Samedi 16 novembre 2019

Politique

DISPARITION

Jacques Chirac rattrapé par la culture

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 3 octobre 2019 - 512 mots

PARIS

Longtemps son jardin secret, la culture figure à son actif.

Paris.« J’ai continué, à l’âge adulte, à ne rien livrer de mes hobbies personnels, au point qu’on a fini par me croire imperméable à toute culture. Un quiproquo que j’ai soigneusement entretenu… » Ce quiproquo qu’avoue l’ancien président en 2009 dans ses mémoires ne s’est dissipé que très lentement dans le grand public qui ne découvre véritablement sa passion pour les arts non occidentaux qu’avec le Musée du quai Branly (lire p. 4). Dans ces mêmes mémoires, Jacques Chirac raconte que son intérêt pour les arts asiatiques remonte à son adolescence parisienne, lorsqu’il visitait le Musée Guimet à la sortie du lycée. Il avait même songé à se convertir à l’hindouisme. Plus tard, lorsqu’il s’est lancé en politique, un peu par pudeur et sans doute beaucoup par tactique, cultivant son image corrézienne, plus payante électoralement, il laisse entretenir l’idée qu’il n’aime que « les romans policiers et la musique militaire ».

Longtemps cette image franchouillarde éclipse ses réalisations culturelles, lorsqu’il était maire de Paris (pendant 18 ans), Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1976) et de François Mitterrand (1986-1988) et, bien sûr, président de la République (1995-2007). On apprendra plus tard qu’il s’était opposé à VGE qui voulait arrêter la construction du Centre Pompidou, mettant en jeu sa démission, par fidélité et respect pour son mentor en politique.

Au-delà du Quai Branly

À la Mairie de Paris, il double le budget de la direction des Affaires culturelles, à son arrivée en 1977, il crée le Mois de la poésie et est à l’origine de ce qui deviendra la Maison européenne de la photographie. À l’Élysée, après avoir détricoté les collections de l’ancien Musée des arts d’Afrique et d’Océanie, il décide de transformer le Palais de la porte dorée en Cité de l’immigration, dont il confie la présidence à Jacques Toubon, l’un de ses proches.

Le Louvre lui doit beaucoup (lire p. 4). Que ce soit le pavillon des Sessions, mais aussi le département des Arts de l’islam, le Louvre-Lens ou le Louvre Abu Dhabi, toutes ces réalisations n’auraient pas vu le jour sans son soutien. De même, il faut mettre à son crédit la loi mécénat de Jean-Jacques Aillagon, l’autonomie des grands établissements, le schéma directeur du Château de Versailles, le lancement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine.

Jacques Chirac avait des centres d’intérêt très particuliers, sa passion le portait surtout vers les arts asiatiques. Son rapport à l’art relevait moins du registre esthétique que de l’intérêt pour l’histoire et la civilisation. Il avait accumulé dans sa mémoire des milliers d’images de statuettes et vases, et les notices qui les accompagnaient, pendant ses longs voyages et moments de sous-activité. C’était un « œil » et innombrables sont les anecdotes sur ses conversations avec les conservateurs où il semblait en savoir plus qu’eux. C’est sans doute à cette ouverture d’esprit qu’il faut rattacher ses discours sur le Vél’ d’Hiv’, ou la « maison qui brûle », ou encore le refus d’aller faire la guerre dans l’ancienne Mésopotamie, autant de moments forts de son bilan dans lequel la culture a toute sa part.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°530 du 4 octobre 2019, avec le titre suivant : Jacques Chirac rattrapé par la culture

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