Dimanche 15 décembre 2019

Pascal Beausse : « Le Cnap, au plus près de l’actualité »

Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2011 - 1044 mots

Pascal Beausse, responsable des collections photographiques au Centre national des arts plastiques, décrit le processus d’acquisition des œuvres. Il annonce le retour du Cnap aux Rencontres d’Arles.

Francine Guillou : Au sein des collections photographiques du Cnap, quelles sont vos missions ?
Pascal Beausse : Je suis conservateur des collections photographiques du Cnap. Cela suppose d’accompagner les œuvres dans toutes les étapes de leur vie, de l’élaboration d’une politique d’achat, en concertation avec les membres de la commission, jusqu’à la diffusion par des expositions, des publications. Sans oublier une politique active et volontariste de prêts, en France comme à l’international, et de dépôts dans les musées. Le Cnap est doté d’une très belle collection, toujours en mouvement puisque, chaque année, de nouvelles œuvres y entrent. Il s’agit, pour moi, de penser sa mise en valeur, d’être soucieux de son enrichissement en veillant à enregistrer au plus près l’actualité de l’activité artistique, dans un dialogue constant avec les artistes et ceux qui les accompagnent.

F. G. : Comment est élaboré le processus d’acquisition ?
P. B. : Collectivement et dans une réflexion permanente. Nous avons élaboré une nouvelle méthodologie de travail, qui consiste à échanger en permanence avec les membres de la commission d’achat. Nous nous réunissons régulièrement au sein d’une cellule de prospective et de suivi des acquisitions pour parler de ce que nous avons vu dans les ateliers, les galeries, les expositions, biennales et festivals. Ces conversations sont très enrichissantes et permettent, par l’addition de nos regards, d’aller vers des œuvres fortes.
Vient ensuite la commission d’achat où les débats se poursuivent, de manière fort constructive. C’est un lieu décisif, où chaque membre de la commission est très engagé. Je crois pouvoir dire que nous en tirons toutes et tous beaucoup de satisfactions, puisqu’une même passion nous réunit.

F. G. : L’arrivée du numérique en photographie a-t-elle changé la manière d’appréhender les collections, les expositions photographiques ?
P. B. : Les artistes ont toujours déduit très tôt les nouvelles formes que de nouvelles techniques leur offraient. « Ce qui demeure décisif en photographie, c’est toujours la relation du photographe à sa technique », disait [l’historien de l’art] Walter Benjamin. Nous avons donc vu apparaître de nouvelles modalités plastiques de mise en forme de l’image, de l’affiche à la bâche en passant par l’écran plat. Une collection telle que celle du Cnap se doit d’accompagner les artistes dans ces nouvelles pratiques ; et bien sûr, cela suscite des échanges précis sur les conditions de monstration des œuvres. J’aime beaucoup ces moments très concrets, où le commissaire se doit d’être pragmatique en réponse aux attentes de l’artiste – on y apprend beaucoup sur l’art à travers la vie matérielle de l’œuvre.

F. G. : L’argentique serait-il dépassé ?
P. B. : Si l’argentique n’est pas dépassé, c’est bien dans le champ de l’activité artistique ! Les différents supports, et donc les différentes pratiques et conceptions du médium, coexistent. Très concrètement, et sans nostalgie aucune, le Québécois Michel Campeau a représenté la désertion des chambres noires, ces lieux magiques où s’originaient les images. Avec un petit appareil numérique, il a saisi d’une manière très directe, au flash, ces endroits où les photographes travaillaient dans le noir. Nous avons acquis un ensemble de ses images, déjà plusieurs fois demandées pour des projets d’expositions.

F. G. : Quelles sont les actions du Cnap envers les professionnels ? Avez-vous des partenariats avec les écoles de photographie ?
P. B. : Nous venons d’inaugurer, à Arles, une très belle exposition, « Syncopes, à la frontière du photographique et du cinématographique », réalisée par quatre étudiantes de l’École nationale supérieure de la photographie, à partir des collections du Cnap. Il s’agit d’une nouvelle manière de penser le « musée d’application », en permettant non seulement la présence des œuvres dans les lieux où les futurs artistes se forment, mais aussi en invitant ceux-ci à faire l’expérience professionnelle de toutes les étapes du métier de l’exposition, de la conception intellectuelle du projet jusqu’à l’accrochage en passant par l’écriture. Le bilan très positif de cette première expérience nous amène à prolonger ce partenariat fructueux avec l’école d’Arles. Et nous souhaitons pouvoir faire de même avec d’autres écoles, dont celle de Perpignan.

F. G. : Quels sont les projets du Cnap en matière de photographie en 2012 ?
P. B. : L’année 2012 sera très photographique pour le Cnap. Je prépare actuellement une grande exposition pour l’été prochain au palais de la Virreina, à Barcelone. Intitulée « Numéro trois », elle actualisera des formes « godardiennes », en représentant le trajet quotidien du citoyen travailleur, de la maison jusqu’à l’usine, en traversant la ville. Ma collègue Pascale Cassagnau, conservatrice des collections vidéo, avec laquelle je travaille en vive connivence, proposera en parallèle un programme exceptionnel de projections. Bien d’autres projets sont en préparation. Le Cnap sera de retour aux Rencontres d’Arles, ce qui me réjouit ! Et j’espère pouvoir présenter un premier aperçu de nos acquisitions récentes, prochainement à Paris.

Trois questions à Richard Lagrange, directeur du Cnap

Quelle est la place de la photographie au sein des collections du Cnap ?
Les collections photographiques représentent un tiers de l’ensemble des collections du Cnap avec 12 000 œuvres inventoriées. Mais les acquisitions de photos ne résument pas l’ensemble de nos actions, puisqu’il y a la commande publique, une action traditionnelle du ministère à l’égard des artistes. Et nous venons de publier un nouvel appel à projet pour 2011-2013.

Vous soutenez aussi la photographie documentaire…
La photographie documentaire est un dispositif particulier souhaité par le ministre. Compte tenu des difficultés de la profession de photojournaliste, il souhaitait afficher son soutien, d’autant plus que la frontière entre le photojournalisme et la photo relevant du champ strictement artistique est souvent très poreuse. C’est un dispositif particulier et à priori expérimental.

Face à l’augmentation des prix sur le marché, comment réagit le Cnap ?
La question du prix est importante, avec des budgets nécessairement limités. L’augmentation des prix de la photo ces dernières années a un impact évident. Cela nous oblige à être prospectif, à déceler les artistes très tôt, à créer des liens avec les artistes et les galeries… L’entrée dans une collection publique représente un intérêt symbolique important et nous place aussi dans une bonne position. Et puis tout ne relève pas du champ de la spéculation !

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°356 du 4 novembre 2011, avec le titre suivant : Pascal Beausse : « Le Cnap, au plus près de l’actualité »

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