étaient encore au nombre de 80 dans les années 1980, puis de 58 en 2008, sont aujourd’hui 45. Alors que certaines écoles ont perdu leur agrément ou ont été fermées telle celle de Rueil-Malmaison en 2011, plusieurs écoles se sont réunies à l’instar de Brest, Quimper, Lorient et Rennes. 23 écoles se sont ainsi regroupées en dix établissements publics depuis 2010. Et ce phénomène de concentration devrait se poursuivre en raison de la trop petite taille de nombreuses écoles et de la volonté de l’État de rapprocher les écoles d’arts plastiques de celles du spectacle vivant.

Nombre d'artistes reconnus par age

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°442 du 2 octobre 2015, avec le titre suivant : Les écoles d’art trustent la formation des artistes

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