Dimanche 25 octobre 2020

Art ancien

Un nouveau témoignage en faveur du « Caravage de Toulouse »

Par Carole Blumenfeld · lejournaldesarts.fr

Le 21 juin 2017 - 818 mots

PARIS

PARIS [21.06.17] - Le Louvre a organisé la semaine dernière une confrontation du tableau découvert à Toulouse aux côtés de « ses » Caravage et de La Flagellation du Christ de Rouen. L’universitaire John Gash estime qu’il est de la main du maître.

Une séance de travail à huis clos a été organisée mardi 13 juin dans la Grande galerie du Louvre. Le musée a invité une trentaine de spécialistes de la période caravagesque à prendre le temps de voir le tableau de Toulouse aux côtés de La Flagellation du Christ de Rouen peint à Naples, mais aussi des trois œuvres de Caravage conservées au Louvre.

Parmi les interventions, celle de John Gash de l’University of Aberdeen, connu pour ses publications sur la peinture baroque et notamment Caravage sur lequel il prépare un ouvrage intitulé Caravaggesque Problems, devrait faire bouger les lignes, du moins susciter un débat. Il a confié au Journal des Arts que « malgré les réserves de certains chercheurs, ce tableau me semble incontestablement de la main de Caravage de par ses caractéristiques techniques mais aussi ses aspects stylistiques, qui permettent, selon moi, d’y voir une œuvre certainement réalisée à Naples entre septembre 1606 et juin 1607, comme l’attestent les documents d’archives d’ailleurs. » Sur ce point, il rejoint Keith Christiansen du Metropolitan Museum et Nicola Spinosa, ancien directeur du Musée de Capodimonte, commissaire de l’exposition à la pinacothèque de La Brera où le tableau a été montré.

Questions de provenance
En avril 2016, Nicola Spinosa avait déjà fait le lien entre le tableau redécouvert et une lettre envoyée de Naples par Frans Pourbus le jeune au duc Vincente 1er de Gonzague en septembre 1607 mentionnant un Holopherne avec Judith de Caravage, propriété des peintres Louis Finson et Abraham Vinck. Pour expliquer la présence du tableau sur le marché napolitain –ce que ses pairs n’avaient pas fait– John Gash rappelle que certains pensent que le vice-roi d’Espagne à Naples, le comte de Benavente fut contraint pour des raisons financières de céder deux de ses Caravage, ne conservant que La Crucifixion de Saint-André (Cleveland, Cleveland Museum of Art). Mais Gash estime plus probable que le Judith ait été commandé par un autre mécène important, sans doute Matteo di Capua, principe di Conca, qui mourut le 29 avril 1607.

En outre, les spécialistes qui penchent en faveur de l’attribution considèrent que la même œuvre était à nouveau mentionnée dans le testament de Finson à Amsterdam en 1617, mais ils ont du mal à expliquer pourquoi elle serait ensuite revenue à Toulouse quelques siècles après le séjour que Finson y effectua en 1614. Pour John Gash « rien ne prouve que la Judith et Holopherne évoquée par Finson soit bien l’original. Dans la mesure où il était à la fois un marchand et un habile copiste de Caravage, il pourrait avoir vendu le tableau lors de ses pérégrinations dans le sud de la France, tandis qu’il aurait conservé une copie ».

Pour l’universitaire anglais, les confrontations à Milan et au Louvre ont été précieuses : « Au Louvre, j’ai été saisi, lorsque le tableau a été rapproché du Portrait d’Adolf de Wignacourt peint à Naples en 1607, par les similitudes dans le traitement et la mise en page des visages du jeune page et Judith qui regardent tous les deux le spectateur. Il y a quelque chose de très proche dans leurs yeux. Et lorsque le tableau a été montré à côté de celui de Rouen, les liens entre les draps du lit et le périzonium étaient tout aussi clairs. » L’universitaire anglais répond aussi à certains de ses collègues qui considèrent par exemple que le goitre de la servante n’aurait en aucun cas pu être peint par Caravage, car il présente des différences évidentes avec celui de la vieille femme dans le tableau de Cleveland. « Peut-être qu’ici, il a voulu en exagérer le réalisme. Un docteur, David Galton, qui a examiné les deux œuvres m’a indiqué que le seconde des deux excroissances qui apparaît dans le tableau de Toulouse pourrait ne pas en être un mais plutôt une tumeur ».

Le compte à rebours a commencé
Il reste encore quinze mois à la France pour statuer sur le tableau dont le certificat d’exportation a été refusé le 25 mars 2016. Rappelons que du côté des sceptiques –et ils sont nombreux–, aucun n’a pour l’instant prononcé le nom d’un autre artiste, si ce n’est celui de Finson. Les recherches sur Caravage avancent pourtant à grands pas en ce moment comme le JdA l’a montré au sujet de la découverte de documents au sujet d’un premier crime qu’il aurait commis à Milan. Demain une petite exposition ouvre aussi au Palazzo Barberini, « Il Doppio e la Copia » (22 juin-16 juillet). Dans son catalogue, Giuseppe Porzio et Michele Cuppone publient des éléments inédits.

Bas : Le Caravage (1571-1610), La Flagellation du Christ, collection Musée des beaux-arts de Rouen | mbarouen.fr

Haut : Le tableau Judith tranchant la tête d’Holopherne (circa 1604-1605 ?) découvert dans un grenier toulousain en avril 2014. La peinture est attribuée au Caravage par le cabinet d'expertise Eric Turquin - Photo Studio Sebert
 

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