Vittorio Sgarbi veut laisser l’Ara Pacis en paix

Le Journal des Arts

Le 14 septembre 2001 - 616 mots

Longuement discuté, le projet de Richard Meier pour l’Ara Pacis avait finalement été accepté en1999. La polémique, pourtant, n’était pas close. Les récents changements au sein du ministère italien de la Culture compromettent le projet de l’architecte américain et remettent en cause nombre d’initiatives en cours.

ROME (de notre correspondant) - Vittorio Sgarbi pèse-t-il ses mots ? Depuis sa nomination en mai (lire le JdA n° 130, 29 juin 2001), le sous-secrétaire au patrimoine artistique n’a cessé d’accuser ses prédécesseurs, a enchaîné ce que les Italiens appellent désormais les “sgarberies”, et bouleversé le milieu de la culture. Il entend soigner “le cancer” dont est atteint le patrimoine artistique italien en gérant les fonds de la Loterie nationale. “La grande maladie italienne est la restauration”, assure-t-il. Ainsi, fermement opposé au projet muséographique de Richard Meier (lire le JdA n° 74, 8 janvier 1999) pour l’Ara Pacis – Autel de la Paix datant du Ier siècle avant J.-C. –, Sgarbi n’a pas hésité à interrompre le chantier qui avait débuté, avec difficulté, en septembre 2000. En effet, de nombreuses polémiques avaient déjà compromis le programme. Le surintendant, Francesco Zurli, s’était élevé contre l’obstruction des façades de San Rocco et San Girolamo tandis que Federico Zeri avait lançé : “Richard Meier connaît la Rome antique comme je connais le Tibet.” D’autres encore prenaient la défense de Vittorio Ballio Morpugo, l’auteur de la place et du bâtiment qui abritait le célèbre monument romain. Les experts, enfin, affirment que l’Ara Pacis se conserverait mieux à l’air libre que dans une enveloppe de verre et de ciment, à l’origine d’importants écarts d’humidité et de température. Quoi qu’il en soit, un an après le début du chantier, les travaux se résument à une lente destruction du pavillon de Morpugo.

Quant aux interventions de Joseph Kosuth, de Janis Kounellis et de Michelangelo Pistoletto, prévues pour le site, elles risquent de ne plus voir le jour. S’insurgeant contre un projet “emblématique d’une manipulation politique”, Vittorio Sgarbi se fait le chantre d’un nouveau concept : “une enveloppe légère évoquant la mémoire du pavillon Morpugo”. Le surintendant communal Eugenio La Rocca réplique que “l’Ara Pacis doit être protégé des vibrations, isolé du bruit et de la lumière : autant d’agressions auxquelles une ‘enveloppe légère’ ne saurait résister”. Plus conciliant, Sgarbi est disposé à rencontrer l’architecte et à trouver un compromis. Envisageant d’associer Meier à un autre architecte ou à un archéologue, il suggère d’“alléger le projet de l’Américain en éliminant les services et l’auditorium de façon à laisser le monument visible que seul protégerait un toit transparent”. “Cela permettrait, ajoute-t-il, de conserver le port antique de Ripetta dont des fouilles récentes ont mis au jour quelques vestiges datant d’Auguste.” Autant dire que l’Ara Pacis restera caché derrière les palissades pendant de nombreuses années.

Même s’il affirme que “les problèmes de gestion des musées ou de leur ouverture ne [le] concernent pas”, Vittorio Sgarbi soutient pourtant le projet d’un Musée de la mémoire dédié aux victimes de l’Holocauste à Ferrare : “un musée utile pour l’image de l’Alleanza nazionale”, le parti d’extrême droite, membre de la coalition gouvernementale. Les priorités du nouveau ministère de la Culture, que Sgarbi conçoit “comme le ministère de la Santé, comme une grande infirmerie”, sont la restauration du Moïse de Michel-Ange, la reconstruction du Théâtre de la Fenice à Venise (restée au point mort depuis de longues années), le projet florentin des “Grands Offices” et les interventions urgentes sur le site archéologique de Pompéi.

Quant à l’obélisque d’Aksoum dont l’État italien avait décidé la restitution à l’Éthiopie au mois d’avril (lire le JdA n° 125, 13 avril 2001), Sgarbi le préfère “entier en Italie qu’en morceaux là-bas”. Les négociations italo-éthiopiennes peuvent donc continuer...

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°132 du 14 septembre 2001, avec le titre suivant : Vittorio Sgarbi veut laisser l’Ara Pacis en paix

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