Mercredi 23 septembre 2020

Justice

Rebondissement dans l’affaire des faux Modigliani

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · lejournaldesarts.fr

Le 27 mars 2019 - 526 mots

GÊNES / ITALIE

La justice italienne a mis en examen six personnes impliquées dans une vaste affaire de contrefaçon et de fausse expertise.

Affiche de l'exposition « Modigliani » qui s'est tenue au Palais Ducal de Gênes, du 16 mars au 13 juillet 2017
Affiche de l'exposition « Modigliani » qui s'est tenue au Palais Ducal de Gênes, du 16 mars au 13 juillet 2017
Courtesy Courtesy of Palazzo Ducale Genova

Les magistrats de Gênes ont mis à jour un véritable système entre les Etats-Unis, la Suisse et l’Italie. Ce montage permettait de gonfler artificiellement la cote d’un artiste dont les toiles battent des records dans les ventes aux enchères. Mais un succès qui ne résulte pas uniquement de la qualité des œuvres d’après la justice italienne.
 
Celle-ci enquête depuis juillet 2017 sur le scandale de l’exposition consacrée cette année-là à Modigliani au Palais Ducal de Gênes. Plusieurs experts avaient dénoncé la présence de fausses toiles entraînant la mis sous séquestre de vingt-et-un tableaux sur la cinquantaine exposée. Vingt ont été reconnus comme des contrefaçons.

Le quotidien La Stampa rapporte les derniers développements de l’enquête conduite par le parquet de Gênes pour « faux, recel et escroquerie » qui vient de se conclure. Six personnes ont été mises en examen : Massimo Vitta Zelman, président de Mondo Mostre Skira la société qui a organisé l'exposition en 2017 ; Joseph Guttmann, un marchand d'art américain d'origine hongroise qui a prêté 11 œuvres ; Rudy Chiappini, commissaire de l'exposition, installé en Suisse ; Martino Pedrazzini, collectionneur et propriétaire de l'un des faux tableaux exposés ; Nicolò Sponzilli, directeur de Mondo Mostre Skira et Rosa Fasan, une employée de Skira.

Les enquêteurs corroborent les accusations émises par le collectionneur italien Carlo Pepi et l’historien de l’art français Marc Restellini à l’origine des révélations. Au cœur du scandale, le marchand d’art Joseph Guttmann. Il se servait de Christian Parisot, ex-président de l’Institut Modigliani qui disposait du fonds documentaire et des tampons d'authentification. Après l’arrestation de Parisot en 2013, il fait en sorte qu’il soit remplacé par Rudy Chiappini, le responsable des Services culturels de la Ville de Locarno qui sera commissaire de l’exposition Modigliani à Gênes. 

Le FBI, après avoir perquisitionné le domicile de Joseph Guttmann à New York, trouve un étrange document en anglais, avec le logo de la mairie de Gênes garantissant « l’immédiate ré-exportation » des tableaux prêtés. C’est un grossier détournement d’un document interne insignifiant. Mondo Mostre Skira le présente en revanche comme la garantie que les œuvres n’auront aucun problème à repasser la frontière. Une demande avait auparavant été déposé auprès du ministère de la culture italien pour qu'un document empêchant une éventuelle mise sous séquestre des tableaux soit délivré. Elle avait été refusée. 

La collaboration entre les deux hommes, d’après le témoignage de l’ex-femme de Rudy Chiappini, remonte à une vingtaine d’années. De sorte qu’il y a un doute sur des expositions organisées depuis 1999 entre Lugano, Séoul, Bonn ou encore Prague. En plaçant ces fausses œuvres dans des expositions internationales, ce réseau de contrefaçons leur offrait une légitimité mais surtout une valeur. De quoi faire flamber leur prix dans des ventes aux enchères ou auprès de collectionneurs peu attentifs. 

Cette affaire pourrait s’avérer la plus grande escroquerie récente du marché de l’art. La date d’un procès sera prochainement fixé. Il pourrait s’ouvrir en 2020, année du centenaire de la disparition de Modigliani. Les toiles qui seront exposées pour le célébrer seront attentivement observées. 


 

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