Vendredi 3 décembre 2021

Coopération

Les projets contrariés du Louvre à l’étranger

Les actions de coopération internationale du Louvre pâtissent du climat international

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 12 avril 2011 - 625 mots

En pointe en matière de coopération culturelle, la politique internationale du Louvre montre aujourd’hui ses limites. Alors que les Iraniens veulent rompre leurs relations, un ambitieux projet d’ingénierie muséale avec la Syrie est mis en suspens. En attendant une évolution de la situation politique locale.

PARIS - L’équipe devait comprendre près de huit personnes, mais, pour le moment, situation internationale oblige, sa constitution est mise entre parenthèses. Et nul ne se risque à dire, aujourd’hui, si l’ambitieux projet de coopération liant le Musée du Louvre aux autorités syriennes pourra se poursuivre dans les prochains mois.

Un grand forum sur la culture, qui devait réunir, du 10 au 12 avril en Syrie, un aréopage du monde des musées français et syriens pour présenter officiellement les axes de cette coopération, a d’ores et déjà été repoussé sine die. « Nous sommes attentifs mais pas inquiets, indique t-on au Louvre. Ce projet avait été envisagé sur le très long terme. » Manque de chance pour l’établissement, qui entretient des relations internationales – souvent peu médiatisées – avec plus de soixante-dix pays, l’accord franco-syrien venait de prendre une dimension plus concrète.

Si des accords ont été signés dès 2003, portant notamment sur des programmes de fouilles et de restauration d’œuvres, le processus s’était récemment accéléré dans le cadre d’un projet intergouvernemental lancé en 2009. Les 19 et 20 février, un second comité de pilotage franco-syrien de « coopération patrimoniale et muséale » s’était tenu à Damas. Et le 22 février était publié au Journal officiel l’arrêté de création d’un groupement d’intérêt public (GIP) pour la mise en œuvre de l’accord franco-syrien de coopération culturelle. Celui-ci comprend aussi bien un volet ayant trait à la formation professionnelle – en partenariat avec l’Institut national du patrimoine et l’École du Louvre – que des actions d’ingénierie culturelle visant une modernisation du Musée national de Damas et des musées syriens.

Pourquoi, dès lors, avoir créé une structure nouvelle plutôt que de s’être appuyé sur FranceMuséums, l’agence internationale mise sur pied pour porter le projet de Louvre-Abou Dhabi et officiellement présentée, à l’époque, comme une agence destinée à piloter tous les projets internationaux des musées français ? « L’équipe de FranceMuséums est aujourd’hui tout entière dédiée au Louvre-Abou Dhabi, indique-t-on au Louvre. Et nous ne voulions pas qu’il y ait de confusion entre ces deux projets qui sont très différents. » De fait, il n’était pas – encore – question d’argent avec les Syriens, qui n’ont pas acheté un concept clef en main mais un projet de coopération sur le très long terme. Et pour l’heure, le budget du GIP, plafonné à 1,5 million d’euros par an, devra être abondé conjointement par les ministères de la Culture et des Affaires étrangères français. Dans l’attente de jours meilleurs. 

Iran : accord rompu
Si les projets internationaux du Louvre sont nombreux, un autre axe bilatéral vient récemment de connaître des crispations. Dans un communiqué daté du 4 avril, l’Organisation iranienne du tourisme et de l’héritage culturel a en effet déclaré rompre, de manière unilatérale, ses relations avec le Musée du Louvre. Motif ? Le musée parisien n’aurait pas respecté les termes d’un accord-cadre, signé en 2004 et courant jusqu’en 2011. Or celui-ci aurait plutôt défini « un champ de possibilités » que des engagements précis. S’il a permis la tenue, en 2007, d’une exposition consacrée à l’Iran safavide dans les espaces du Louvre, l’ultimatum lancé en janvier par Téhéran, qui tenait lieu d’injonction au Louvre de proposer une exposition aux Iraniens, n’a pas été du goût des responsables du musée. Le Louvre n’aime guère se faire dicter sa politique internationale, qui suit pourtant les circonvolutions de la diplomatie française. « Le monde est vaste et nous aurons toujours à faire », reconnaît un responsable du musée.

Légende photo

Eglise de Saint-Siméon le Stylite - Syrie - © photo Bernard Gagnon - 2010 - Licence CC BY-SA 3.0 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°345 du 15 avril 2011, avec le titre suivant : Les projets contrariés du Louvre à l’étranger

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