ROYAUME-UNI

Les sombres perspectives des industries culturelles britanniques

Londres. Les musées et galeries d’art britanniques devraient rouvrir leurs portes le samedi 4 juillet.
Un soulagement et un début d’espoir pour les industries culturelles. Les trois mois de fermeture depuis l’annonce du confinement obligatoire le 23 mars dernier auront en effet des conséquences inquiétantes pour ses acteurs. Leurs profits pour l’année 2020 devraient reculer de 25 %, soit de 29 milliards de livres sterling (33 Md€) selon les analystes d’Oxford Economics. Ces derniers prévoient également 119 000 licenciements directs et 287 000 fins de contrats pour les indépendants, entraînant la mise au chômage de 406 000 personnes.

Près de la moitié des pertes économiques concerneraient l’audiovisuel, soit la production de films et de programmes pour la télévision et la radio, pénalisés par la suspension des tournages et des enregistrements. Un tiers des pertes d’emplois viseraient la musique, le cinéma et le théâtre, en raison de la fermeture des salles. Victime emblématique : le festival de musique de Glastonbury qui devait célébrer fin juin son cinquantième anniversaire.
Peu d’aides financières exceptionnelles
De leur côté, les musées et galeries enregistreraient une baisse de 9 % de leurs recettes, ce qui se traduirait par une perte de 743 millions de livres (840 M€). Environ 4 000 emplois (soit 5 % de leur nombre total) seraient supprimés. Ces estimations ne prennent cependant pas en compte les bouleversements à long terme prévus par les musées. Le directeur du V&A, Tristram Hunt, a indiqué le mois dernier que « le modèle commercial des grandes expositions temporaires qui nécessitent la venue de nombreux visiteurs pour être rentable sera sous pression. Nous allons donc devoir repenser notre manière de financer nos musées ».

Malgré ces dégâts attendus, les autorités restent muettes face aux demandes d’aide financière exceptionnelle formulées par de nombreux responsables du milieu. Seuls 160 millions de livres (177 M€) ont été mobilisés fin mars par l’Arts Council England.

L’autorisation officielle délivrée par le gouvernement n’aboutira pourtant pas à la réouverture immédiate des musées et galeries. La National Gallery, qui sera le premier grand musée national à ouvrir ses portes, accueille ainsi des visiteurs à partir du 8 juillet seulement. Ceux-ci doivent réserver leur billet et choisir l’un des trois parcours dessinés par les équipes du musée.

Les galeries doivent également appliquer les normes sanitaires. La Pace Gallery propose ainsi depuis mi-juin des visites avec réservation de son exposition « James Turrell ». « Les galeries de Mayfair ont beaucoup discuté, ont partagé leurs bonnes pratiques et se sont coordonnées, ce qui est assez inédit, explique la galerie. Nous avons ressenti une vraie demande de nos clients habituels, désireux de venir tant que nous étions capables d’assurer leur sécurité. » Une réouverture normale n’est cependant pas prévue avant le mois de septembre, avec l’exposition de Trevor Paglen. De nombreuses galeries sont dans la même situation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°549 du 3 juillet 2020, avec le titre suivant : Les sombres perspectives des industries culturelles britanniques

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