Numérique

Préfiguration

La Gaîté Lyrique va électriser Paris

Dédié au numérique, l’ancien théâtre de la Gaîté Lyrique a été conçu comme la tête de gondole de la politique culturelle parisienne.

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 4 janvier 2011 - 751 mots

L’ancien théâtre à l’italienne, réhabilité dans le grand style par Manuelle Gautrand, ouvrira ses portes aux aficionados des musiques actuelles et des arts numériques début mars. Avec ce nouveau lieu, la Ville de Paris espère faire oublier les déboires du CentQuatre.

PARIS - Du 2 au 6 mars, c’est le projet le plus emblématique des années Delanoë à Paris qui sera inauguré avec l’ouverture de la Gaîté Lyrique, dans le 3e arrondissement. L’ancien théâtre à l’italienne, inauguré en 1862, sera dès lors consacré aux musiques actuelles et aux cultures numériques sous toutes leurs formes. « Ce qui va se passer ici n’existe pas ailleurs, c’est le premier lieu de cette nature à ouvrir en France » , a prévenu Christophe Girard, l’adjoint à la culture du maire de Paris, lors d’une conférence de présentation tenue le 15 décembre.
En ouvrant cet énième lieu de diffusion dans la capitale, la mairie de Paris a d’abord sauvé un espace patrimonial en déshérence. Lorsque ses portes se sont ouvertes timidement lors de la première édition de la Nuit blanche, en 2002, l’endroit – qui a été un temps dirigé par Jacques Offenbach – n’était plus qu’un théâtre d’ombres encombré par les vestiges en carton-pâte d’un espace d’attraction pour enfants, la « Planète magique » , dont la faillite avait été aussi rapide que son coût de création colossal (61 millions d’euros). « Lorsque j’ai découvert les lieux en 2003, le bâtiment était dans le coma, raconte Manuelle Gautrand, l’architecte désignée pour en assurer la réhabilitation. Ce dernier recyclage du lieu est aussi le plus courageux. »  85 millions d’euros, dont 63 millions pour les travaux ont en effet été investis par la Ville et la Région (9,9 millions d’euros) pour rouvrir le théâtre.
Devenue en peu de temps l’architecte que les collectivités socialistes se disputent, Manuelle Gautrand n’a pas hésité à laisser son empreinte sur ces lieux chargés d’histoire. Seuls les décors, très altérés, du foyer historique ont été préservés des destructions précédentes. L’architecte a donc pu travailler à partir de surfaces brutes. Ce « chantier long et difficile »  de 9 500 mètres carrés a été mené pour livrer une »  boîte à outils « aux utilisateurs, conçue comme un emboîtement de « poupées russes » . Le programme prévoyait la création de deux salles de spectacle, d’espaces d’expositions temporaires, d’un centre de ressources, d’une salle de jeux vidéo, de deux cafés et d’une boutique. Le tout a été conçu avec une touche de maniérisme qui fait désormais le style de l’architecte, comme ce carrossage matelassé de la grande salle ou ses « éclaireuses »  à l’esthétique néo-soixante-dix, modules techniques mobiles transformables en loges, bureaux ou annexes techniques.

 3 concerts par semaine
En matière de gestion, après la douche froide du déficit abyssal du CentQuatre (19e arr.), l’autre grand projet parisien, la prudence a été de mise. La Gaîté Lyrique est gérée dans le cadre d’une délégation de service publique (DSP) concédée à un trio inédit associant le label de musique Naïve – dont le fondateur, Patrick Zelnik, est aussi président des lieux –, l’agence d’ingénierie culturelle Letroisièmepôle, et la filiale de GDF-Suez Ineo. Sa direction a été confiée à Jérôme Delormas, qui a été notamment directeur artistique de la candidature déçue de « Lyon 2013 »  au titre de capitale européenne de la culture. Si les délégataires devront assumer les pertes et les dettes du théâtre, la Ville de Paris s’est engagée à leur verser une « compensation » , ou subvention déguisée, de 5,5 millions d’euros par an, sur un budget global de fonctionnement de 9,5 millions d’euros. Une manière d’« assumer mais de façon raisonnable » , a précisé Christophe Girard, qui aura aussi l’avantage de laisser les coudées franches à la prochaine majorité municipale pour poursuivre ou non l’aventure.
En matière de programmation, Jérôme Delormas a prévu l’organisation de trois concerts par semaine, la tenue de 120 performances par an mais aussi d’expositions, de conférences ou de projections diverses. Des rendez-vous autour de la culture berlinoise, de Tchernobyl mais aussi du skateboard sont déjà programmés pour 2011. Et pour l’inauguration, le collectif britannique UVA (United Visuel Artists), le duo français I could never be a dancer, et aussi Rimini Protokoll auront l’honneur de donner le ton de ce lieu destiné à « accueillir des artistes n’ayant aucune chance d’être révélés ailleurs » , selon les vœux de Patrick Zelnik. 

Manifestations d’ouverture gratuites sur réservation dans la limite des places disponibles, www.gaite-lyrique.net. Gaîté Lyrique, 3 bis, rue Papin, 75003 Paris

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°338 du 7 janvier 2011, avec le titre suivant : La Gaîté Lyrique va électriser Paris

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