Design

La capitale mondiale du design 2020 est française

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2020 - 835 mots

Lille et sa métropole se sont mobilisées pour faire rayonner cet automne le design sur leur territoire. Les expositions illustrent les thématiques qui ont émergé lors des appels à projets : économie circulaire, ville collaborative, habitat, mobilité, soin et action publique.

Lille Métropole. Un événement international peut-il favoriser le développement du design dans une ville ? C’est le pari que tente cette année Lille, ou plus exactement la Métropole européenne de Lille (MEL) avec la manifestation intitulée « Lille Métropole 2020, Capitale mondiale du design » (CMD), dont la durée a dû être réduite pour cause de pandémie. C’est une première à double titre. D’abord parce que Lille, après Turin, Séoul, Helsinki, Le Cap, Taïpeh et Mexico, est la première localité française à être ainsi labellisée. Ensuite parce que ce n’est pas une ville en tant que telle qui décroche le gros lot, mais, pour la première fois, une communauté de communes. Celle-ci l’a emporté en finale contre Sydney. Pour la ville espagnole de Valence, ce sera en 2022.

Tous les deux ans depuis 2008, la World Design Organization – qui réunit 170 organisations professionnelles, entreprises ou universités représentatives de 40 pays – propulse une ville au titre de « World Design Capital » (WDO) en vertu de « son utilisation efficace du design pour favoriser le développement économique, social, culturel et environnemental ». Cet organisme qui promeut le design industriel à travers le monde ne le fait évidemment pas gracieusement. « Lorsqu’on est sélectionné, indique Caroline Naphegyi, directrice des programmes chez CMD, le “ticket d’entrée” s’élève à 400 000 dollars canadiens (257 000 euros) [la WDO siège à Montréal, NDLR] ».

« Une transformation en profondeur du territoire »

Plus que dans une ville, aussi importante soit-elle – Lille recense 230 000 habitants –, c’est « sur l’ensemble d’un vaste territoire que devra se diffuser cet esprit du design, souligne Denis Tersen, directeur général de CMD. C’est-à-dire une métropole constituée de 95 communes, soit quelque 1,2 million d’habitants, qui est la plus rurale de France ». Aussi, la MEL s’est-elle donné les moyens de ses ambitions : « Le budget global de cette manifestation s’élève, sur trois ans, à 9 millions d’euros, précise le directeur général. Cette enveloppe cumule les subventions d’acteurs publics tels que la Région Hauts-de-France, le ministère de la Culture et, bien sûr, la MEL, auxquelles s’ajoutent les enveloppes octroyées par des sponsors privés. » L’objectif est clair : « Permettre une transformation en profondeur du territoire », affirme-t-il. « Nous avons passé deux ans à aller à la rencontre des maires ou des entreprises pour leur expliquer que le design s’adresse à tous, qu’il peut accompagner le développement économique ou accélérer l’innovation. Il nous a fallu acculturer les potentiels acteurs, afin de leur donner envie de s’engager avec un designer », raconte Caroline Naphegyi. « L’une des difficultés majeures était : comment parler de design sans faire peur ?, ajoute la directrice des programmes. Bien que nous ayons sur nos terres une grande firme comme Decathlon qui fait depuis belle lurette appel à des designers, la cible la plus difficile à toucher reste encore… les entreprises. »

Quelles retombées économiques sur la durée pour les designers locaux ?

Lancé, en septembre 2018, auprès d’associations, de centres de formation, de collectivités et d’entreprises, l’appel à projets a collecté plus de 600 idées. « Nous avons souhaité valoriser environ 250 propositions qui ont fait émerger six grandes thématiques : l’économie circulaire, la ville collaborative, l’habitat, la mobilité, le soin et l’action publique », précise Caroline Naphegyi. « Nous sommes aujourd’hui en mode d’expérimentation, observe-t-elle. D’un côté, il s’agit d’une opportunité de “business” pour les designers locaux. De l’autre, nombre d’élus attendent de voir ce qui va en ressortir pour agir. La question qui se pose désormais est : comment faire perdurer le processus qui a été enclenché ? »

En attendant de trouver la ou les réponse(s), le public peut découvrir un programme déjà copieux, à commencer par quatre grandes expositions qui mettent à l’honneur le design dans tous ses états. Au Tri postal sont déployées deux expositions bien distinctes : « Designer(s) du design » et « Sens Fiction ». La première réunit 60 designers et autant de projets qui illustrent toute la diversité du domaine, en l’occurrence : produits, systèmes, services et expériences. La seconde, moins matérialiste, interroge, à travers des films et des entretiens, le rôle de la fiction et autres récits d’anticipation de l’ère industrielle pour imaginer des usages futurs. La gare Saint-Sauveur accueille, elle aussi, deux expositions vastes et bien différentes. « Les usages du monde » évoque 46 expériences d’architecture, sur tous les continents, « pour essayer d’habiter le monde autrement ». Tandis que « La Manufacture : A Labour of Love » montre les singulières manières de produire chez une nouvelle génération de designers, entre recyclage, open-source et partage de machines et d’ateliers.

Enfin, six autres lieux d’exposition, dénommées « Maisons POC [Proof of a concept] », déclinent chacune une des six thématiques découlant des appels à projets. Il en est de même pour cette « Péniche des designers publics » qui accostera sur la Deûle, à Lambersart, du 15 au 18 octobre, dont les projets sont relatifs au thème « handicap et mobilité ».

Lille Métropole 2020, Capitale mondiale du design,
Tri postal, jusqu’au 15 novembre, av. Willy-Brandt ; gare Saint-Sauveur, jusqu’au 8 novembre, 17, bd Jean-Baptiste-Lebas et les Maisons POC. Programme complet sur www.designiscapital.com

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°551 du 18 septembre 2020, avec le titre suivant : La capitale mondiale du design 2020 est française

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