Mercredi 30 septembre 2020

Région - Le Lieu du Design sur la sellette

L’avenir incertain du Lieu du Design

Le changement de majorité au sein du conseil régional d’Île-de-France met l’avenir du Lieu du Design en ballottage

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2016 - 1028 mots

Le nouvel exécutif à la tête de la région Île-de-France, dirigé par Valérie Pécresse, a décidé que le Lieu du Design n’organisera plus d’expositions dans ses murs. Cette agence créée en 2009 par l’ancienne majorité et qui vient de déménager dans le nord de Paris promeut le design dans les entreprises. Son avenir est loin d’être assuré.

PARIS - Le changement de majorité au sein du conseil régional d’Île-de-France annonce une nouvelle ère pour le Lieu du Design porté par l’ancien président Jean-Paul Huchon et approuvé en 2008 à l’unanimité des conseillers régionaux de l’époque.

Le nouvel exécutif a décidé de supprimer les expositions dans les lieux, entraînant par ailleurs une réduction de la voilure de la rétrospective du designer Roger Tallon (en septembre prochain) au Musée des arts décoratifs. Le Lieu du Design et le Musée des arts décoratifs avaient pourtant conclu un partenariat pour la présentation d’une double exposition pour ce premier focus consacré au designer du TGV, du train Corail et de la signalétique du RER. L’exposition « Impression 3D, l’usine du futur » qui vient de débuter est par conséquent la dernière dans l’établissement ; l’association du Lieu de Design avec le Centre Pompidou autour de l’impression 3D demeurant maintenue sous la forme convenue d’une publication, d’ateliers, et au printemps 2017, de l’exposition à Beaubourg « Imprimer le monde, art, design, architecture ». Cette première décision annonce d’autres mesures. Alors que Stéphane Simon, directeur du Lieu du Design, et la nouvelle présidente Valérie Montandon, conseillère du 12e arrondissement de Paris et vice-présidente du Groupe les Républicains au Conseil de Paris, ont annulé notre rendez-vous en arguant « des discussions budgétaires en cours et l’attente des conclusions d’un rapport d’audit sur les activités de l’établissement », on ne nie pas dans l’entourage de Valérie Pécresse, que d’autres économies seront demandées à l’établissement face aux 440 millions d’euros d’endettement de la région Île-de-France laissée par l’ancienne équipe.

Un premier déménagement
Compte tenu de la suppression des expositions au sein de l’établissement, mais non des partenariats avec d’autres, on peut s’interroger sur le maintien du Lieu du Design dans ses locaux actuels. Installé depuis son ouverture, le 21 octobre 2009, dans 800 m2 d’un ancien site industriel de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, le Lieu du Design avait dû déménager pour trouver au nord de Paris, rue de Cambrai dans le 19e arrondissement, de nouveaux espaces en avril 2015 d’une superficie de 950 m2.

Quelles vont être aussi les missions qu’entend assigner à l’établissement le nouvel exécutif, et par conséquent du sort qui sera réservé à ses neuf employés et à son budget annuel de 1,5 million d’euros. À sa création, le Lieu du Design a été chargé d’une quadruple mission par la région : « accompagner, encourager les entreprises dans leur démarche d’intégration du design et de l’éco design le plus en amont possible des cycles de conception et de production ; apporter des opportunités d’emploi et de marché aux agences de design du territoire et aux jeunes diplômés ; assurer un programme de formation aux professionnels du secteur ; et diffuser la culture design auprès des professionnels et du grand public », via entre autres des expositions, mais aussi l’édition. En janvier 2015, la publication chez Dunod du guide juridique Le Droit a constitué à cet égard le premier livre de référence sur la question.

Stéphane Simon lors de l’inauguration des nouveaux espaces du Lieu du Design, rue de Cambrai, avait rappelé en quelques chiffres l’enjeu du secteur du design en Île-de-France : « 4 000 entreprises et plus de 30 000 emplois, un chiffre d’affaires de 3,5 milliards d’euros, une trentaine d’écoles de design et une région qui rassemble les deux-tiers des agences de design et des designers français ». Quant au travail accompli par l’institution en six ans, personne ne semble le remettre en question dans la profession. Outre ses activités de conseils, d’expertises aux designers et entreprises et d’organisation d’ateliers de sensibilisation, son bilan compte « plus de mille projets d’innovation soutenus et deux appels à projets lancés par la région Île-de-France (Design et energie renouvelable et Design et espaces publics) qui ont donné naissance à des propositions émanant d’entreprises de la région en cours de réalisation », avait précisé Stéphane Simon en décembre dernier. En remportant trois appels à projets du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, l’établissement a accompagné également une soixantaine d’entreprises dans le domaine des industries du verre, de la céramique, de la santé et de l’agroalimentaire. Enfin, en 2015, l’institution a lancé avec le fonds d’investissement et de dotation Raise France un appel à projets visant à aider les entreprises à innover dans le design. La création d’une plateforme numérique payante « Le Hub design » se propose, de son côté, de mettre en relation designers et entreprises.

Lettre à Valérie Pécresse
Face aux incertitudes quant à l’avenir de l’établissement, les membres de son conseil d’administration, sous l’impulsion d’Isabelle de Ponfilly, directrice générale de Vitra France, ont rédigé une lettre à Valérie Pécresse afin d’attirer son attention sur les enjeux et l’importance du travail accompli depuis sa création. « À un moment où l’on cherche plus de compétitivité, d’innovation, il ne s’agit surtout pas de baisser la garde, dit-elle, il faut raisonner en termes d’investissement et non de dépense. » Seront-ils entendus ? Dans son rapport « Pour une politique nationale de design », remis le 15 octobre 2013 au ministre du Redressement productif d’alors et à la ministre de la Communication, l’ancien directeur de l’École nationale supérieure de la création industrielle Alain Cadix (membre du conseil d’administration du Lieu du Design), le rappelait : « la France n’a pas la culture du design malgré les efforts consentis par les acteurs sur le terrain ». Le peu de cas de ses propositions pour soutenir le secteur qu’ont fait les successeurs d’Arnaud Montebourg et d’Aurélie Filippetti ramène une nouvelle fois à l’absence d’une vision pour un secteur pourtant générateur d’activité, d’emplois, de savoir-faire et de talents. Pour l’instant au sein du conseil d’administration de l’établissement on se refuse à tous pronostics. Quel sera le sort définitif du Lieu du Design après le changement de majorité à la région ?

Légende photo

Le Lieu du Design, dans le Parc du Pont de Flandres, Paris. © CALQ Architecture.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°454 du 1 avril 2016, avec le titre suivant : L’avenir incertain du Lieu du Design

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