Vendredi 6 décembre 2019

FESTIVAL

MP 2018, au-delà du simple remake

Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2018 - 834 mots

Marseille-Provence fait son grand retour en 2018 avec 7 mois d’événements. Cette nouvelle mouture innove avec un fonctionnement collégial pour une manifestation soutenue par le monde économique.

Marseille. De février à septembre 2018, il va y avoir de l’amour dans l’air de Marseille et de ses alentours. Avec le mot d’ordre « Quel Amour ! », l’association MP Culture lance Marseille-Provence 2018 (MP 2018) : deux cents événements, huit villes associées et deux cent cinquante structures culturelles impliquées sur le territoire où s’est joué voilà cinq ans MP 2013, année Capitale européenne de la culture.Mais cette nouvelle édition sera-t-elle une simple redite ou catalysera-t-elle les forces vives du milieu culturel local dans un nouvel élan qui a manqué dans l’immédiat d’après capitale ?

À en croire Jean-François Chougnet, actuel directeur du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) et ancien directeur de MP 2013, c’est surtout l’envie de travailler ensemble qui a incité acteurs culturels, économiques et politiques à réitérer l’événement. « Après 2013 et un calendrier électoral qui a retardé les décisions, deux éléments issus de l’année capitale ne s’étaient pas disloqués : les liens tissés entre les acteurs culturels du territoire, et qui n’existaient pas auparavant, et le lien entre monde de la culture et monde économique », explique le directeur du MuCEM. Les élections municipales puis régionales passées, l’idée germe de célébrer les 5 ans de l’année capitale. Le monde économique répond présent, suivi par les collectivités. Avec un budget de 5,5 millions d’euros, contre 91 millions pour MP 2013, l’idée n’est évidemment pas de reprendre les formules de l’année capitale. Et si l’association ne renie pas l’influence de Lille 3000 (qui disposait, lors de sa dernière édition, d’un budget de 9,5 millions d’euros), c’est plutôt dans l’idée d’héritage d’année capitale que dans le fonctionnement.

« La singularité du projet réside surtout dans sa construction très collégiale », souligne Sabine Camerin, coordinatrice générale de MP 2018 au sein de MP Culture, association créée pour l’occasion. Concrètement, la programmation a été pensée par un comité d’orientation artistique de quinze membres, quinze personnes à la tête d’institutions culturelles du territoire. Aux côtés de Jean-François Chougnet, on trouve Macha Makeïeff, directrice du théâtre La Criée à Marseille, Sam Stourdzé, directeur des Rencontres d’Arles, Pierre Vasarely, président de la Fondation Vasarely ou encore Pascal Neveux, directeur du Frac (Fonds régional d’art contemporain) Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La thématique choisie est volontairement large pour accompagner la diversité  des structures. « L’amour n’était pas mon choix, mais plus j’avance, plus je trouve que c’est une bonne idée ,» commente Jean-François Chougnet, qui a programmé l’exposition « Roman Photo » au MuCEM actuellement : « Macha Makaieff, en lui donnant la tournure de “Quel Amour ! ” a eu l’idée de le rendre léger. » Les quinze structures du comité se sont engagées d’un côté à produire des œuvres ou manifestations en lien avec la thématique choisie sans être rétribuées, et de l’autre, à sélectionner des œuvres inédites, coproduites pour l’occasion après appel à projets de partenaires extérieurs. Ces projets devaient être en lien avec trois institutions du territoire autres que les quinze fondatrices, pour éviter l’entrisme et la polarité des propositions. Au final, soixante-cinq événements seront coproduits de cette manière, sur 400 propositions initiales. « Il fallait être sélectif dans la programmation pour éviter l’effet bottin », justifie Jean-François Chougnet.

Au menu, donc, ces créations originales, enrichies des programmations des structures fondatrices qui prêtent une partie de leurs ressources sur leurs deniers propres : si le budget de la manifestation semble modeste, il est en fait augmenté par les programmations saisonnières des structures et par les apports en nature et en prestation des collectivités publiques (matériels, sécurité, soutien logistique, voirie, services propreté…).

Des financements privés en majorité
Outre son fonctionnement, son financement est également singulier, avec 50 % d’apports de partenaires privés, 14 % issus du reliquat de MP 2013 et seulement 36 % de subventions après un tour de table financier de six mois. Si les péripéties électorales ont un temps éloigné les collectivités territoriales du sujet, les acteurs économiques n’ont jamais cessé de suivre de près les actions culturelles du territoire. « Le monde économique a mis ce calendrier (électoral, ndlr) de côté pour porter avec nous l’après MP 2013. C’est, je crois, inédit en France », soulignait dès 2016 Pascal Neveux du Frac PACA au Journal des Arts. À la barre de MP Culture, la présidence est assurée par Raymond Vidil, armateur à la tête de Marfret, entreprise de transport maritime marseillaise. Il a pris le relais de Jacques Pfister, ancien président de la CCI et de MP 2013 et peut compter sur les mécènes « historiques » de MP.

Enfin, le programme veut tirer les leçons des faiblesses de l’année capitale. « En matière de musiques actuelles par exemple, nous avons voulu aller plus loin qu’en 2013, où nous avons été en dessous de ce que nous aurions pu faire », précise Jean-François Chougnet. Rendez-vous le 14 février prochain pour découvrir cette programmation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°492 du 4 janvier 2018, avec le titre suivant : MP 2018, au-delà du simple remake

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