Vendredi 28 février 2020

Musée - Départ

Radiation

Le directeur du Musée de Cahors congédié

Laurent Guillaut a été mis à la retraite d’office avec radiation des cadres de la fonction publique. Ses proches se mobilisent pour faire revenir le maire sur une décision qu’ils jugent disproportionnée

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015 - 905 mots

Laurent Guillaut, le directeur du Musée Henri Martin à Cahors, a été mis à la retraite d’office à 55 ans en juillet à la suite de plusieurs fautes de comportement. Ses pairs se mobilisent pour faire revenir le maire sur une sanction qu’ils jugent disproportionnée. Pour certains, le conservateur paye un conflit avec la CGT locale. Le musée doit bientôt fermer ses portes pour d’importants travaux de restauration.

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CAHORS - Le Musée Henri Martin de Cahors est sans directeur depuis le 13 mars. Le maire a suspendu Laurent Guillaut de ses fonctions, puis quatre mois après, a suivi l’avis du conseil de discipline et prononcé un arrêté portant mise à la retraite d’office du conservateur en chef qui n’est âgé que de 54 ans. Le maire, Jean-Marc Vayssouze-Faure, justifie cette lourde sanction par la gravité des faits qui lui sont reprochés : une altercation avec un employé municipal au sujet d’un téléphone portable de service qui ne marche pas. Le directeur a dû être maîtrisé par des policiers. L’employé ayant porté plainte, le tribunal de police l’a condamné le 12 juin, mais l’a dispensé de peine. Le problème, ajoute le maire, c’est que cet incident avec un agent municipal n’est pas le premier. Laurent Guillaut avait déjà eu un accrochage avec un autre employé de mairie en 2011, qui lui avait valu une mise à pied de trois mois.

Circonstances atténuantes
Assis à la terrasse d’un café à deux pas du musée qu’il dirigeait depuis quinze ans, sous un chaud soleil d’août, les traits tirés, fumant cigarette sur cigarette, Laurent Guillaut s’explique. « J’ai pété les plombs, je n’aurais pas dû, mais je revenais de plusieurs jours d’hospitalisation à la suite d’un gros pépin de santé, l’année avait été particulièrement chargée, j’ai repris tout de suite mon travail alors que j’aurais dû me reposer ». Il justifie aussi « sa colère » de 2011 par l’attitude de son protagoniste, le directeur de cabinet de l’ancien maire, « placardisé et que le nouveau maire lui a imposé au musée, dans lequel il ne faisait rien. À l’époque aussi j’avais un traitement thérapeutique ».

« Les circonstances atténuantes liées à sa santé, n’ont absolument pas été entendues par le conseil de discipline », plaide sa femme Hélène, attachée de conservation au Musée Ingres de Montauban, qui mène la bataille pour faire revenir le maire sur sa décision. Elle affirme que ce dernier lui avait promis d’aller en deçà de l’avis du conseil de discipline, ce que conteste le maire qui se dit respectueux des procédures et des avis des commissions qu’il sollicite.  Il ne veut pas en dire plus, se retranchant derrière l’obligation de réserve compte tenu des procédures en cours. Le conservateur a en effet engagé plusieurs actions, un référé pour obtenir la suspension de l’arrêté du maire, un recours de la décision du conseil de discipline et une action devant le tribunal administratif.

Pétition de soutien
Mais il compte surtout sur la mobilisation du monde culturel. Une pétition a été mise en ligne sur change.org, qui a réuni près de 900 signatures dont celle de Benoît Decron (le conservateur du Musée Soulages), Jean-Yves Marin (directeur des Musées d’art et d’histoire de Genève), Olivier Michelon (directeur des Abattoirs) ou encore Éric Blanchegorge, président de l’Association générale des conservateurs des collections publiques de France (AGCCPF) qui a aussi écrit au maire. L’association des conservateurs des musées de Midi Pyrénées a interpellé Marie-Christine Labourdette, la directrice des Musées de France. Leurs courriers reflètent le sentiment général. La gravité des faits reprochés à Laurent Guillaut n’est pas remise en cause, mais la sanction leur apparaît disproportionnée. Dominique Szymusiak, l’ancienne directrice du Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, reconnaît à demi-mot que son collègue peut être « volcanique », mais s’empresse de mettre en avant son talent et ses réalisations. « On lui doit une bonne partie du projet scientifique et culturel du Musée de Cassel », rappelle-t-elle tout en soulignant les « tensions ahurissantes » que vivent aujourd’hui les directeurs de musées territoriaux. Elle qui « a reçu trois blâmes au cours de sa carrière », dénonce la radicalité de la sanction.

Comment expliquer une telle radicalité ? Pour un proche du dossier, Laurent Guillaut se serait mis à dos la CGT locale  à la suite d’un troisième conflit avec un agent syndiqué, et le jeune maire PS (43 ans) qui a commencé sa carrière dans le sillage des hommes politiques et ne voudrait pas se fâcher avec ce bastion syndical, ce que conteste l’intéressé. Le musée est sans directeur au moment où il est engagé dans un vaste projet de rénovation. Le financement des 7 millions que vont coûter les travaux est bouclé avec des participations de la Région et de l’État. Classé 56e dans le Palmarès 2015 du JdA des musées des villes entre 20 000 et 200 000 habitants (avec un gain de dix-neuf places par rapport au Palmarès de l’an dernier), le musée a bien besoin d’un sérieux lifting. Il abrite une belle collection du peintre Henri Martin, mais les lieux ne sont pas très avenants et la scénographie est vieillotte. Il n’a accueilli que 4 000 visiteurs payants en 2014 ; ce qui est peu pour une ville si touristique. Le musée doit fermer à la fin de l’année pour une réouverture fin 2018. Il est peu probable que Laurent Guillaut, qui de l’avis de beaucoup de ses pairs a monté une programmation remarquable, conduise ce chantier.

Légende photo

Laurent Guillaut © DR

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Le directeur du Musée de Cahors congédié

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