Dimanche 25 février 2018

Architecture

Montagnes russes

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007

Dominique Perrault a été écarté du suivi technique de son projet pour l’agrandissement du théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg.

SAINT-PÉTERSBOURG - La dépêche de l’AFP est tombée, sèche et sans appel, le 18 janvier : « L’architecte Dominique Perrault s’est vu retirer le suivi technique » du Mariinsky II, le théâtre de Saint-Pétersbourg. Mikhail Chvydkoi, ancien ministre de la Culture et actuel directeur de l’agence pour la construction du Bolchoï et du Mariinsky, ajoute que le souhait du président Poutine de voir le Mariinsky II achevé en mars 2008 ne peut être exaucé car « on » a relevé « dans les études des erreurs de mauvais élève » et que « les différentes parties du cahier des charges ne s’accordent pas entre elles ». En conséquence de quoi, sous réserve d’une reprise en mains par l’agence fédérale russe pour la culture, l’ensemble ne serait terminé que fin 2009. Le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Valentina Matvienko, devrait désigner un nouveau réalisateur technique le 15 février prochain.
On s’interroge sur les raisons profondes de cette mini-révolution de palais. Certes, assure-t-on à Moscou et à Saint-Pétersbourg, Dominique Perrault n’est pas « chassé », mais simplement « recadré » dans son rôle. Arguant en cela qu’il est trop difficile pour un réalisateur étranger de s’adapter à la complexité et aux exigences de la législation russe.
Après un concours international si parfaitement organisé, on reste pantois face à un suivi qui apparaît plus que chaotique. Perrault garderait donc son « contrôle d’auteur » mais au fond sans la moindre garantie.
On se souvient, à cet égard, du même type de mésaventure arrivée voici un demi-siècle à Le Corbusier dont les logements moscovites furent à tel point dénaturés qu’il en refusa la paternité…
« Le projet ne sera pas changé », proclament les responsables russes. Mais ajoutent que « la coupole sera simplifiée », alors que Perrault n’est en rien au courant de cette modification prévue.
L’architecte a chiffré son projet à 250 millions d’euros, ce qui est la norme pour un ouvrage de ce genre. Pourtant, entre Saint-Pétersbourg et Moscou, on évoque une somme oscillant entre 600 et 700 millions d’euros. Le changement de « réalisateur » et la mise en réseau d’autres équipes entraîneraient-ils de telles augmentations ?
Dominique Perrault s’interroge très légitimement quant à sa participation au projet. Son « contrôle d’auteur » lui permettra-t-il de parer à toute dérive ? Il pourrait se retrouver dans la même situation que Le Corbusier et en subir les mêmes conséquences…
Il est naturel dans ce type de projet qu’un architecte étranger s’assure la collaboration d’un architecte et d’équipes techniques locaux. Perrault, par ailleurs obligé de s’inscrire à l’ordre des architectes russes, en avait non seulement accepté, mais surtout revendiqué la mise en place, habitué qu’il est à développer de grands projets à l’étranger. On pense notamment à la Cour européenne de justice de Luxembourg, au Parc omnisports de Madrid, à l’université Ewha à Séoul, aux tours de Vienne et à celles de Milan, à l’ensemble des logements-bureaux-hôtel de Barcelone… Vingt projets au total et qui tous « sortiront » dans les mois à venir. Vingt projets dont il est l’auteur et assure la réalisation en toute légitimité.
On s’interroge donc, ici et ailleurs, sur la décision des autorités russes, et on observera avec attention l’avancée du projet afin de pouvoir déterminer si le « réalisateur » russe respectera l’« auteur » Dominique Perrault.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Montagnes russes

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