Vendredi 23 février 2018

Les 9 grands chantiers de la Rue de Valois

L'ŒIL

Le 26 octobre 2009

- Priorité au patrimoine
Il était temps. Après plusieurs années d’un budget de crise, le secteur des monuments historiques devrait enfin être remis à flot grâce aux 100 millions d’euros supplémentaires actés dans le budget 2010. De quoi atteindre la somme globale de 400 millions d’euros, à laquelle tous les observateurs estimaient impératif de parvenir pour endiguer la crise. Un rapport de 2008 a en effet chiffré les besoins pour l’entretien et la restauration à plus de 10 milliards d’euros pour les seuls monuments protégés… Or, depuis 2003, le secteur a été frappé de plein fouet par un tarissement de l’enveloppe budgétaire. Avec des conséquences directes : arrêts de chantiers, faillite d’entreprises spécialisées…
Face à la crise et au mécontentement des professionnels, plusieurs mesures ont alors été prises mais elles n’ont consisté qu’en une série d’expédients : affectation d’une partie des recettes des privatisations des autoroutes, des droits de mutation, crédits du Plan de relance qui ont permis de réinjecter 100 millions dans le circuit. Ces derniers sont donc pérennisés dans le budget 2010, comme l’avait promis le président Nicolas Sarkozy à Nîmes en janvier 2009, avec l’espoir d’activer un effet de levier du côté des collectivités locales.
Une nouvelle priorité est également donnée à l’entretien des monuments, dont les crédits représenteront 15 % de l’enveloppe globale. De quoi relancer un secteur qui représente à lui seul 90 000 emplois directs.

- RGPP, la réforme qui passe mal
Les manifestations n’auront pas inversé la vapeur : les ministres se suivent mais la Révision générale des politiques publiques (RGPP) reste. Et pour cause, la décision a été prise à l’Élysée dès décembre 2007. Le « petit » ministère de la Culture est alors désigné pour être une administration test de la grande réforme des services de l’État, et doit se recentrer « sur ses fonctions plus prospectives de pilotage et de stratégie ». Traduction : un resserrement en trois directions générales et un secrétariat général – au lieu de 10 – et plus de 400 suppressions d’emplois. Christine Albanel était restée inflexible malgré la pression des syndicats. Son successeur a décidé d’en faire de même. La réorganisation des services devrait être effective début 2010.

- Le Mucem, un colosse aux pieds d’argile
« Le Mucem ouvrira ses portes comme prévu pour le lancement de Marseille 2013. » Sans surprise, le nouveau ministre en a fait l’une de ses priorités. Le futur musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) a, en effet, été l’un des éléments clefs de l’attribution à la cité phocéenne du titre de Capitale européenne de la culture en 2013. Or, désormais, le temps presse pour ce projet dont l’idée a été lancée en… 1999, et qui a été mis en sommeil depuis 2004 pour des questions budgétaires. Ainsi, 23,7 millions d’euros (en autorisations d’engagement) seront débloqués en 2010 pour le lancement des travaux du musée, dont le coût est aujourd’hui estimé à 162 millions d’euros, dont plus de 100 abondés par l’État.
Si le bâtiment de l’architecte Rudy Ricciotti, désigné à l’issue d’un concours, sera bien construit à l’entrée du Vieux Port en appui sur le Fort Saint-Jean, le concept muséographique a été progressivement raboté. L’initiateur du concept de ce musée conçu comme une réinterprétation de l’ancien Musée national des Arts et Traditions populaires (MNATP) implanté à Paris, Michel Colardelle, a ainsi été poussé vers la sortie.
Les élus locaux ne cachent plus que seule leur importe la belle enveloppe architecturale… La destinée du Mucem est désormais entre les mains d’un administrateur, Bruno Suzzarelli, qui devra notamment résoudre l’épineuse question de son coût de fonctionnement, estimé à plus de 10 millions d’euros par an. De quoi rendre peu digestes les festivités de 2013…

- Les fantômes du Palais de Tokyo
Une véritable saga. Après avoir été laissés à l’abandon pendant près de dix ans, les 7 000 mètres carrés d’espaces souterrains du Palais de Tokyo [voir p. 26], à Paris, sont devenus l’objet d’une âpre rivalité. Cela depuis l’annonce, en 2007, par l’ancien président Jacques Chirac, d’y installer un lieu dédié à la scène artistique française. Le Centre Pompidou, devenu rapidement affectataire des lieux, est alors entré en conflit ouvert avec le Site de création contemporaine, installé à l’étage depuis 2002… En mai 2009, Christine Albanel a finalement tranché après moultes hésitations. Le dossier a alors été confié à Olivier Kaeppelin, chef de la délégation aux arts plastiques (DAP) et le Centre Pompidou a été prié de se replier sur Beaubourg.
Bilan : une ouverture repoussée aux calendes grecques. Et si Frédéric Mitterrand a confirmé son souhait de voir ouvrir ce lieu, seuls 1,5 million d’euros ont été dégagés dans le budget 2010. Le montage financier devrait en effet reposer sur l’apport de généreux contributeurs et sur l’emprunt...

