Mercredi 13 novembre 2019

L’Inde à l’assaut du XXIe siècle

Lucknow, entre les Moghols et les Anglais

L'ŒIL

Le 16 mai 2011 - 528 mots

La capitale culturelle du nord de l’Inde qui a su, aux XVIIIe et XIXe siècles, prendre la place de Dehli en attirant en son sein artistes, poètes et courtisans bénéficie d’une première exposition à Paris.

Pour la première fois, le Musée Guimet accueille une exposition sur la ville de Lucknow, riche foyer artistique de l’Inde du Nord au XVIIIe et au XIXe siècle. À travers des dizaines de peintures, d’objets et de photos prises au XIXe siècle, l’exposition témoigne de la brillante culture lucknowi, faite d’échanges entre les traditions artistiques indiennes et les apports européens. 

Les nababs, héritiers  de la grandeur moghole
Au début du XVIIIe siècle, l’incurie des élites et les luttes de factions fragilisèrent profondément l’empire moghol. Très vite, les provinces reprirent leur autonomie, détournant les circuits fiscaux et appauvrissant la cour. À partir de 1750, l’empereur n’eut plus les moyens de ses ambitions, notamment artistiques, et l’atelier impérial de peinture, qui avait fait la gloire des Grands Moghols, dut réduire son activité. Beaucoup de peintres quittèrent Delhi pour trouver un emploi ailleurs, notamment à Lucknow, la capitale de l’Oudh.
À Lucknow, le pouvoir était incarné par le nabab Shuja-ud-Daula qui, s’il reconnaissait la suzeraineté de l’empereur, agissait en dirigeant indépendant. Prince raffiné, le nabab entretenait un atelier de peinture qui rassemblait les meilleurs artistes moghols de l’époque, notamment Mir Kalan Khan et Mihr Chand. Mais Shuja-ud-Daula n’avait pas le loisir de s’adonner au plaisir de la peinture. La situation de Lucknow le plaçait face aux ambitions de l’East India Company, installée au Bengale, qui lorgnait sur les richesses de la région. 

Les Européens dans la « grande librairie orientale »
Sans dominer directement l’Oudh, la Company se contentait d’envoyer à Lucknow des « conseillers », notamment Antoine Polier et Richard Johnson, qui constituaient une petite communauté européenne à laquelle participaient aussi des aventuriers, comme Gentil et Martin. La plupart de ces Européens étaient amateurs d’art, rachetant les peintures mogholes provenant des collections impériales. Certains agissaient également en mécène avec les membres de l’atelier de peinture nababi, à l’instar d’Antoine Polier, qui commanda plusieurs centaines de peintures au grand peintre Mihr Chand. Quant au nabab, lui, il aimait la peinture occidentale et accueillait au palais des peintres européens, comme Tilly Kettle qui réalisa plusieurs de ses portraits, portraits qui furent ensuite recopiés par Mihr Chand pour Polier, dans une sorte de jeu artistique typique du bouillonnement multiculturel de la ville.

Lucknow et l’Empire britannique au XIXe siècle
Au XIXe siècle, l’East India Company laissa la place à l’Empire britannique, et la cour nababi perdit définitivement son éclat. Pourtant, Lucknow conserva une aura particulière, favorable aux différents arts, notamment la musique et la danse. En 1857, la ville fut le théâtre de violents affrontements, prémices de la « Révolte des Cipayes » mouvement de grande ampleur contre la présence britannique. La plupart des bâtiments datant de la puissance nababi furent détruits et l’on compta plusieurs dizaines de victimes. La ville se remit progressivement de ces journées sanglantes, renouant avec l’esprit des fêtes d’antan, données par la cour, l’aristocratie locale et la communauté occidentale.

« Une cour royale en Inde : Lucknow »

Musée Guimet, Paris-16e, jusqu’au 25 juillet, www.guimet.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°636 du 1 juin 2011, avec le titre suivant : Lucknow, entre les Moghols et les Anglais

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