Vendredi 23 février 2018

Les choix des acteurs du marché

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 9 décembre 2009

2009 n’aura pas été une année heureuse pour le marché de l’art.

Touchées par la crise, les maisons de ventes ont vu le volume des transactions fondre comme neige au soleil et elles ont connu un net ralentissement. De la même façon, plusieurs foires et salons internationaux ont été annulés. Un événement exceptionnel a cependant sorti le marché de la déprime : la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, vendue aux enchères pour plus de 350 millions d’euros, à Paris au Grand Palais en février. Cette vente a redonné du tonus au marché de l’art international, tout en faisant rayonner la place parisienne. Et laisser espérer un meilleur horizon pour 2010.

La création contemporaine loin des obsessions mercantiles
Pierre Bergé, président de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent
« En 2009, à l’opéra de Paris, sous la direction de Gérard Mortier pour lequel j’ai une très grande admiration, j’ai apprécié l’extraordinaire production de Fidelio. À présent, on y joue La Ville morte d’Érich Wolfgang Korngold, qui est aussi une très belle réussite. Le livre de Yannick Haenel, Jan Karski, paru aux éditions Gallimard, est tout à fait remarquable car il apporte sur la Shoah, sujet très largement exploité aujourd’hui, un regard nouveau, doublé d’une écriture éblouissante. L’année 2009 a bien sûr été couronnée par la vente de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent en février.
En 2010, avec 300 modèles présentés, l’exposition « Yves Saint Laurent » au Petit Palais sera la plus grande rétrospective jamais organisée sur le couturier. Dans le cadre de son programme de mécénat, la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent a porté ses choix sur le Festival d’automne qui a le mérite de promouvoir à la fois le théâtre, la musique, la danse et les arts plastiques, ainsi que sur le Palais de Tokyo qui, sous la houlette de nouveaux conservateurs, représente un lieu sérieux pour voir une création contemporaine « crédible », loin des obsessions mercantiles. »
 
Une Biennale des antiquaires prometteuse
Hervé Aaron, antiquaire et président du Syndicat national des antiquaires
« L’exposition « Picasso-Cézanne », présentée en 2009 au Musée Granet à Aix-en-Provence, a mis en relation de façon admirable deux figures de la peinture, de la même façon que s’était tenu « Matisse-Picasso » à Paris aux Galeries nationales du Grand Palais sept ans auparavant. Deux expositions au Louvre m’ont particulièrement plus : « Titien, Tintoret, Véronèse… » qui montre l’évolution de trois artistes vénitiens à la même époque, et « La Collection Georges Pébereau » qui prouve bien qu’avec de l’argent, de l’intelligence et de la passion, il est encore possible de constituer une très belle collection. Enfin, la vente Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, superbement organisée, était incontestablement un moment fort de cette année, un épiphénomène dans un contexte difficile.
2010 sera placée sous le signe du 25e anniversaire de la Biennale des antiquaires de Paris qui promet d’être très belle. Ce qui va sortir de la réforme des ventes publiques en France m’intéresse au plus haut point, puisque j’y ai pris parti de façon active. Enfin, je suis curieux de voir ce que la France va présenter comme pavillon à l’Exposition universelle de Shanghaï. »
 
Choc politique et esthétique
Christian Giacomotto, collectionneur, vice-président de la Réunion des musées nationaux et membre du conseil artistique des Musées nationaux
« De voir les premiers chefs-d’œuvre du Louvre-Abou Dhabi en territoire arabe, notamment La Vierge à l’Enfant de Giovanni Bellini et un Christ sculpté grandeur nature du début de la Renaissance, a été autant un choc politique qu’esthétique. L’exposition sur ce peintre merveilleux qu’est Rogier van der Weyden, dans ce petit musée de Louvain en Belgique, est une pure splendeur. À Londres, j’ai été époustouflé par l’exposition de la National Gallery sur l’art du sacré. Et j’ai été autant ravi de découvrir l’ouverture des onze salles du département médiéval du Victoria and Albert Museum, que déçu par l’équivalent au British Museum.
Pour 2010, j’attends avec impatience l’exposition « L’art en France entre Moyen Âge et Renaissance » au Grand Palais et la « Sainte Russie » au Louvre. Par ailleurs, j’espère qu’on aura une réforme du marché de l’art en France qui complètera le dispositif actuel. »
 
Basquiat, un des génies du XXe siècle
Arnaud Cornette de Saint Cyr, commissaire-priseur et coprésident de la maison de ventes Millon-Cornette de Saint Cyr
« Je me suis précipité à la Tate Britain de Londres le dernier jour de l’exposition sur Francis Bacon, le 4 janvier 2009, et j’ai trouvé que c’était une des plus belles expositions que j’ai vues de ma vie, par le choix des œuvres et leur mise en regard, et par le savant équilibre du parcours chronologique et thématique. Mon autre grand moment d’émotion a été lors de l’exposition « Picasso et les maîtres » à Paris au Grand Palais, avec le rapprochement et le dialogue entre un portrait cubiste d’Ambroise Vollard par Picasso et le Saint François par Francisco de Zurbarán.
J’attends maintenant de voir l’exposition « Basquiat » à la Fondation Beyeler à Bâle, pour le cinquantenaire de la naissance du peintre. Depuis la grande rétrospective de 1992 au Whitney Museum de New York, ce sera sans doute l’autre grande exposition de référence qui confirmera la place de Jean-Michel Basquiat comme un des génies artistiques de la fin du XXe siècle. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°315 du 11 décembre 2009, avec le titre suivant : Les choix des acteurs du marché

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