Jean Blaise, nouveau directeur de la Nuit blanche

Par Marie Maertens · L'ŒIL

Le 1 octobre 2005

Bien qu’il ait créé le festival nantais des Allumés, Jean Blaise est loin d’en être un. D’une voix posée, il étaye un discours construit et rigoureux, appuyé néanmoins du regard rieur, malicieux, voire espiègle de ceux qui ne se prennent pas au sérieux.

Au départ étranger du petit sérail de l’art contemporain, Jean Blaise s’essaye au théâtre avant de débuter sa carrière à l’âge de vingt-quatre ans, propulsé directeur d’un centre d’action culturelle où il mêlera expositions, théâtre, danse et musique. Une synesthésie des arts qu’il appliquera de Bordeaux à Chelles, puis en Guadeloupe, avant de s’établir en 1982 à Nantes où, pour sortir la ville de son engourdissement bourgeois, il imagine les Allumés. Suivront Fin de siècle et le Lieu unique, dans l’ancienne usine LU dont il a converti les initiales. Un espace qui propose aussi une librairie, une crèche et où Jean Blaise projetait d’installer un hammam. Car pour ce médiateur mêlant l’art et la société, l’action culturelle n’a de sens que si elle s’inscrit concrètement dans la ville et la vie.

De ses débuts au théâtre, même s’il se défend de ne l’avoir fait qu’en amateur, il a également conservé une attention particulière envers le public et s’attache à demeurer pédagogue et communiquer sans relâche. « Je me pose sans cesse la question de savoir si la proposition artistique est juste et quelle est sa capacité à toucher, bien que je choisisse des œuvres difficiles. » Il mise davantage sur les impressions, les sensations reçues et la mémoire affective que l’accumulation des savoirs. C’est sans doute cette conception pluridisciplinaire de la culture, alliée à un goût prononcé pour les rassemblements festifs dits populaires et une absence totale d’élitisme qui avait amené l’adjoint au maire de Paris, Christophe Girard, à le solliciter pour la première Nuit blanche. Là où il n’avait bénéficié que de neuf mois de préparation, Jean Blaise requit deux ans pour l’organisation des suivantes et le voilà à nouveau aux rênes de la nuit phare de la capitale.

Cette édition 2005 (cf. p. 19) est telle qu’il la souhaitait ; un véritable parcours du sensible où il a au départ arpenté les rues parisiennes pour en ressentir l’atmosphère, en observer l’architecture et les perspectives, avant de choisir des artistes en relation avec ces ambiances. « Cette année, la star de la Nuit blanche est Paris, vue à travers le regard des artistes. Il ne s’agit pas de mettre en avant tel plasticien soi-disant tendance mais de sélectionner des propositions capables de toucher. Nuit blanche est un parcours où l’on va découvrir des œuvres peut-être pas immédiatement compréhensibles, mais à même de produire des sensations que l’on conservera. » Et peut-être encore davantage que les autres commissaires d’exposition, Jean Blaise affectionne tout particulièrement le moment fragile de la découverte des œuvres, réalisées pour la plupart spécialement, et qui nécessitent parfois des réajustements et de grandes capacités d’improvisation. Juste quelques heures avant de se jeter dans le vide, comme une entrée en scène...

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°573 du 1 octobre 2005, avec le titre suivant : Jean Blaise, nouveau directeur de la Nuit blanche

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