Vendredi 14 décembre 2018

L'actualité vue par

Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France

« Développer le rôle éducatif et social des musées »

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2006 - 1574 mots

Énarque, ancienne administratrice déléguée du Musée du Louvre et ancienne
directrice de l’administration
générale au ministère de la Culture, Francine Mariani-Ducray est directrice des Musées de France depuis février 2001. Elle commente l’actualité.

Les Musées de France viennent de se doter d’un logo. Pourquoi ?
Il nous semblait depuis longtemps que, dans un monde de communication, de marques, il fallait donner aux Musées de France un idéogramme, un repérage visuel qui serve de point de ralliement. Mais nous nous sommes aperçus que c’était très difficile. Une troisième consultation a finalement permis à un jury de professionnels des musées et de la communication de sélectionner cet idéogramme réalisé par M. Philippe Apeloig. Nous avons lancé cette consultation avec toutes les institutions concernées, mais aussi avec le ministère de l’Équipement, parce que l’un des grands intérêts de cet idéogramme sera d’être utilisé en signalisation routière. Je souhaite qu’il ait le même avenir que le labyrinthe des Monuments historiques, qui fonctionne depuis plus de vingt ans. Sa signification est très simple : le « m » de musée, un mot international, est entouré par un carré ajouré, qui évoque le plan d’une salle de musée. Ce carré n’est pas fermé, on peut y entrer et en sortir, le traverser ; c’est aussi le symbole d’un établissement ouvert, où l’on souhaite que les gens aient envie de pénétrer. Cet idéogramme va pouvoir être utilisé gracieusement par les musées, parce que l’État en a acheté les droits d’utilisation. Notre souhait est que cet idéogramme s’impose de lui-même dans le paysage et que les Musées de France en profitent très rapidement, face aux multiples institutions qui ont un usage libre du terme « musée ».

2006 va voir une baisse des crédits d’acquisition des musées. La montée en puissance du mécénat en France va-t-elle la compenser ?
Dans un contexte budgétaire où l’on doit être très regardant sur l’affectation des deniers publics et sur leur utilisation, les ministères des Finances et de la Culture ont constaté que le rendement des lois récentes en France sur le mécénat d’entreprise en faveur des trésors nationaux ou des pièces de même intérêt avait été rapidement établi, et qu’il était bon. Le mécénat a plus que doublé la capacité budgétaire des crédits inscrits sur le budget de la Culture, notamment au titre du Fonds du patrimoine. Il est de l’ordre de 25 millions d’euros. Ce contexte a permis de penser que l’on pouvait sans dommage excessif diminuer pour 2006 la dotation du Fonds du patrimoine. Ce dernier ne sert qu’à des opérations exceptionnelles. Les autres économies, plus modestes, portent sur d’autres lignes.

La loi mécénat porte donc aujourd’hui réellement ses fruits ?
Nous souhaitons d’autant plus qu’elle porte ses fruits en 2006 et les années suivantes que nous pensons avoir une législation française dont le ministre, M. Renaud Donnedieu de Vabres, disait récemment qu’elle était sans doute actuellement l’une des meilleures du monde pour les objets d’intérêt patrimonial. Les entreprises, grandes et moyennes, sont très attentives à nos démarches. Par ailleurs, la Commission consultative des trésors nationaux, lorsque sont prises les décisions à portée fiscale, comprend un représentant du ministre des Finances. Nous essayons d’être extrêmement responsables dans l’utilisation de ce dispositif, qui est très dérogatoire par rapport au système fiscal général. Mais il faut aussi garder une capacité d’intervention proprement budgétaire, parce qu’il existe des biens culturels qui sont très importants par eux-mêmes, mais qui ne peuvent pas susciter l’intérêt d’une entreprise mécène, parce que cet achat ne correspondrait pas à sa stratégie.

Le ministre vient de refuser le certificat d’exportation à un coffret de voyage de forme rectangulaire attribué à Jean-Henri Riesener et dont l’appartenance à Marie-Antoinette a récemment été découverte. Combien de pièces font-elles tous les ans l’objet de refus de certificat d’exportation ?
En 2005, le ministre de la Culture a prononcé onze refus de certificat. Chaque année, leur nombre se situe entre dix et quinze. C’est très peu, puisque nous délivrons plus de cinq mille certificats tous les ans. C’est une proportion infime en nombre de biens qui est retenue sur le territoire, et pour une durée déterminée : deux ans et demi, au terme desquels nous devons trouver une solution d’acquisition. Le dispositif légal actuel me semble bien compris, notamment de la part des acteurs du marché, dont certains sont membres de nos commissions consultatives.

