Mercredi 12 décembre 2018

Un foisonnement d’initiatives

Mais sans politique globale, l’art d’aujourd’hui s’affiche en désordre

Le Journal des Arts

Le 1 février 1996 - 588 mots

La dérive du Palais des beaux-arts, qui était traditionnellement le lieu de la création contemporaine dans sa pluralité, ainsi que l’absence de tout musée d’art contemporain confrontent Bru­xelles à une multiplicité d’initiatives originales. Trop peu pourtant pour constituer une politique cohérente.

La déroute du Palais des beaux-arts, qui depuis l’après-guerre soutenait la création contemporaine belge et internationale, a marginalisé les initiatives en la matière. En l’absence d’un musée d’art contemporain – qui tarde à naître et n’est envisagé qu’au Grand Hornu, dans la banlieue de Mons –, le Centre culturel de la Communauté française, Le Botanique, développe une politique s’orientant à la fois vers la découverte de jeunes créateurs contemporains avec sa "Galerie", et vers la reconnaissance de figures majeures de l’art belge depuis 1945. Marc Mendelson, dont la rétrospective des œuvres s’y déroule jusqu’au 25 février, est l’exemple type d’une personnalité centrale de l’art belge dont collectionneurs et historiens d’art reconnaissent l’importance, mais qu’aucun musée bruxellois n’était disposé à présenter.

Un pionnier, l’Atelier 340
Le Musée d’Ixelles n’a sans doute plus le sens de la découverte qui faisait sa qualité dans les années 60-70. Sous l’impulsion des "Amis", un espace est réservé aux jeunes artistes déjà remarqués, qui peuvent ainsi profiter de l’effet d’attraction des événements médiatiques qu’accueille ce musée.

À Saint-Gilles, Serge Goyens de Heusch, à la tête de la Fondation pour l’art belge contemporain, poursuit sa croisade en faveur d’une ligne picturale ancrée dans une tradition à laquelle il a consacré d’importantes recherches.

À côté de ces lieux quasi institutionnels, se sont développées des initiatives privées qui doivent toujours lutter pour s’imposer et être acceptées par les pouvoirs publics. L’activité de pionnier dans le domaine de la sculpture de l’Atelier 340, à Jette, reste exemplaire.
 
Dans une zone défavorisée, l’Atelier dirigé par Wodek Majewski occupe depuis quinze ans un créneau déserté par les institutions officielles en multipliant expositions, catalogues et publications scientifiques, qui lui valent aujourd’hui une reconnaissance internationale. Squatt à l’origine, l’Atelier se cherche des locaux salubres et caresse le projet d’une extension pour en faire le premier centre d’art contemporain de la capitale. Wodek Majewski s’attache au travail de la matière et à l’exploration du «sculptural» comme conscience de l’espace, ouvrant des horizons neufs que les pouvoirs publics ont mis du temps à accepter.
 
En l’absence d’un espace muséologique spécifique à la création contemporaine, le bilan reste maigre, pour ne pas dire indigent. Ce vide qui coupe un public et une génération de jeunes de la création contemporaine est pourtant profondément ressenti par les décideurs industriels et les hommes politiques. Ceux-ci veulent réformer les institutions en place sans pourtant parvenir à dégager les moyens financiers nécessaires ; ceux-là évoquent, sans lui donner corps, le projet d’un lieu spécifique de rayonnement international qui serait largement tributaire de subventions privées. Partout, les carences apparaissent comme la négation dans les faits du statut de capitale européenne de Bruxelles.
 
Ainsi ont fleuri quelques projets éphémères, telle la réhabititation de l’Hôtel Tour et Taxis ou des anciennes casernes Rollin. Mais à ce jour, rien n’a bougé sous le ciel bruxellois, si l’on excepte les "coups" médiatiques et brillants de Laurent Jacob qui, à trois reprises déjà, est parvenu à investir les salles de l’ancien magasin Old England, destiné à accueillir le Musée instrumental. L’exposition "Les Jardins de la Vierge" a hissé la création contemporaine au rang d’événement, le public bruxellois n’ayant pas boudé ce riche et puissant panorama de ce qui se fait aujourd’hui en Europe. La preuve est ainsi faite que rien n’est jamais acquis.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°22 du 1 février 1996, avec le titre suivant : Un foisonnement d’initiatives

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