Budget 2013 - La Culture au régime

La Culture en cure triennale

Le budget de la mission Culture va baisser de 7,5 % sur trois ans. Les grands opérateurs n’échappent pas à l’austérité

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 2 octobre 2012 - 718 mots

Le ministère de la Culture doit réduire son budget de 7,5 % sur les trois ans à venir. Il réussit cependant à conserver ses effectifs. Les opérateurs publics doivent faire des efforts plus importants que leur tutelle. Les travaux de rénovation bénéficiant de la loi Malraux non concernée par les nouvelles mesures fiscales, sont en forte baisse.

PARIS - Rompant avec les habitudes de ses prédécesseurs, Aurélie Filippetti n’a pas présenté son budget à la presse, se contentant d’envoyer un dossier par Internet et d’un entretien à l’AFP. Il faut dire que son budget de rigueur n’est pas très réjouissant. Car il s’agit bien d’un budget de rigueur à défaut d’être rigoureux. Les crédits de paiement (CP) des trois missions de la Culture (patrimoine, création et transmission) vont baisser de 4,3 % (hors pensions) en 2013 et s’établir ainsi à 2,54 milliards d’euros.

On s’attendait à une baisse depuis que la Culture ne figurait plus parmi les ministères dits prioritaires, mais pas de cette ampleur. Et l’on comprend mieux pourquoi la ministre a annoncé l’annulation et non pas le report de plusieurs grands projets : la baisse se poursuit en 2014 et 2015 pour atteindre 7,5 % au total. La mission Média, livres et industries culturelles, s’en sort un peu mieux avec une baisse de son budget de 1,70 % en 2013 (4,62 milliards d’euros) et 3,40 % en trois ans. En réalité les baisses sont supérieures (13,5 % et 31 %) si l’on exclut les recettes de la redevance audiovisuelle qui va être augmentée de 2 euros pour compenser la baisse des CP.

À l’intérieur de la mission Culture, la ministre a très clairement fait le choix de la Création au détriment du Patrimoine. Si, jusqu’à présent les CP affectés au programme patrimoine étaient supérieurs à ceux alloués au programme Création, ils sont dorénavant quasiment équivalents à 776 millions d’euros pour le premier et 775 millions d’euros pour le second. Le budget du Patrimoine subit une purge de près de 10 % quand celui de la Création ne baisse « que » de 1,5 %. Monumenta 2013 est annulée et vraisemblablement pour longtemps. « J’ai préféré préserver dans mon budget les crédits d’intervention qui se déploient sur tous les territoires, aussi bien en matière de spectacle vivant, d’arts plastiques, de petits établissements partout en France », a-t-elle déclaré à l’AFP, une politique de saupoudrage en somme, qui permet d’acheter la paix sociale, notamment du côté du spectacle vivant.

En revanche, les crédits affectés à l’éducation artistique et culturelle, une des promesses du candidat Hollande, augmenteront de 2,5 millions d’euros en 2013, ils étaient de 29 millions dans le projet de loi de finances 2012. Le ministère a réussi à sauver ses effectifs, puisqu’il ne doit supprimer que 15 postes sur les 11 500 (environ) affectés à la mission Culture.

Les opérateurs à la diète
En fait, ce sont les opérateurs publics sur lesquels porteront les plus gros efforts. Bercy annonce une suppression nette de 31 postes, mais en tenant compte des créations pour le Mucem et le Musée Picasso, c’est une baisse nettement plus importante pour les autres établissements. Le Louvre, le Musée d’Orsay, le Musée du Quai Branly, le Centre des monuments nationaux, recevront une subvention en baisse de 2,5 % (2 % pour le Centre Pompidou). La trésorerie de certains musées sera même ponctionnée, au risque de remettre en cause les travaux programmés qui avaient fait l’objet d’une provision (générant des réserves financières).

Côté fiscalité, le paysage est tout aussi brutal. Les particuliers construisant une maison individuelle sont dorénavant assujettis à la redevance d’archéologie préventive (RAP), mesure qui devrait rapporter 30 millions d’euros. Les plus fortunés seront ponctionnés d’environ 5 milliards d’euros (création d’une tranche d’impôt sur le revenu à 45 %, la fameuse contribution de 75 %, abaissement du plafonnement des niches..).  Sans discuter ici du bien-fondé social de cet alourdissement fiscal, sur le plan économique, il ne peut que refroidir les intentions d’achat des collectionneurs qui se recrutent en général chez les plus riches, pénalisant ainsi toute la filière qui part de l’artiste pour arriver aux galeries ou maisons de vente. Le maintien des avantages fiscaux du mécénat, largement trompeté par la ministre (mécénat qui représenterait 700 millions d’euros selon Bercy, à comparer donc aux 5 milliards de prélèvements) est une faible compensation

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°376 du 5 octobre 2012, avec le titre suivant : La Culture en cure triennale

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