Le minimalisme résiste au temps

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2014 - 618 mots

La formidable collection d’art minimal de la Fondation Dia:Beacon apporte la preuve
que parfois « less is more », comme en témoigne l’exposition actuelle de Carl Andre.

Oubliez New York. Quittez la ville par le train et admirez le paysage majestueux, en longeant la rivière Hudson. Au bout d’une heure et demie, vous arrivez à un petit bourg provincial, Beacon (New York), qui semble à l’arrêt. Et pourtant, c’est dans ce cadre, à quelques minutes de marche de la gare, que se trouve l’un des endroits incontournables pour tout amateur d’art, créé par la Dia Art Foundation. Cette fondation, aux moyens importants, qui produit ou subventionne des projets artistiques parfois de taille monumentale (voir le ComplexOne/City de Michael Heizer ou l’Earth Room de Walter De Maria) a réhabilité une ancienne usine de boîtes en carton pour y loger sa collection. Le lieu a conservé une architecture simple, rectangulaire, une manière d’accentuer le sentiment d’espace qui semble ici illimité (pas moins de 150 x 100 m). Repeint en blanc, le musée a tout de la fameuse White Box, taille XXL.

Toutefois, c’est surtout le choix des œuvres qui reste l’attrait principal de Dia:Beacon, musée dédié essentiellement aux artistes majeurs des années 1960. Ainsi, on peut se perdre dans les énormes ellipses labyrinthiques de Richard Serra (Torqued Ellipses), admirer les premiers travaux de Robert Smithson, entre l’informe et le Land Art, ou encore examiner de près les tableaux d’Agnes Martin, recouverts de lignes tremblantes. Les « femmes » inquiétantes de Louise Bourgeois, les sculptures en ferraille de John Chamberlain ou les toiles blanches de Robert Ryman comptent aussi parmi cette liste de chefs-d’œuvre de l’art contemporain.

Strip-tease plastique
Mais c’est l’art minimal qui semble renaître dans cet écrin. Placés dans de vastes salles, les travaux de Donal Judd, Dan Flavin, Sol LeWitt ou Carl Andre respirent. C’est heureux, car il est difficile de montrer ce type de créations dans un espace étriqué qui ne permet pas un véritable dialogue. Construites à l’échelle humaine, souvent posées au sol, parfois suspendues au plafond, les œuvres ne privilégient aucune partie du lieu par leur positionnement et cherchent à cohabiter avec le spectateur.

De fait, contrairement à la sculpture traditionnelle, qui attire le regard du spectateur par sa thématique ou par le degré de complexité de sa composition, ces « objets spécifiques » (selon le terme employé par Donald Judd) présentent un degré jusque-là inconnu du strip-tease plastique. Dénuées de tout artifice, les simples formes géométriques sont comme des vecteurs qui, par leur taille, leur situation et leur orientation, établissent une relation immédiate avec l’espace.

La rétrospective de Carl Andre (née en 1935) présentée par Dia:Beacon en ce moment en est la parfaite démonstration. Étalées sur un plancher en bois, disposées en séquences sérielles ou modulaires, les plaques carrées ready-made en aluminium, fer, acier, cuivre, zinc ou plomb invitent le spectateur à marcher sur ces pièces pour éprouver concrètement la différence entre ces métaux, dont chacun possède des propriétés spécifiques. Ailleurs, des pièces de bois équarries ou des poutres empilées, maintenues par leur seule pesanteur, forment des pyramides renversées ou des escaliers qui ne mènent nulle part. Verticales ou horizontales, ces œuvres dotées d’une présence réelle vont à l’essentiel et sont la preuve que « la simplicité de la forme ne signifie pas nécessairement la simplicité de l’expérience » (Robert Morris).

Le visiteur de Dia:Beacon a ce privilège extraordinaire de n’être pas simplement quelqu’un qui parcourt une exposition mais un être humain happé par toute la puissance qu’un art qui transcende l’anecdotique peut procurer. Autrement dit, à l’opposé exact des surfaces lisses et clinquantes de Jeff Koons (lire p. 23).

Carl Andre, Sculpture as Place

Jusqu’au 2 mars 2015, Dia :Beacon, 3 Beekman Street, Beacon, diabeacon.org.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°419 du 19 septembre 2014, avec le titre suivant : Le minimalisme résiste au temps

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