Nice

L’art du tramway

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2007

L’agglomération inaugure son nouveau réseau de transport enrichi de 14 œuvres pérennes ?

NICE - L’art dans l’espace public est-il inconcevable sans un projet de tramway ou de métro ? Après Paris ou Toulouse (lire ci-dessous), c’est en effet au tour de Nice d’inaugurer sa première ligne de tramway et son pendant, « le plus grand musée d’art contemporain en plein air du sud de la France », selon son promoteur, la Communauté d’agglomération Nice-Côte d’Azur (Canca). Entrée en service le 26 novembre, la ligne 1 déroule ses 21 stations le long d’un parcours de 8,7 km, avec 14 œuvres conçues par 15 artistes internationaux.

Lors du concours lancé en 2004, ils étaient 218 à avoir été sollicités ou à avoir déposé spontanément leur candidature. Piloté par François Barré, ancien directeur de l’Architecture et du Patrimoine au ministère de la Culture, un comité d’experts a effectué une première sélection, les élus de la Canca ayant eu le dernier mot quant au choix définitif des artistes. L’intérêt de ce parcours artistique est qu’il livre deux visages : l’un diurne, l’autre nocturne. Situées entre les stations Vauban et Saint-Jean-d’Angely, les Compositions exubérantes de réverbères hybrides de Pascal Pinaud et Stéphane Magnin, sortes de collisions de lampadaires d’époques diverses, sont, de jour, plutôt réussies. Tout comme les huit fresques monumentales – 22 mètres de haut – signées par l’Irlandais Michael Craig-Martin (Cascade d’objets) et déployées sur quatre immeubles le long du boulevard Virgile-Barel. S’y affichent d’autres télescopages, ceux d’objets du quotidien dont le contour a été reproduit à grande échelle : une cafetière, un trousseau de clés, une montre, une chaussure de sport...

Côté nuit, l’Allemande Gunda Förster a, elle, souligné deux ponts métalliques de la SNCF – Thiers et route de Turin – d’un éclairage bleu « en hommage au Bleu d’Yves Klein », qui apparaît encore un brin trop intense. La synthèse entre ces visages diurnes et nocturnes a lieu en début de ligne, station Las Planas, où se trouve le centre de maintenance des tramways, bel édifice construit par l’architecte Marc Barani. Dans le garde-corps de béton du premier étage, l’œuvre d’Emmanuel Saulnier consiste en des tubes de verre remplis d’eau qui, le jour, captent la lumière du soleil et dessinent une phrase énigmatique se jouant des vocables voir et vivre : « Je vis de l’eau ».

À la nuit tombée, c’est Disque solaire, la pièce d’Ange Leccia, qui prend le relais. Cette installation lumineuse imite le coucher lent de l’astre solaire à travers ses multiples variations chromatiques, lesquelles s’apprécieront à distance, histoire de gommer la présence forte du bâtiment. La pertinence des œuvres est inégale. Ainsi, les sept « Bouddhas » translucides de l’Espagnol Jaume Plensa – « sept figures représentant les sept continents » – paraissent quelque peu incongrus, perchés sur leurs hauts poteaux de la place Masséna. En revanche, à quelques pas de là, sur le boulevard Jean-Jaurès, la pièce Les Postes restantes que Sarkis a imaginée pour la Porte-Fausse est plus profonde. L’artiste a ainsi habillé ce passage historique et banal qui relie la cité ancienne à la ville moderne de splendides pans de marbres colorés, et sa voûte, de feuilles d’or, provoquant un étrange sentiment combinant sacré et discrétion, nouveauté et intemporalité.

Sonals suaves
Trois œuvres, enfin, font office de fil conducteur tout au long du parcours. Ben a dispensé ses aphorismes et calligraphié les noms des stations sur chacun des 42 abris pour voyageurs. Le graphiste Pierre di Sciullo, lui, a planté une vingtaine de Totems, « davantage signes que signalétiques », arborant la lettre « T » comme... « tramway ». Tandis que Michel Redolfi a composé les 380 sonals [annonces sonores] diffusés dans les rames, lesquels mixent musique contemporaine et voix anonymes ou connues (Michael Lonsdale, Daniel Mesguich...), à la tonalité dynamique ou suave, selon les moments de la journée.

On ne sait, pour l’heure, si ce « plus grand musée d’art contemporain en plein air du sud de la France » pèsera dans la désignation prochaine de la « Capitale européenne de la culture » en 2013, à laquelle Nice est candidate [lire le JdA no 269, 16 novembre 2007, p. 4-5]. Ni s’il représentera un argument de poids en faveur du maire UMP actuel, Jacques Peyrat, prétendant à un troisième mandat aux élections municipales de 2008, dans la campagne fratricide qui l’oppose à un autre élu UMP, Christian Estrosi, secrétaire d’État à l’outre-mer, député des Alpes-Maritimes et président du conseil général. « La solution existe », a écrit Ben, à l’arrêt Valrose-Université.

LIGNE 1, TRAMWAY DE NICE

- Nombre d’œuvres : 14 - Coût total : 3,3 m

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°271 du 14 décembre 2007, avec le titre suivant : L’art du tramway

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