Dimanche 26 janvier 2020

Merveilles du monde

Le site d’Angkor, la grande mosquée des Omeyyades à Damas, l’art seldjoukide et ottoman sont au centre de nouvelles publications

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 novembre 2010 - 1177 mots

Joyau du patrimoine de l’humanité connu pour ses temples, véritables sculptures monumentales, le site d’Angkor (Cambodge) fait, depuis le début du XXe siècle, l’objet de redécouvertes permanentes et de nombreuses restaurations.

Les conflits armés des années 1970 avaient mis un terme à ces grands chantiers menés principalement par l’École française d’Extrême-Orient (EFEO). Le guide réalisé par l’archéologue français Maurice Glaize (1886-1964), conservateur du site d’Angkor de 1936 à 1945, demeure toujours l’ouvrage de référence sur le sujet. Publié en 1944 à Saigon (ancien nom de Hô Chi Minh-Ville, Viêt-nam), réédité en 1948, en 1963 puis en 1993 à Paris, ce texte, surnommé familièrement « le Glaize », fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle version aux éditions Hazan.

La maison a confié l’introduction de l’ouvrage à Gilles Béguin, directeur du Musée Cernuschi, à Paris, tandis que la campagne photographique réalisée récemment par Suzanne Held, grand reporter, a remplacé les anciens clichés en noir et blanc. « L’intime connaissance des monuments que possédait Glaize fit de cet ouvrage un chef-d’œuvre : facilité de consultation, clarté de l’exposé, érudition sérieuse mettant avec aisance à la portée du grand public les résultats les plus récents de la recherche », précise Gilles Béguin. Le conservateur rappelle les travaux essentiels menés par Glaize, avant de résumer l’histoire de l’ancienne capitale de l’Empire khmer, fondé au début du IXe siècle sous le règne de Jayavarman II et dont les nombreux « temples-montagne » sont les témoins des gloires passées. Divisé en deux grandes parties – les notions essentielles pour comprendre l’histoire du site, de ses constructions et de l’architecture khmère, puis l’analyse de chacun des principaux monuments –, l’ouvrage propose une visite à la fois savante et pédagogique pour se retrouver dans les méandres d’Angkor Vat (la « ville qui est un temple »). Le célèbre temple vishnouite édifié sous le règne de Sûryavarman II (1113-1145), par ses décors sculptés, l’équilibre et l’élégance de ses proportions ou la subtilité de son plan, est considéré comme le chef-d’œuvre par excellence de l’art khmer. La visite se poursuit avec des sites essentiels, tel Ta Prohm construit en 1186, pour une escale prolongée à Angkor Thom, immense quadrilatère de douze kilomètres de périmètre, protégé par une enceinte percée de cinq portes dont une menant au palais royal… Le XVe siècle marque le début de la fin. Angkor disparaît peu à peu, ensevelie par la jungle, jusqu’aux démarrages des grands travaux réalisés par l’EFEO à partir de 1907.

Parallèlement à cette réédition, le Musée Cernuschi expose une centaine de clichés réalisés sur place entre 1860 et 1960, illustrant les différentes campagnes de fouilles et de restauration menées par l’EFEO. Celle-ci participe actuellement à une vaste étude archéologique, de concert avec l’Unesco qui a lancé, en 1993, un important programme de préservation du site d’Angkor. 

Mosaïques somptueuses
Autre fleuron du patrimoine mondial, réputée pour son audace architecturale et ses dimensions imposantes, la grande Mosquée des Omeyyades, à Damas (Syrie), érigée par le sixième calife omeyyade al-Walid (668-715), est à l’honneur aux éditions de l’Imprimerie nationale qui lui consacre un ouvrage très documenté. Gérard Degeorge, architecte, écrivain et photographe, enseignant à l’école d’architecture de Paris-la-Seine, relate la redécouverte de ce lieu d’exception longtemps considéré par l’Occident comme un avatar de l’ancienne basilique chrétienne sur laquelle il a été construit – cette dernière ayant elle-même été érigée sur un ancien temple païen. Son propos est servi par ses nombreuses photographies : des vues d’ensemble et de nombreux détails. Sans oublier une série de plans, coupes et schémas des différentes parties de l’édifice.

