Vendredi 14 décembre 2018

Dans l’ombre de Paris

Les SVV Aguttes et de Baecque tentent de donner un nouvel essor aux ventes publiques lyonnaises - Mais certains antiquaires jugent le marché laborieux dans la capitale des Gaules

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2009 - 996 mots

Deuxième ville de France avant Marseille si l’on prend en compte toute l’aire urbaine, située à seulement deux heures de Paris par TGV, Lyon jouit d’une position privilégiée.

Véritable carrefour européen reliant le Bassin parisien et le nord de l’Europe aux rives de la Méditerranée, cette ville d’art et d’histoire est une destination appréciée du tourisme culturel et un haut lieu de la gastronomie française. Pour des Européens de passage, chiner des objets d’art et d’antiquités apparaît comme une activité complémentaire non négligeable. Pour cela, les guides touristiques recommandent une balade dans le quartier historique des antiquaires de la rue Auguste-Comte, de la place Bellecour à la place Carnot. « La Biennale de Lyon nous attire également du monde venu de toute l’Europe », note la présidente de l’association Quartier Auguste-Comte, Victoria Brossette, de la Galerie 32, spécialisée dans les articles de décoration. Mais les affaires semblent de plus en plus difficiles pour les professionnels de l’art de la célèbre artère lyonnaise et des rues adjacentes. Les antiquaires y sont moins nombreux qu’il y a dix ans, au profit de boutiques de décoration et de prêt-à-porter. La clientèle parisienne, qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires de certains marchands, se fait plus rare. Virginie Vernier, qui dirige la galerie Comtesses, couvrant la peinture du XVIIe aux années 1950, s’y est installée il y a un an. Elle juge « l’état du marché de l’art à Lyon laborieux, voire naufragé. Mais [elle n’a] qu’une année de recul et le contexte de crise n’arrange rien ». Quant à la Cité des antiquaires, l’autre pôle lyonnais des antiquités situé à Lyon-Villeurbanne dans une architecture contemporaine d’une surface de 4 000 m2 sur deux niveaux, elle a beaucoup perdu de son attrait en quinze ans, avec une baisse significative de ses exposants et une désaffection du public pour la belle brocante. « Ce genre d’endroit, similaire au Village suisse à Paris, n’est plus à la mode aujourd’hui », souligne un observateur.

Le complexe parisien du Lyonnais
L’actualité des ventes publiques a été autrement plus animée depuis un an à Lyon. En septembre 2008, le rachat du luxueux hôtel des ventes de Lyon-Brotteaux (une ancienne gare PLM), un lieu qui a fait le succès du commissaire-priseur Jean-Claude Anaf, par son confrère neuilléen Claude Aguttes a créé l’événement. Mais alors qu’Anaf totalisait 11 millions d’euros de ventes d’art en 2007, Aguttes n’est parvenu qu’à cumuler 2,6 millions d’euros entre septembre 2008 et août 2009. « Ce chiffre d’affaires n’est pas significatif, commente l’intéressé. Il faut tenir compte du fait que 80 % des objets qui me sont confiés à Lyon sont montés à Paris pour y être vendus, selon la volonté des vendeurs. Sur la même période, j’ai ainsi vendu à Paris pour 1,4 million d’euros d’œuvres d’art provenant de la région lyonnaise, essentiellement de l’art moderne, de l’Art déco et des bijoux, pour lesquels je suis en concurrence avec les plus importantes maisons de ventes parisiennes. » « Le snobisme provincial qui consiste à vouloir vendre à Paris est particulièrement fort à Lyon », souligne un professionnel, qui évoque un « complexe parisien du Lyonnais ». Pour autant, la tâche n’est pas aisée qui consiste à faire sortir les pépites de la région. « Nous organisons régulièrement des journées d’expertise. Mais les Lyonnais sont des gens très fermés, qui hésitent à montrer leurs objets, note Lionel Gosset, coordinateur régional de Christie’s France. Celui-ci vient de confier à Dominique Pierron, correspondant local de l’auctioneer depuis juillet 2009, la mission d’intégrer les collections lyonnaises. « Nous sommes présents en pays lyonnais depuis une bonne dizaine d’années. Fort de notre expérience en région, Lyon constitue pour nous un moyen “sourcing” [afin de trouver des œuvres ou objets d’art]. Nos plus beaux apports viennent de Bordeaux, Marseille et Nantes », relève pour sa part Alain Renner, vice-président de Sotheby’s France et responsable des délégués régionaux.

Faire bouger les choses
« La salle de Lyon n’est sans doute pas assez exploitée et je ne suis certainement pas assez présent sur place. Mais pour intéresser les Lyonnais, j’entends organiser des “Temps forts” à Lyon et mettre ainsi un peu plus d’animation », lance Claude Aguttes. Maison très traditionnelle reposant sur des ventes de tableaux anciens et modernes, de mobilier, d’objets d’art et de livres, la SVV Chenu-Scrive-Bérard partage l’hôtel des ventes Lyon-Presqu’île avec d’autres sociétés de ventes plus modestes. En 2008, son chiffre d’affaires a atteint 5,3 millions d’euros. Selon Antoine Bérard, l’un des commissaires-priseurs associés, « les Lyonnais achètent peu ». Particuliers et marchands parisiens et étrangers sont leurs principaux acheteurs. Leur vente d’arts décoratifs du XXe siècle du 10 octobre offre des pièces notamment signées André Sornay, Christian Krass et Claudius Linossier, trois enfants du pays, mais s’ouvre timidement aux œuvres de la seconde moitié du XXe siècle. « Notre clientèle très classique compte peu d’amateurs d’art contemporain et de design, explique Antoine Bérard. Mais avec la Biennale de Lyon et celle du design à Saint-Étienne, de nouvelles générations de collectionneurs vont se former dans ce domaine. » Étienne de Baecque, 31 ans, ancien collaborateur de Jean-Claude Anaf, a lancé en décembre 2008 sa propre SVV à Lyon et à Paris, en cherchant à se différencier. Il est le seul à organiser des ventes d’art contemporain à Lyon. « La Biennale d’art contemporain de Lyon a attiré l’attention des collectionneurs de la région. Je fais des catalogues très soignés et je me démarque en choisissant des lieux de ventes adaptés. Après la Sucrière le 14 mai, la deuxième vente se déroulera le 15 novembre dans un ancien bâtiment des VNF [Voies navigables de France], en résonance avec la Biennale, soutient le jeune commissaire-priseur. Je réserve la salle des colonnes de l’hôtel-dieu dessinée par Soufflot pour mes ventes de livres. Je fais uniquement remonter à Drouot (en partenariat avec la SVV Boisgirard) les objets que je pense mieux défendre à Paris, à l’instar de spécialités très pointues comme la tabacologie, l’art asiatique ou les gravures. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°310 du 2 octobre 2009, avec le titre suivant : Dans l’ombre de Paris

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