Lundi 10 décembre 2018

Ecoles d’architecture

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 933 mots

Préparée par le ministère de l’Équipement, des Transports et du Tourisme, une réforme de l’enseignement de l’architecture doit être mise en œuvre au plus tard pour la rentrée 1997. Elle ambitionne une meilleure formation des architectes et un élargissement des débouchés professionnels. Elle aura pour corollaire une adaptation de son organisation au fonctionnement de l’université.

PARIS - Attendues depuis longtemps, les grandes lignes de la réforme de l’enseignement de l’architecture sont enfin connues. Mieux préparer les étudiants à affronter la complexité des enjeux architecturaux et urbains contemporains, mais aussi mieux faire reconnaître parmi les enseignements supérieurs la spécificité de l’enseignement architectural, tels sont les principaux enjeux d’une réforme qui semble plutôt bien accueillie dans les millieux liés à l’enseignement, convaincus de l’échec de la précédente réforme datant de 1984.

En contestant l’univocité du métier d’architecte tel qu’il est aujourd’hui enseigné, car celui-ci cache une multiplicité de professions connexes non moins importantes pour la qualité des constructions (économiste du bâtiment, juriste, promoteur, etc), la réforme proposée vise à démultiplier les débouchés accessibles aux architectes.

Pour cela, deux grandes orientations sont privilégiées. D’une part, recadrer la formation proposée sur le caractère propre à la discipline, c’est-à-dire l’élaboration théorique et pratique du "projet" d’architecture. Ce recentrage, paradoxal dans l’hypothèse de la diversification des perspectives professionnelles, s’explique par le souci de mieux reconnaître la spécificité du savoir architectural et de le transmettre de façon plus efficace.

Inversement, une véritable ouverture vers d’autres formations sera donnée aux étudiants, grâce à de strictes équivalences avec les diplômes délivrés par l’université. Ainsi, à l’instar des rythmes universitaires, trois cycles de deux ans remplaceront les deux cycles actuels de deux et trois ans, sanctionnés par le Defa (Diplôme d’études fondamentales en architecture) et le Dplg ("Diplômé par le gouvernement"). Ces trois cycles délivreront, à terme, trois nouveaux diplômes.

Le premier cycle, qui reste de sensibilisation et de découverte du projet, permettra d’obtenir un Deug. Le second – de maîtrise des outils, méthodes et concepts du projet architectural – aboutira à une maîtrise. C’est à l’issue de celle-ci que l’étudiant pourra choisir entre persévérer dans la voie de l’architecture, ou s’orienter vers des disciplines complémentaires comme le droit, la gestion ou la construction.

Après avoir imposé à l’étudiant un stage long en agence, le troisième cycle – d’approfondissement – délivrera ou un diplôme professionnel équivalent à un Dess (qui gardera le nom de "Dplg" et qui, reconnu par l’ordre des architectes, vaudra toujours licence d’exercice) ou un Dea. Conformément au modèle universitaire, ce dernier permettra de préparer un futur doctorat en architecture, amenant la formation architecturale française au niveau de ses meilleures concurrentes européennes.

Pour garantir cette équivalence avec l’université, les écoles d’architecture devront abandonner leur ancien statut d’établissement public administratif (Epa) et acquérir celui, plus prestigieux, d’établissement public scientifique, culturel et professionnel (Epscp) équivalent à celui des établissements d’enseignement supérieur. Ceci impliquera une responsabilité de gestion mais surtout une autonomie pédagogique que la réforme veut renforcer afin, là encore, de diversifier les formations proposées.

Les écoles devront donc constituer ce projet tout en respectant un tronc commun d’enseignements (cinq en tout : projet et théorie du projet architectural et urbain ; histoire et théories de l’architecture et de la ville ; construction ; sciences de l’homme et de la société ; arts et représentation) afin de maintenir un minimum d’unité entre les diplômes délivrés. En contrepartie de leur autonomie, elles devront accepter une évaluation régulière de leur niveau par une commission ad hoc placée sous l’autorité du ministère.

Quels moyens financiers
Si la cohérence d’ensemble de la réforme ne fait guère de doute, il reste cependant un certain nombre de questions liées à son application. Les écoles sauront-elles se responsabiliser afin de constituer un projet pédagogique véritablement cohérent sans heurter les "baronnies" pédagogiques ? La question des moyens ne semble guère mieux résolue.

On sourit un peu lorsqu’on apprend qu’ils sauront s’adapter aux objectifs de la réforme, et qu’en particulier, tout étudiant devra avoir – à terme ! – ... une table à dessin et une armoire. Rappelons pour mémoire que, selon une étude commandée par l’ordre des architectes, un étudiant de l’École des Ponts et Chaussées coûte à la collectivité publique deux cent mille francs par an quand un étudiant en architecture n’en vaut pas plus de sept mille huit cent. La qualité de notre environnement futur mérite mieux.

22 écoles

Il y a en France 22 écoles d’architecture, dont 8 à Paris et 14 en province. Compte tenu de l’objectif de la réforme de stabiliser les effectifs d’architectes, les quatre nouvelles écoles aujourd’hui programmées remplaceront vraisemblablement certaines d’entre elles – comme c’est déjà le cas pour celle de Marne-la-Vallée – mais, pour l’heure, le ministère refuse encore de le confirmer. En outre, deux autres écoles sont habilitées à délivrer des diplômes d’architecture : l’École spéciale d’architecture (l’ESA) à Paris et la section d’architecture de l’École nationale supérieure des arts et industries de Strasbourg (l’ENSAIS).

En 1993, 18 242 étudiants étaient inscrits dans les écoles d’architecture, dont 6 294 pour le premier cycle (Defa), 11 243 pour le deuxième (Dplg) et 732 pour le troisième (post-diplôme). 2 562 se sont inscrits pour la rentrée 1994/1995, et 1 007 ont été diplômés en 1992/1993. Il y a aujourd’hui plus de 35 000 architectes diplômés ou certifiés, dont 26 000 sont inscrits à l’ordre des architectes. Les prévisions du rapport du Recteur Frémont, sur lesquelles repose la réforme, estiment qu’ils seront 48 000 diplômés en 2005, dont 32 000 inscrits à l’ordre. Rappelons qu’il y a aujourd’hui en Allemagne 60 000 architectes, soit 1 080 architectes par million d’habitants contre seulement 603 en France.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Ecoles d’architecture

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