Mercredi 12 décembre 2018

Bruxelles : écoles d’art, collectionneurs, urbanisme et édition

Réforme des écoles d’art

Interrogations face à des initiatives politiques discutables

Le Journal des Arts

Le 1 février 1996 - 599 mots

Les premières ébauches du plan de restructuration de l’enseignement supérieur entraînent un large débat sur l’exception culturelle que devrait constituer l’enseignement artistique. À l’hydre des grandes écoles, s’oppose la réalité d’une pédagogie de proximité.

Les écoles d’art de Bruxelles ont enregistré ces dernières années un accroissement sensible de leur fréquentation. Quelque 5 000 étudiants suivent les cours de l’enseignement artistique, qu’il soit libre, catholique ou de l’État. Le projet de fusion qui vient d’être décidé – sous le label de plan Lebrun – devait assurer un meilleur rendement à l’enseignement supérieur, quelle que soit sa finalité. Il a en fait jeté les étudiants dans les rues et plongé le monde artistique dans la perplexité.

Le principe de fusion ne tient aucun compte de la spécificité artistique. Il en va de la peinture et de la sculpture comme du marketing ou des langues. Pour les décideurs politiques, la réunion des établissements artistiques suit une logique comptable sans tenir compte des évidences esthétiques.

Forte identité
Ainsi, les trois principales écoles d’art de Bruxelles sont exposées à des restructurations importantes : l’Académie des beaux-arts, l’École nationale supérieure des arts visuels, plus connue sous le nom de La Cambre, et Saint-Luc avec son Éco­le de recherche graphique (ERG).

Si l’Académie de la rue du Midi a conservé une tradition de discipline héritée du XIXe siècle, elle n’a jamais incarné l’idéal moderniste placé par Henry Van de Velde dans ce bourgeon bruxellois du Bauhaus que devait être La Cambre. Avec ses ateliers, La Cambre a joué un rôle moteur essentiel, même si la scission entre architectes et artistes a constitué un réel reniement de la philosophie originale de l’école.

Si des sections comme la restauration d’œuvres d’art, la création de mode, ou l’atelier d’espace urbain occupent l’avant-scène, la réputation de l’institut dépend essentiellement de la qualité de chaque titulaire. Il n’y a donc pas une image de La Cambre, mais autant d’images qu’il y a d’ateliers. Ici, la fusion – il s’agit d’ailleurs davantage d’association que de fusion – n’est envisageable qu’avec des institutions de haut niveau, pour créer à Bruxelles un grand pôle pluridisciplinaire qui irait de la peinture au théâtre en passant par le cinéma ou la restauration.

L’ERG, la plus récente des trois institutions, mène une recherche plus pointue. Combinant une section de graphisme et publicité avec une orientation plastique, l’école dirigée par Michel Céder entend dégager les étudiants des relations traditionnelles avec un maître d’atelier. L’enseignement y est partagé entre différents titulaires et laisse une large place aux enseignements théoriques. L’étudiant doit davantage se constituer son propre univers intellectuel. Conférences, rencontres, débats, discussions ponctuent la vie de l’école. Les enseignants sont ici des praticiens reconnus internationalement.
 
La fusion envisagée ne tient donc pas compte des choix spécifiques de chaque institution. Les tutelles de chaque établissement réagissent aussi à des motivations distinctes. Ainsi, à Bruxelles ou à Liège, l’enseignement artistique a opéré un rapprochement avec les universités. L’Institut Horta est lié à l’ULB, l’Académie des beaux-arts de Liège à l’ULG. Partout, la nécessité de défendre une spécificité artistique se fait jour. L’exemple flamand y contribue. Deux ans après une refonte et un regroupement des enseignements artistiques au sein de larges entités, sans identité spécifique, le constat est à l’échec. Tous les responsables culturels s’accordent pour constater une perte d’identité qui, à long terme, menace de faillite l’enseignement artistique.

Le directeur de l’ERG prône dès lors une rupture radicale pour sauver la spécificité de ces enseignements : quitter le giron de l’Éducation pour être rattaché au ministère de la Culture, à l’instar de ce qui s’est passé en France pour l’architecture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°22 du 1 février 1996, avec le titre suivant : Réforme des écoles d’art

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