- Le musée du Président
Il n’aura pas résisté à la tentation… Nicolas Sarkozy, comme ses prédécesseurs, veut son musée et celui-ci sera dédié à l’Histoire de France. Annoncé lors de ses vœux au monde de la culture en janvier 2009, le musée de l’Histoire de France est donc l’un des chantiers prioritaires de la Rue de Valois. L’objectif est de parvenir à un lancement – à défaut d’une ouverture – avant la fin du quinquennat.
Reste à définir contenu de ce futur musée – qui divise les historiens – mais aussi de son implantation. Plusieurs sites ont été évoqués : les Invalides, Vincennes [ci-contre], le site historique des Archives nationales mais aussi Versailles ou Fontainebleau. Les spéculations ont été relancées par la nomination de Jean-François Hébert, ancien directeur de cabinet de Christine Albanel, à la tête du château de Fontainebleau mais aussi de la mission de préfiguration du futur musée… Frédéric Mitterrand a toutefois été clair : « Je ne suis pas sûr que Fontainebleau soit le site idéal, car il ne résonne pas de manière univoque sur notre histoire ». Affaire à suivre… 

- Le blues de Cergy
Et le gagnant est… Cergy-Pontoise. Située à 35 kilomètres de Paris, la déjà ancienne ville nouvelle du Val-d’Oise accueillera le nouveau Centre national de conservation, de restauration et de recherches patrimoniales (CNCRRP). Ainsi en a décidé Frédéric Mitterrand au détriment de Neuilly-sur-Marne et de Nanterre.
L’équipement, qui sera implanté sur un site vierge de huit hectares desservi par le RER, pourrait ainsi devenir le symbole du Grand Paris. Il sera aussi un lieu d’un nouveau type, associant les réserves de sept musées parisiens, dont le Louvre, menacés potentiellement par les crues de la Seine, mais aussi un Institut de restauration et de recherches sur les œuvres d’art, regroupant les deux principaux laboratoires nationaux, le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) le Centre de recherches et de restauration des musées de France (C2RMF).
Or, c’est ce dernier qui a manifesté le plus de résistance à cette délocalisation, notamment pour des questions techniques, l’un des principaux équipements du C2RMF, l’accélérateur de particules AGLAE, ne pouvant être déplacé du Louvre. Estimé à 200 millions d’euros, ce nouveau centre sera financé à hauteur de 40 millions d’euros par la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise et le département du Val-d’Oise. La région Île-de-France n’a pas encore souhaité s’engager. Le reste de l’enveloppe devrait être complété par les ressources de la location de la marque Louvre à l’émirat d’Abou Dhabi.

- Acquisitions : les pupilles de la dation
19,5 millions d’euros. C’est la somme allouée en 2010 par le ministère de la Culture à l’enrichissement des collections publiques, dont 14,26 millions d’euros pour les seuls musées. Un poste budgétaire qui atteignait encore 31 millions d’euros en 2005… Il convient cependant d’ajouter à cette somme les budgets d’acquisition et de commande publique d’œuvres contemporaines. Pour jouer dans la cour des grands, les musées doivent donc s’appuyer sur le mécénat. L’acquisition d’une œuvre majeure classée « trésor national » est ainsi déductible fiscalement à hauteur de 90 %, mais leur liste s’allonge inexorablement, faute de candidats.
Heureusement, la tradition des dons et legs envers les musées demeure une tradition forte. Et la dation, soit un paiement de l’impôt en œuvres d’art, bénéficie toujours aux musées. En 2009, les collections publiques auraient ainsi été enrichies pour 17 millions d’euros par ce biais.

- Des opérateurs budgétivores
Ils sont quatre-vingt au total et représentent le must des équipements culturels : grands musées (Louvre, Versailles, Orsay, Guimet…), scènes nationales, opéras, Bibliothèque nationale de France (BnF), Cité des sciences et de l’industrie, Réunion des musées nationaux (RMN)… Deux nouveaux, plus modestes, entreront dans ce club très fermé l’an prochain : le château de Fontainebleau et le pôle de la céramique de Sèvres, associant la manufacture et le musée national.
Tous bénéficient d’un statut d’établissement public qui leur permet de jouir d’une autonomie de gestion. Mais ils sont aussi de coûteux opérateurs du ministère de la Culture. 1,06 milliard d’euros leur sont ainsi consacrés dans le budget de la Rue de Valois, soit 45,8 % de l’enveloppe globale, dont 472 millions affectés aux 21 plus gros.
Dans ce contexte, la tentation est grande de couper aux ciseaux dans leurs dotations, surtout quand le ministre décide que la priorité va au rééquilibrage vers les régions… Si, en 2009, les dépenses ont été réduites, leur budget sera globalement « consolidé » pour 2010. Les marges de manœuvre sont en effet faibles : recherche d’une meilleure maîtrise des coûts, non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, augmentation des ressources propres, cela dans un contexte économique délétère... À moins que certains musées ne se décident à rogner leurs missions scientifiques et pédagogiques, en réduisant la voilure des expositions temporaires… 

- Et le rapport Bethenod ?
Rendu public en 2008, le rapport Bethenod, commandé par Christine Albanel pour dynamiser le marché de l’art en France, n’a pas vraiment encore été suivi de mesures concrètes. Le prêt à taux zéro pour financer l’achat d’œuvres d’art contemporain n’a toujours pas vu le jour. Il faut croire que son efficacité, déjà contestée à l’époque, n’a pas encore convaincu Bercy. Plus avancées semblent être les dispositions en faveur des maisons de ventes, notamment la possibilité de réaliser des ventes de biens neufs, de gré à gré, et donc de concurrencer les galeries et antiquaires.
Le Sénat, qui veut aussi coproduire des lois, s’est emparé du sujet depuis longtemps et a même présenté un texte en juillet 2009 dont on apprend, au détour du rapport PLF 2010 de la Culture, qu’il serait la base du texte du gouvernement. Il est vrai que la crise économique est passée par là, et que l’on se rend compte que le développement du marché de l’art dépend en grande partie de facteurs exogènes à ce marché : indices boursiers et indice de confiance.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°618 du 1 novembre 2009, avec le titre suivant : Les 9 grands chantiers de la Rue de Valois

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