Vendredi 27 novembre 2020

La Fiac dans la cour des grands

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2012 - 944 mots

2012 s’annonce comme un grand cru pour la Fiac. Elle attire les plus grandes enseignes internationales. Sa programmation hors les murs déborde largement du cadre marchand.

Patiemment, depuis la reprise en main opérée à la direction artistique par Jennifer Flay en 2004, la Fiac est parvenue à radicalement changer d’allure pour devenir l’un des salons leaders consacrés à l’art contemporain dans le monde. Un véritable rendez-vous international où se pressent de prestigieuses enseignes étrangères (24 pays seront représentés en 2012) tout en s’appuyant sur un socle de 34 % de galeries françaises (soit 62 exposants), même si demeurent quelques absences incompréhensibles et quelques présences pas véritablement pertinentes ni utiles en termes d’image. Avec 182 participants à cette 39e édition – contre 164 en 2011 –, la foire, qui désormais s’étend sur une superficie globale de quelque 9 000 mètres carrés, atteint une taille critique qu’on ne devrait plus voir évoluer qu’à la marge. De nouveaux espaces aménagés au sein du Grand Palais, sans doute les derniers envisageables avant longtemps, permettent cette année d’agrandir encore un peu plus la manifestation, et ce de belle manière. Achevée, la restauration du Salon d’honneur – véritable cœur du bâtiment d’une surface de 1 200 mètres carrés et dont la couverture en verre culmine à 17 mètres de hauteur – permet de loger quelques galeries supplémentaires. Le public a, en outre, la possibilité de circuler sur une partie des balcons, ce qui permet de vivre différemment tant la foire que l’édifice lui-même, en lui redonnant ses fonctionnalités d’origine.

Il est notable que les États-Unis constituent, avec une trentaine d’enseignes, le second contingent de participants – suivis par l’Allemagne et la Belgique, avec respectivement 24 et 14 galeries. Car si des fidèles tels les New-Yorkais Paula Cooper, Cheim & Read ou 303 Gallery sont toujours au poste et que Regen Projects (Los Angeles) effectue cette année son retour après un an d’absence, le salon est parvenu à attirer des marchands de qualité et toujours regardés comme Gavin Brown’s Enterprise (New York), Greene Naftali (New York), Elizabeth Dee (New York) ou Richard Telles Fine Art (Los Angeles). Ce qui fait dire à Jennifer Flay que s’est produite « une prise de conscience de l’importance de l’événement pour ces galeries prescriptrices qui ne s’étaient pas engagées auparavant, d’autant plus que se joignent à elles de jeunes galeries de pointe ». Quelques autres prises de choix aux profils contrastés feront également leur entrée, à l’instar de Meyer Riegger (Berlin, Karlsruhe), Capitain Petzel (Berlin), Zeno X (Anvers), Nicolai Wallner (Copenhague) ou The Third Line (Dubaï).

L’art moderne ne se porte pas mal non plus, avec l’entrée en scène du poids lourd Helly Nahmad (New York) qui se voit rejoint par Guillermo de Osma (Madrid), dont les stands sur les autres salons se sont toujours montrés impeccables, et Raquel Arnaud (São Paulo), spécialisée dans les avant-gardes latino-américaines.

Explorateurs de nouveaux talents
Enfin, de l’autre côté de l’éventail, l’accent est toujours mis sur l’accueil d’enseignes jeunes et prospectives regroupées depuis 2011 dans les galeries du 1er étage et qui permettent de poursuivre un soutien affirmé aux artistes émergents, ainsi que le relève Hannah Robinson, directrice de Mary Mary (Glasgow) : « J’ai été véritablement impressionnée par la foire lors de ma visite l’an dernier, tout en étant persuadée que c’était un contexte très porteur pour mes artistes que d’être montrés là. » Elle sera notamment rejointe par Essex Street (New York), Rodeo (Istanbul), Reena Spaulings Fine Art (New York) ou Tiziana di Caro (Salerne). Ce large spectre généraliste balayant les pratiques artistiques depuis le début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui constitue une singularité de la Fiac dans le paysage des foires qui, à l’exception d’Art Basel et désormais de Frieze Art Fair avec sa nouvelle bouture Frieze Masters, affichent toutes une certaine spécialisation.

Autre objet de curiosité, le développement de la Fiac hors de ses murs et son insertion dans le tissu urbain qui ne cessent de gagner en ampleur et de se diversifier, les manifestations connexes au salon essaimant désormais dans tout Paris, permettant d’atteindre d’autres publics que les seuls avertis. Si le rendez-vous bien installé du jardin des Tuileries, où sont dispersées des œuvres extérieures, a été rejoint l’année dernière par une manifestation similaire au Jardin des plantes et au Muséum d’histoire naturelle, d’autres événements continuent à s’implanter, à l’instar de l’installation sur l’esplanade des Invalides de l’immense réplique à l’échelle 1 du Temple mégalithique de Stonehenge réalisée par Jeremy Deller avec une structure gonflable, fidèle ainsi à son credo du croisement des cultures.

Les formes d’art échappant à l’échange commercial sont également de la partie, avec notamment des performances de Matt Mullican ou Hassan Khan à l’auditorium du Musée du Louvre. De même que n’est pas oublié le cinéma, notamment grâce à la reconduction du Cinéphémère installé dans le jardin des Tuileries par la Fondation d’entreprise Ricard, qui diffuse plus de 40 films d’artistes au cours de la semaine de la Fiac, tandis que sont chaque soir projetés des films au night-club Silencio, avec peut-être l’organisation de quelques concerts surprises ?

Devenue globale dans tous les sens du terme, la foire parisienne s’insère dans une dynamique territoriale qu’elle contribue à renforcer, car au-delà de sa seule image, c’est bien celle de la place de Paris tout entière qui rayonne.

FIAC

Du 18 au 21 octobre, Grand Palais, avenue Winston Churchill, 75008 Paris, www.fiac.com, tlj 12h-20h. Hors les murs : jardin des Tuileries 7h30-19h30, Jardin des plantes 7h30-19h

- Directrice : Jennifer Flay
- Nombre d’exposants : 182
- Tarif des stands : 485 € le m2 dans la nef et 425 € le m2 à l’étage
- Nombre de visiteurs en 2011 : 68 000

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°376 du 5 octobre 2012, avec le titre suivant : La Fiac dans la cour des grands

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