Le travail de Degeorge permet de découvrir de fond en comble la grande mosquée (la coupole, le mihrab principal, la cour, les bassins et fontaines, les minarets, divers édicules) en s’attardant sur les somptueuses mosaïques à l’origine de sa renommée. Ces œuvres aux quarante tonalités de couleurs, enrichies de cubes de calcaire brun, rouge, blanc ou rose, et incrustées de nacre pour mieux révéler les fonds d’or, ornaient les murs de la salle de prière et des vestibules, les murs de fond des portiques ainsi que les piliers. Une bonne partie d’entre elles a disparu dans un incendie en 1893. Celles qui demeurent sont d’une beauté éblouissante. Figurant des groupes de maisons qui ne sont pas sans évoquer les luxueuses villas romaines, les palais byzantins ou encore le grand palais des empereurs de Constantinople, les mosaïques de la grande mosquée témoignent, à n’en pas douter, d’« une adresse d’exécution hors pair », comme le souligne l’auteur. Pour achever ce voyage au cœur d’un monument unique, Degeorge s’intéresse au rôle de la mosquée comme lieu de pouvoir et de savoir, associé au fil du temps à de nombreux prophètes et à des personnages légendaires. 

Proche de la perfection 
Toujours aux éditions de l’Imprimerie nationale, Giovanni Curatola, professeur italien d’archéologie et d’histoire de l’art musulman à l’université d’Udine, déjà coauteur de la somme parue en 2008 sur Byzance, se penche sur l’histoire des arts de l’actuelle Turquie, depuis la dynastie des Seldjoukides (du XIe au XIIIe siècle) jusqu’à l’Empire Ottoman (1299-1922). Son point de départ n’est autre que l’année 1071, date de la défaite des Byzantins face aux Seldjoukides lors de la bataille de Manzikert. L’auteur fait la part belle à l’architecture, indissociable des arts décoratifs. « Nous ne rendrons certes pas compte de tout, mais nous exalterons les influences et relations réciproques et tracerons un tableau visant à représenter la complexité des phénomènes et leurs sources relatives, ainsi que la fantastique vitalité et la richesse d’une civilisation importante et qui ne nous est point étrangère », précise Curatola en préambule. Son approche est à la fois chronologique et thématique. À commencer par un essai sur l’architecture seldjoukide (dont le cimetière d’Ahlat, sur les rives septentrionales du lac de Van, offre un bel exemple), suivi d’un texte sur les arts décoratifs seldjoukides, entre Byzance et l’Asie centrale. On retrouve, parmi les nombreuses illustrations, le heurtoir en bronze de la porte de la grande mosquée de Cizre (XIIIe siècle) choisi non par hasard comme couverture du livre. Après avoir rappelé les grandes innovations des XIVe et XVe siècles, Giovanni Curatola évoque la naissance d’Istanbul après la conquête de Constantinople en 1453, s’attardant sur les grandes œuvres architecturales de cette période, à l’image de la mosquée de Mahmud Pasa, mais aussi sur l’art de la céramique, de la tapisserie, de la calligraphie, des miniatures ou de l’orfèvrerie. Un chapitre entier est consacré à Mimar Sinan Koca Pasa (vers 1491-1588) dit Sinan, l’architecte impérial, qui joua un rôle de premier plan dans l’histoire de l’architecture. On lui doit notamment la mosquée de Selim II à Édirne. Le monument révèle la capacité de l’architecte à faire correspondre harmonieusement intérieur et extérieur selon des proportions proches de la perfection.

Maurice Glaize, Angkor, photographies de Suzanne Held, éd. Hazan, collection « Beaux-arts », 2010, 384 p., 250 ill., 65 euros, ISBN 978-2-7541-0462-3

Gérard Degeorge, La Grande Mosquée des Omeyyades. Damas, éd. Imprimerie nationale, collection « Albums », 2010, 272 p., 69 euros, ISBN 978-2-7427-9032-6

Giovanni Curatola, L’Art seldjoukide et ottoman, éd. Imprimerie nationale, 2010, 288 p., 69 euros, ISBN 978-2-7427-9279-5

À voir

« Archéologues à Angkor, archives photographiques de l’École française d’Extrême-Orient », jusqu’au 2 janvier 2011, Musée Cernuschi, 7 avenue Vélasquez, 75008 Paris, tél. 01 53 96 21 50, tlj sauf lundi 10h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°336 du 3 décembre 2010, avec le titre suivant : Merveilles du monde

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