Italie

Les carabiniers gardiens de l’art

Le Journal des Arts

Le 16 juin 2010

L’Italie s’enorgueillit d’avoir créé, dès 1969, le Comando dei Carabinieri per la Tutela del Patrimonio Artistico, devenu la référence mondiale en matière de protection et de restitution d’œuvres d’art volées. Exportée illégalement, la Triade capitoline, sur le point d’être vendue au Musée Paul Getty, est récupérée par le Comando.

L’imposante banque de données du Comando dei Carabinieri per la Tutela del Patrimonio Artistico s’appuie sur les informations fournies par le réseau d’Interpol et par un bulletin d’Interpol dont la parution n’est pas toujours rapide. On trouve très peu de publications dans les autres pays, à l’exception des bulletins français, qui sont beaucoup plus limités. La Grande-Bretagne dispose de l’Art Lost Register, base de données privée créée à l’initiative de compagnies d’assurances et d’études de commissaires-priseurs, et de la revue Trace qui suit les fraudes d’envergure internationale. En Europe, les structures similaires sont beaucoup plus petites, voire inexistantes, et surtout insuffisamment informatisées. La constitution de bases de données détaillées semble aujourd’hui d’autant plus nécessaire que la crise économique, qui décourage les acquéreurs mais encourage la petite criminalité, favorise l’augmentation des vols "faciles", chez les particuliers, dans les églises ou les édifices publics, d’objets moins connus et qui circulent avec d’autant plus de facilité. Bien des œuvres d’art dérobées suivent ce parcours classique : Suisse d’abord, où elles restent le temps d’être "blanchies" grâce à de faux certificats d’achat, puis Belgique et Grande-Bretagne avant les États-Unis, leur destination finale. Cependant, il ne suffit pas de retrouver leur trace pour pouvoir restituer ces œuvres à leur légitime propriétaire.

Une législation pour la restitution des œuvres
Une Triade capitoline de l’époque des Sévères (début du IIIe siècle de notre ère), œuvre de grande taille (60 x 80 x 120 cm) volée dans les environs de Rome par une équipe de fouilleurs clandestins, était sur le point d’être vendue à Lugano aux acquéreurs du musée Paul Getty pour une somme de 50 à 55 milliards de lires (environ 18 millions de francs). Mais la section spéciale des carabiniers, dirigée par le colonel Roberto Conforti, a réussi à intercepter les statues au moment où elles allaient franchir la frontière, conservant ainsi à l’Italie cette œuvre importante pour l’histoire de l’art, et couronnant de succès une brillante intervention baptisée, non sans humour, "opération Junon". Parmi les nombreux obstacles qui s’opposent en général à une restitution, figure en premier lieu l’authentification de la pièce.

Pour la Triade capitoline, des fragments de la statue demeurés sur place ont permis de certifier immédiatement son origine. Tel n’est pas toujours le cas. Afin de faciliter le processus, l’habitude se répand en Grande-Bretagne d’insérer dans l’œuvre un composant au quartz, immatriculation invisible et indestructible.

La convention de Strasbourg et les principes qu’elle édicte en matière de collaboration entre magistrats et policiers jusqu’au rapatriement de l’œuvre constituent les bases légales pour la restitution du patrimoine illicitement exporté. Au sein de l’Union européenne, on s’efforce d’harmoniser les différentes législations en vue de l’application du principe général de prompte restitution des œuvres d’art en cas de vol avéré et d’exportation illicite, énoncé par la convention de l’Unesco de 1970. Il faut d’autre part rappeler l’excellent travail de l’Unidroit, l’une des structures les plus actives dans ce domaine, qui opère en collaboration avec les gouvernements de 53 pays.

En ce qui concerne le problème délicat des rapports avec les États-Unis, l’exemple de l’Italie mérite d’être cité : le gouvernement a créé une commission interministérielle qui, de concert avec l’agence américaine Ausia, milite pour un accord bilatéral contrôlant l’introduction aux États-Unis d’œuvres provenant d’Italie.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°2 du 1 avril 1994, avec le titre suivant : Les carabiniers gardiens de l’art

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