Quels sont les grands projets de la direction des Musées de France (DMF) cette année ? Quels sont les musées qui vont ouvrir ou rouvrir ?
Nous attendons plusieurs ouvertures, que j’espère magnifiques, en 2006, et d’autres sont en gestation. Fin février, le Musée Granet à Aix-en-Provence rouvrira ses portes après un chantier de près de dix ans. Ce musée accueillera aussi, courant 2006, l’exposition « Cézanne en Provence ». Pour les Musées nationaux, trois échéances importantes : Le Musée de l’Orangerie, à Paris, rouvrira autour du 2 mai, puisque nous avons trouvé une bonne solution après la découverte archéologique. J’espère que le public sera nombreux à retrouver le chemin de la collection Walter-Guillaume et des « Nymphéas ». En juin aura lieu une inauguration majeure, celle du Musée du quai Branly, un événement de portée nationale et internationale. Je suis très admirative du travail de Jean Nouvel et très confiante dans le succès de cette institution, qui sera importante pour le patrimoine et la recherche, et qui offrira une programmation culturelle extrêmement riche et variée. À la mi-septembre, enfin, ce sera au tour du Musée des arts décoratifs, après un long et difficile chantier.
En régions, à la fin de l’année, seront de nouveau accessibles le Musée Bernard-d’Agesci à Niort et le Musée Fabre à Montpellier – avec l’entrée dans ses collections de la donation Pierre et Colette Soulages. Le Musée Zervos ouvrira quant à lui à la fin du printemps à Vézelay [Yonne].
Mais nous suivons bien d’autres projets, comme le futur Musée Soulages à Rodez. Nous nous sommes réjouis du choix fait par la Ville de Dijon, à l’issue d’un concours d’architectes, pour la
rénovation de son Musée des beaux-arts. Nous sommes attentifs au programme du Musée lorrain à Nancy. Nous travaillons à des extensions au Musée national de la porcelaine de Limoges – achèvement prévu pour 2008 – et au Musée franco-américain de Blérancourt [Aisne] – chantier confié à Yves Lion, qui devrait être terminé en 2007. Mais, le grand projet en régions, qui demande plusieurs années d’investissement, est le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée [Mucem] à Marseille, qui bénéficie du partenariat des collectivités territoriales. J’ajoute que le Musée Picasso de Paris a lui aussi besoin d’une extension, et que nous étudions des investissements pour le Musée national du Moyen Âge, notamment pour la préservation des vestiges archéologiques des thermes de Cluny.
Ces projets, qui viennent compléter ceux qui ont déjà été entrepris depuis trente ans dans notre pays, permettent un bon entretien du patrimoine, mais aussi une réelle stimulation de la fréquentation, qui s’est élevée en 2004 à 50-52 millions de visiteurs. Ce travail vers le public est toujours à renouveler – pour des visiteurs de toutes origines, d’ailleurs.

Justement, l’été dernier, le château de Fontainebleau avait été ouvert aux jeunes des banlieues qui ne partaient pas en vacances. Après les violences urbaines, cette expérience sera-t-elle renouvelée en 2006 ?
Le ministre de la Culture et de la Communication souhaite développer le rôle éducatif et social des Musées de France. L’opération « Les portes du temps », dont la coordination avait été confiée à Robert Fohr, de la direction des Musées de France, a répondu à cet objectif. Cette initiative était réservée aux enfants et aux adolescents qui ne partent guère en vacances. Compte tenu de son succès, elle sera reconduite et étendue à bien d’autres lieux en 2006.

Le Musée du Louvre a signé un partenariat avec le High Museum d’Atlanta et le Centre Pompidou se lance dans plusieurs concours en Asie. D’autres musées ont-ils des projets de ce type à l’étranger ?
On ne peut pas avoir à l’infini des projets matérialisables d’implantation à l’étranger, mais le Musée Rodin, à Paris, travaille par exemple avec le Brésil pour l’institution d’un Musée Rodin à Bahia, qui bénéficiera de dépôts importants de plâtres originaux et de sculptures de l’artiste.
D’une manière générale, la circulation des biens est devenue quelque chose d’absolument
important pour les musées, pour la coopération culturelle internationale. Je suis frappée par l’augmentation des prêts. L’année dernière, les Musées nationaux et le Centre Pompidou ont prêté environ huit mille œuvres, ce qui demande de grandes précautions. C’est pour cela que ce sujet est devenu l’un des thèmes de travail des présidences européennes, thème que va certainement
reprendre la présidence autrichienne. La circulation des expositions est l’un des moteurs d’une coopération intense entre institutions muséales.

Quelles expositions ont attiré votre attention récemment ?
Nous avons ces derniers mois un énorme foisonnement sur le territoire, et, rien qu’à Paris,
avec « Dada », « L’art russe », « Vienne » et, bien sûr, « Mélancolie », l’exposition de Gérard
Régnier – que je trouve incroyablement riche, savante, roborative, et pas mélancolique du tout ! Nous bénéficions des fruits d’une politique à long terme des institutions, du ministère… Je citerai encore « Nancy 2005 », « Venise » à Bordeaux, « Puvis de Chavannes » à Amiens… Le Musée national du château et le Musée des beaux-arts de Pau se sont joints pour traiter de l’artiste Eugène
Devéria. J’espère que beaucoup d’initiatives de ce genre se poursuivront et se multiplieront.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°228 du 6 janvier 2006, avec le titre suivant : Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France

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