Lundi 17 décembre 2018

Caravagesque : un Valentin spectaculaire

Venue de New York, la rétrospective « Valentin de Boulogne » au Louvre confirme l'importance du peintre caravagesque

Par Carole Blumenfeld · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 771 mots

À la suite de New York, la belle monographie du Louvre pourrait hisser l’artiste au même degré de reconnaissance que Poussin et Georges de La Tour.

PARIS - Privilège de la seconde étape, le Musée du Louvre a pu tirer les leçons de l’exposition new-yorkaise, qui s’est achevée en janvier ; surtout, les deux commissaires, Sébastien Allard et Annick Lemoine, sont parvenus à jouer des contraintes liées aux espaces parisiens. Au Metropolitan Museum of Art, 45 tableaux de Valentin de Boulogne (1591-1632), sur la soixantaine connue, étaient présentés, et si ce nombre était à l’avantage du musée, le problème de leur état de conservation était criant et entravait la lisibilité du parcours artistique du peintre (lire le JdA no 469, 9 déc. 2016). Au Louvre, les commissaires ont dû réduire leur sélection.

Le Martyre de saint Barthélémy (Galleria dell’Accademia, Venise), qui revient très vraisemblablement à un autre peintre, et une copie ancienne du Retour du fils prodigue (Museo della Misericordia, Florence) ne sont pas montrés à Paris, comme la majorité des tableaux fragilisés par le temps telles les œuvres de Camerino, Le Sacrifice d’Isaac de Montréal ou Le Martyre de saint Laurent (Musée du Prado, Madrid). Toutefois, le prince du Liechtenstein n’a pas accepté de prêter Le Concert avec une diseuse de bonne aventure, conséquence malheureuse du scandale lié à la saisie en mars 2016 de la Vénus lors de l’exposition à l’hôtel de Caumont (lire le JournaldesArts.fr, 3 mars 2016).

Une « mélancolie qui va devenir prépondérante »
L’accrochage soigné offre une image majestueuse de Valentin ; ses œuvres les plus importantes y sont isolées et scandent le parcours chronologique et thématique, le tout servi par des murs gris clair et bleu « encre de chine ». De même, un travail particulièrement subtil sur les éclairages permet de masquer quelque peu les problèmes du Saint Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) et de la Réunion de musiciens et de soldats de Strasbourg, fort endommagés, ou les effets d’une restauration de l’après-guerre pour les deux tableaux de Versailles, Saint Mathieu et Saint Marc, qui s’en trouvent durcis.

Pour Annick Lemoine, il était important de transmettre au public la singularité de Valentin, « l’humanité qui émane de son art, l’importance qu’il accorde au caractère psychologique de ses personnages, mais aussi cette mélancolie qui est présente dès ses premiers tableaux et va devenir prépondérante au fur et à mesure de sa courte carrière. Ceci jusqu’à donner un ton, une puissance et une gravité unique à son travail en invitant à méditer sur la précarité de la condition humaine, le caractère éphémère du plaisir des sens et la fuite du temps ». Il sut ainsi tirer parti des couleurs vénitiennes, n’est qu’à voir le dernier Couronnement d’épines de la Alte Pinakothek de Munich où la palette très lyrique participe autant que la composition à l’atmosphère du tableau.

Les Tricheurs de Dresde, Judith avec la tête d’Holopherne du Musée des Augustins (Toulouse), Le Concert du Lacma (Los Angeles) montrent la voie très personnelle choisie par Valentin, la façon dont il s’approprie les sujets caravagesques pour en livrer sa propre interprétation, mais aussi ses recherches autour de la peinture d’histoire dans ses tableaux monumentaux, Le Martyre de saint Procès et saint Martinien du Vatican et l’Allégorie de l’Italie (Villa Lante). La présence du Christ chassant les marchands du Temple (Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg), non exposé à New York, apporte par ailleurs beaucoup à l’histoire de l’art. Ce tableau exceptionnel de la maturité de Valentin, exposé non loin de la version antérieure du palais Barberini (Rome), résume à lui seul le développement de sa carrière, la tension entre le Christ et l’un des marchands atteignant ici son paroxysme.

Le public devrait y prendre d’autant plus plaisir que la mise en scène aérée est aux antipodes de l’accrochage à touche-touche des petits formats de Vermeer. Pour Sébastien Allard, « il est important de faire des expositions avec de grands noms, mais en face il faut offrir au public la possibilité de découvrir de grands artistes bien moins connus. Valentin est de ceux-là. Même si le Louvre possède la plus grande collection de ses œuvres, il est plus ou moins tombé dans l’oubli alors qu’il était aussi célébré au XVIIe siècle que Poussin ». Ajoutant : « C’est bien une exposition militante. Nous espérons que dans dix ans le génie de Valentin sera une évidence au même titre que celui de Poussin ou de Georges de La Tour. »  

Valentin

Commissaires : Sébastien Allard, directeur du département des Peintures du Louvre ; Keith Christiansen, conservateur au Met ; Annick Lemoine, directrice scientifique du Festival de l’histoire de l’art et enseignante à l’université de Rennes-II

Valentin de Boulogne. Réinventer Caravage

Jusqu’au 22 mai, Musée du Louvre, Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi 9h-18h, jusqu’à 22h le mardi et vendredi. Catalogue, coéd. Louvre/Officina Libraria, 39 €.

Légende photo
Valentin de Boulogne, Martyres des saints Procès et Martinien, vers 1629-1630, huile sur toile, 302 x 192 cm, Pinacothèque, Cité du Vatican. © Musées du Vatican, Cité du Vatican.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Caravagesque : un Valentin spectaculaire

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