Lundi 10 décembre 2018

La marque Mitterrand sur le budget 2010 de la culture

Par Sophie Flouquet · L'ŒIL

Le 26 octobre 2009 - 976 mots

À défaut de pouvoir lancer de grands projets, le ministre met en avant trois principes. Et replace légèrement à gauche, au moins en matière de communication, le curseur de l’action du ministère.

Avec une enveloppe soumise à de fortes contraintes, du fait du contexte budgétaire global mais aussi des engagements déjà actés, il n’était pas évident pour Frédéric Mitterrand de laisser sa marque sur le budget 2010 du ministère de la Culture. Alors en attendant de pouvoir lancer de nouveaux projets plus personnels, dont il s’est refusé à donner « une liste à la Prévert » – et si le temps le lui permet –, le nouveau locataire de la Rue de Valois a décidé de s’atteler à trois priorités. Soit trois orientations qui raisonnent plus comme une nouvelle manière d’appréhender les politiques culturelles que comme une véritable révolution.
Le 1er octobre, lors de sa présentation à la presse, Frédéric Mitterrand les a dévoilées avec la plus grande solennité. Son passage au ministère de la Culture devra ainsi donner une nouvelle impulsion à la promotion d’une culture « ancrée dans la réalité sociale sans aucune exclusivité ». Son ministère tâchera également de « relever le défi de la transmission » mais, aussi, de « bien négocier le virage du numérique ».
Les esprits chagrins diront que tout cela n’est qu’une énième interprétation du sacro-saint principe de démocratisation culturelle, ressassé depuis si longtemps… De fait, en terme de traduction budgétaire, les priorités du ministre sont loin d’être bien dotées. Elles s’inscrivent principalement dans le troisième programme du ministère, « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture », qui dispose d’un peu plus de 466 millions d’euros quand les patrimoines (monuments historiques et musées) comptent pour plus de un milliard d’euros… Or, ce programme est aussi largement absorbé par d’autres actions : fonctions de soutien du ministère – soit, en langage budgétaire, les frais de fonctionnement, mais aussi l’action internationale…

La culture pour tous
Qu’à cela ne tienne. Le nouveau ministre veut faire de la « culture sociale », c’est-à-dire amener la culture « là où elle n’est pas forcément ». 49 millions d’euros seront ainsi consacrés à l’accès à la culture, soit une baisse de plus de 9 % par rapport à 2009 qui serait due, selon le ministère, à la fin des travaux de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration de la Porte Dorée, comptabilisés sur cette ligne ! Les actions en faveur des publics éloignés de la culture bénéficieront donc d’un saupoudrage afin que la culture devienne un moyen de « réduire les inégalités ».
En 2010, deux millions d’euros seront à nouveau alloués à des projets menés dans le cadre du plan Espoir Banlieues lancé par Fadela Amara. Cela même si les résultats de la première expérience ne sont pas encore connus avec précision… Les fédérations d’éducation populaire, qui jouent un rôle de maillage du territoire, seront à nouveau soutenues après avoir été longtemps ostracisées par la Rue de Valois.
Enfin, les protocoles d’action envers les publics « empêchés ou éloignés de l’offre culturelle », soit les publics handicapés mais aussi les personnes hospitalisées ou incarcérées, seront également relancés. Autant de dispositifs qui existaient déjà mais faisaient l’objet de peu de communication de la part des précédents ministres. Cette « culture sociale » privilégiera par ailleurs le multiculturalisme et tâchera de ne pas négliger l’Outre-Mer. Une mission sur ce thème a ainsi été confiée à Michel Colardelle, fraîchement débarqué de la direction du Mucem de Marseille (lire p. 30).

L’enseignement des arts
L’éducation artistique et culturelle, dont les moyens augmenteront de 4 %, devrait aussi bénéficier des nouveaux engagements du ministre. Celui-ci n’a en effet pas hésité à évoquer la question délicate de l’enseignement en histoire des arts, rendu obligatoire à l’école primaire et au collège, mais qui peine à être mis en place, faute de moyens et de professeurs formés. En liaison avec l’Éducation nationale, son caractère obligatoire devrait donc être renforcé. D’autres pistes seront également exploitées, comme celle de l’implantation de résidences d’artistes en milieu scolaire.
Frédéric Mitterrand milite aussi pour la professionnalisation des enseignants dans cette matière, évoquant même « l’absence regrettable d’agrégation d’histoire de l’art », vieux serpent de mer qui ne trouvera probablement pas de sitôt son épilogue.
Le projet de grande bibliothèque dédiée à l’histoire de l’art au sein du Quadrilatère Richelieu, qui pourrait devenir un centre de ressources pour les enseignants, devrait aussi avancer avec le déblocage de plus de 40 millions d’euros pour amorcer les travaux. Dans ce contexte, le numérique devra aussi jouer un rôle, et le ministre de la Culture a appelé de ses vœux la création d’un grand portail dédié à l’histoire des arts.

Le virage du numérique
Immergé dans ce bain numérique avec le débat sur Hadopi – dans lequel s’était noyée Christine Albanel –, Frédéric Mitterrand voudrait faire de ce sujet l’un des axes majeurs de son action. Les récentes prises de position des responsables de la Bibliothèque nationale de France, révélant leurs accointances avec le géant américain Google pour la numérisation accélérée de leurs fonds, auraient ainsi piqué au vif un ministre décidé à mettre le numérique au service de tous les patrimoines (musées, archives, livres, cinéma…). Si sur ce sujet, Frédéric Mitterrand « n’entend pas tomber dans la caricature », sa stratégie devrait s’appuyer sur les conclusions d’une mission de réflexion récemment lancée.
 Un appel à projet doté de 3 millions d’euros sera par ailleurs lancé afin de soutenir des projets de numérisation innovants. Mais pour cette entreprise onéreuse, le ministre compte avant tout sur le grand emprunt national pour obtenir des subsides. Le verdict, entre les mains d’Alain Juppé et de Michel Rocard, sera annoncé d’ici peu. S’il est négatif, la numérisation du patrimoine national se fera inévitablement avec le concours massif de capitaux privés. La marque Mitterrand serait alors peu repérable au milieu des autres logos…

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°618 du 1 novembre 2009, avec le titre suivant : La marque Mitterrand sur le budget 2010 de la culture

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